A 23 MATTHIEU 18, 15-20 (16)
Chimay : 06.09.2026
Frères et sœurs, les textes bibliques de ce jour veulent nous aider à mieux vivre l’Évangile en Église. Ils nous parlent de la correction fraternelle qui est une composante de la vie en communauté. Dans la première lecture (Ez 33,7-9), nous lisons que le prophète Ézéchiel reçoit la mission de guetteur pour la Maison d’Israël. Dieu ne lui demande pas d’espionner ni de surveiller ses proches. Il lui demande simplement d’être attentif. Le vrai guetteur veille sur les autres, en particulier sur ceux qui risquent de s’orienter vers des chemins de perdition. La mission de l’Église, notre mission, n’est pas de nous sauver individuellement mais de sauver le monde. Nous sommes responsables de nos frères et de nos sœurs : non pas de leurs fautes, mais de leur faire entendre l’appel à la conversion et de veiller sur eux.
Dans sa lettre aux Romains (Rm 13,8-10), saint Paul nous apporte un éclairage nouveau ; il nous parle de la dette de l’amour mutuel : « L’amour ne fait rien de mal au prochain » (Rm 13,10). C’est l’amour qui doit être au cœur de nos relations humaines, que ce soit dans l’Église ou dans la société. Tous les commandements de Dieu envers le prochain se résument dans l’amour. En nous disant cela, saint Paul sait de quoi il parle : dans un premier temps, il avait eu une attitude rigide et écrasante pour les autres ; il en était venu à être un persécuteur acharné des chrétiens. Ce qui l’a sauvé, c’est la découverte de l’amour miséricordieux du Christ Sauveur à son endroit. À la suite de cela, il a changé de manière : il est devenu un apôtre bienveillant.
Dans son Évangile, saint Matthieu nous parle de la correction fraternelle à l’intérieur de la communauté des croyants. Ça sonne comme une réprimande ou une remarque désobligeante, mais Jésus nous enseigne plutôt de faire preuve de charité envers les autres. Il ne s’agit pas de corriger les autres ni de leur faire la morale. Le Seigneur nous envoie vers l’autre pour témoigner de l’amour qui est en Dieu.
Et s’il ne m’écoute pas, Jésus suggère une intervention progressive, d’abord deux ou trois personnes, puis la communauté de l’Église. « S’il n’écoute pas la communauté, considère-le comme le païen et le publicain » (Mt 18,17). Ce n’est pas comme une condamnation finale qui exclut le pécheur. Mais s’il reste aveugle sur ses besoins, la communauté va tout faire pour le porter dans sa prière et le ramener dans la communauté.
Nous connaissons tous la parabole de la brebis perdue (Lc 15,4-7). Jésus raconte qu’un berger quitte ses 99 moutons pour chercher inlassablement la seule brebis égarée. Chez Matthieu cette brebis prend le visage de toutes les victimes qu’une atteinte grave qu’elles ont subie a profondément perdues et désorientées. Ces victimes sont en effet ces petits que des gens peu scrupuleux ont fait tomber. Or, dit Jésus, « la volonté de mon Père est qu’aucun de ces petits ne se perde » (Mt 18,14). Aussi lorsqu’il la retrouve la brebis égarée, le Seigneur la porte avec joie sur ses épaules et organise une fête, illustrant la miséricorde divine et l’immense joie pour un seul pécheur qui se repent. L’Évangile nous dit que le Maître fait tout pour la retrouver. Qui que nous soyons, le Seigneur est à notre recherche. Et nous sommes responsables les uns des autres.
Tout cela suppose une attitude de délicatesse, de prudence, d’humilité et d’attention à l’égard de l’autre. Nous devons éviter les mots qui peuvent tuer ou blesser notre frère. Quand je dis du mal, quand je dis une critique injuste, quand j’écorche mon frère avec ma langue, cela signifie que je peux tuer la réputation de l’autre. C’est vrai, les paroles peuvent tuer. Nous devons tout faire pour éviter la clameur du fait divers et le commérage.
Le but de la correction, c’est d’aider la personne à se rendre compte de ce qu’elle a fait : par sa faute, elle n’a pas seulement offensé une personne. C’est toute la communauté qui est éclaboussée par le contre-témoignage qu’elle a donné. Mais nous devons faire preuve d’humilité en nous rappelant que nous aussi, nous sommes tous pécheurs. Nous avons tous besoin de pardon. La correction fraternelle est un service que nous pouvons nous rendre les uns aux autres, tout en ménageant les susceptibilités. Car nous en avons tous besoin et nous commettons souvent des erreurs.
C’est pour cette raison qu’à chaque messe, nous sommes invités à reconnaître devant le Seigneur que nous sommes pécheurs. Nous le disons avec des mots et des gestes : “Prends pitié de nous, Seigneur”. Nous ne disons pas : “prends pitié de celui qui est à côté de moi parce qu’il est pécheur” comme le pharisien de l’Évangile, mais “prends pitié de moi, du pécheur que je suis” comme le publicain également de l’Évangile. Nous sommes tous pécheurs et nous avons tous besoin du pardon du Seigneur.
Cet Évangile d’aujourd’hui se termine par un appel à nous unir dans la prière. Quand nous sommes réunis en son nom, Jésus est là. Il est présent aujourd’hui dans l’Eucharistie qui nous rassemble. Il nous rejoint pour mettre son amour en nos cœurs. C’est avec lui que nous pourrons refaire la communion qui est cassée. Et surtout, n’oublions jamais que pour gagner tous ses frères, Jésus s’est donné jusqu’au bout, jusqu’à l’offrande totale sur la croix. Alors « aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur » (Ps 94,7-8).


