Homélies de Dom Armand Veilleux

6 octobre 2026

Mardi de la 27ème semaine ordinaire

Gal 1:13-24; Lc 10, 38-42. 

H O M É L I E 

          Dans l'Évangile, nous ne voyons jamais Jésus organiser de grands festins auxquels il inviterait les foules ou même simplement ses amis.  Au contraire, il apparaît comme l'étranger qui a besoin de l'hospitalité des autres.  Même pour la dernière Cène, son dernier repas avec ses disciples, il se fait recevoir dans la maison d'un étranger.  Il est reçu à table dans leurs maisons par des publicains.  Il accepte l'invitation des Pharisiens.  Partout où il va, il apporte un message, il offre une parole. 

          Jésus aime tout particulièrement l'hospitalité de ses amis très chers: Marthe, Marie et Lazare.  Je dois confesser que j'ai une très grande sympathie pour Marthe, et je pense que les commentateurs et les prédicateurs des siècles passés ne lui ont pas fait justice.  Il est vraiment trop facile -- même si c'est populaire -- de voir dans ce récit évangélique l'affirmation de la supériorité d'une forme de vie chrétienne sur les autres. 

          En réalité, c'est bien Marthe qui est la figure la plus marquante de ce récit évangélique.  Jésus est son hôte; c’est elle qui le reçoit dans sa maison à elle.  Marie se trouve là, mais elle aussi est une invitée de Marthe.  Jésus n'est pas un hôte ordinaire.  Même pour ses amis les plus chers, il demeure un « étranger »; mais quand il vient quelque part, il apporte la Parole de Dieu à ceux qui le reçoivent, et c'est cette Parole qui compte plus que tout.   

La réponse de Jésus à Marthe exprime cette réalité:  c'est que c'est sa parole et l'écoute de cette parole qui comptent plus que tout.  Or, la grande familiarité avec laquelle Marthe parle à Jésus indique bien qu'il y avait entre eux une relation profonde qui ne peut exister qu'entre deux personnes qui s'écoutent mutuellement. 

          Dans le service de l'hospitalité, il y a divers éléments essentiels:  il faut recevoir l'hôte, converser avec lui, lui préparer un repas et lui offrir divers services.  Il n'y a pas de véritable hospitalité sans tous ces éléments.  Il ne suffit pas de s'asseoir aux pieds de quelqu'un pour l'écouter, pas plus qu'il ne suffit de lui servir le repas.  Marthe et Marie se partagent l'ensemble de ces éléments de l'hospitalité.  Et donc, lorsque Jésus dit à Marthe qui est en train de le servir que Marie a choisi la bonne part (tèn agathèn merída, que l'on traduit trop facilement par "la meilleure part" pour des raisons grammaticales non convaincantes), il ne parle pas d'une supériorité objective.  Il dit simplement que Marie a choisi la partie la plus agréable du service de l'hospitalité, et que cela ne lui sera pas enlevé.  Quant à Marthe, qui fait tout le service onéreux, comme Jésus le fera lui-même à la dernière Cène, il l'invite à le faire sans préoccupations et sans nervosité.  Tout ce que font les deux, Marthe et Marie, constitue le service intégral de l'hospitalité.  Les deux se complètent. Aucune n'est supérieure à l'autre. 

          Une leçon additionnelle de ce récit est que Dieu ne veut pas seulement nous appeler à sa table, mais qu'il veut aussi être invité à la nôtre.  Il veut être notre hôte, comme Jésus fut l'hôte de Marthe qui le reçut dans sa maison, où elle recevait en même temps Marie.  Il se présente à nous dans la personne l'étranger, du pauvre, des rejetés, des réfugiés et des sans abris.

Si nous écoutons sa Parole, Lui et son Père feront en nous leur demeure. 

Armand Veilleux

6 October 2026

Tuesday of the 27th ordinary week

Gal 1:13-24; Lk 10, 38-42.

Homily

In the Gospel, we never see Jesus organising great feasts to which he would invite the crowds or even just his friends. Instead, he appears as a stranger who needs the hospitality of others. Even for the Last Supper, his last meal with his disciples, he is received in the home of a stranger. He was received at table in their homes by publicans. He accepted the invitation of the Pharisees. Wherever he went, he brought a message, he offered a word.

Le 5 octobre 2025 – lundi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire, année paire

Gal 1, 6-12; Luc 10,25-37

H O M É L I E

          Ce récit très vivant, tiré de l'Évangile de Luc, que nous venons de lire commençait par une importante question posée à Jésus par un docteur de la Loi. C'était une très bonne question, personnelle et pratique. En effet, il n'a pas dit de façon abstraite : "Quel est le plus grand commandement?" mais bien : "Que dois-je faire?" Jésus lui dit: "Tu es un docteur de la Loi; tu dois savoir cela. Que lis-tu dans ta Loi?" Et l'homme donne alors la bonne réponse: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." Très bien! dit Jésus! Fais cela et tu auras la vie éternelle. Le docteur trouve que le dialogue s'est terminé un peu trop brusquement et il pose une autre question: "Mais alors... qui est mon prochain?"

Le 5 octobre 2026 – lundi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire, année paire

Ga 1,6-12; Lc 10, 25-37 

H O M É L I E

Ce récit très vivant, tiré de l'Évangile de Luc, que nous venons de lire commençait par une importante question posée à Jésus par un docteur de la Loi.  C'était une très bonne question, personnelle et pratique.  En effet, il n'a pas dit de façon abstraite : "Quel est le plus grand commandement?" mais bien : "Que dois-je faire?"  Jésus lui dit:  "Tu es un docteur de la Loi; tu dois savoir cela.  Que lis-tu dans ta Loi?"  Et l'homme donne alors la bonne réponse:  "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même."  Très bien! dit Jésus!  Fais cela et tu auras la vie éternelle.  Le docteur trouve que le dialogue s'est terminé un peu trop brusquement et il pose une autre question: "Mais alors... qui est mon prochain?"   

October 5, 2026 – Monday of the 27th Week in Ordinary Time, even-numbered year

Gal 1:6–12; Lk 10:25–37

H O M I L Y

This very vivid account from the Gospel of Luke, which we have just read, began with an important question posed to Jesus by a teacher of the Law.  It was a very good question—personal and practical.  In fact, he did not ask in an abstract way, “Which is the greatest commandment?” but rather: “What must I do?”  Jesus said to him,  “You are a teacher of the Law; you should know this.  What do you read in your Law?”  And the man then gave the correct answer:  “You shall love the Lord your God with all your heart, with all your soul, with all your strength, with all your mind, and your neighbor as yourself.”  “Very good!” said Jesus. “Do that, and you will have eternal life.” The teacher felt that the conversation had ended a little too abruptly, so he asked another question: “But then… who is my neighbor?”

3 octobre 2026                                                       Samedi, 26ème sem. « paire »

Job 42,1-3,5-6,12-17 ; Luc 10,17-24

Chers Frères,

Depuis plusieurs jours la première lecture de l’Eucharistie, sur semaine, est tirée du Livre de Job, et nous terminons précisément aujourd’hui ce livre, qui est très important du point de vue de la tradition monastique – et cela pour diverses raisons.  Il est important, bien sûr, à cause de son thème central, celui de la souffrance, qui prépare à l’enseignement du Nouveau Testament sur le mystère de la Croix.  L’auteur du livre est en réaction contre l’enseignement traditionnel, selon lequel Dieu est juste et donc récompense le bon et punit le méchant.  À cette théorie, le livre de Job oppose un homme concret, qui est aussi bon qu’on puisse l’être, et qui pourtant est terriblement affligé.  Il veut comprendre le mystère de la souffrance, et, en fin de compte il n’a pas d’explication.  C’est un mystère insondable.  La souffrance n’a pas de sens.  Inutile d’essayer d’en chercher le sens.  Et, dans le Nouveau Testament, le Fils de Dieu donnera une réponse non pas en expliquant le mystère de la souffrance, mais en l’assumant, en mourant sur la Croix et, ainsi, en lui donnant finalement un sens.  Si Dieu a souffert, la souffrance a certainement un sens et c’est un sens de rédemption. Toutes nos souffrances, petites et grandes, prennent leur sens -- l’unique sens qu’elles peuvent avoir -- en étant une participation à la Croix du Christ, à cette souffrance librement assumée par amour – non pas par amour de la souffrance, mais par amour de l’homme.

4 octobre 2026 -- 27ème dimanche ordinaire « A »

Is 5,1-7 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21,33-43

H O M É L I E

          Parmi les Livres de l’Ancien Testament il y en a un, le Cantique des Cantiques, qui est tout entier un chant d’amour ou une série de chants d’amour.  Même si les esprits cartésiens ont souvent exprimé de la surprise à voir ce genre de poésie dans la Bible, les grands mystiques juifs et chrétiens de tous les temps y ont vu une image de la relation d’amour entre Dieu et son peuple.  Et plus d’un de ces mystiques – saint Bernard par exemple – l’ont largement commenté.  Or, l’on trouve d’autres exemples semblables un peu partout dans la Bible ; et le chant du bien-aimé à sa vigne, que nous avons entendu dans la première lecture, tirée du prophète Isaïe en est un bel exemple.