Homélies du Père Jacques Pineault

A 16 MATTHIEU 13, 24-43 (19) Chimay : 19.07.2026

Frères et sœurs, aujourd’hui nous sommes invités à découvrir le vrai visage de Dieu. Autrefois, on se représentait Dieu comme un vengeur qui condamnait sans pitié tous les faisant mal. Et pourtant, Dieu fait preuve à notre égard d’une patience extraordinaire. Son grand désir a toujours été « que le pécheur se convertisse et qu’il vive » (Ez 18,32).

Le grand message de la Sagesse (Sg 12,13-19), c’est qu’en définitive, Dieu est plus humain que l’homme : « après la faute il accorde la conversion » (Sg 12,19), tandis que l’homme développe du ressentiment. La patience de Dieu envers les pécheurs dont nous sommes n’est pas signe de faiblesse, mais de l’espérance qu’il met en nous. Le gros problème de notre société, c’est la montée de l’intolérance. Quand un homme ou une femme sont enfermés dans leur mauvaise réputation, on ne leur laisse aucune chance. En ce jour, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui demander de nous donner un peu d’humanité. Qu’il nous apprenne à voir ce monde comme lui-même le voit, avec un regard plein d’amour et de miséricorde pour « que tous soient un » (Jn 17,21).

C’est aussi ce message que nous retrouvons dans l’Évangile. Trois petites histoires nous font comprendre ce qu’est le royaume de Dieu : d’abord c’est un paysan qui, ayant semé du bon blé dans son champ, demande d’attendre la récolte pour séparer la mauvaise herbe du blé et la brûler. Ensuite c’est une toute petite graine de moutarde qui devient un arbre pouvant abriter tous les oiseaux. Enfin, c’est le levain qui fera lever la pâte. Trois histoires pleines d’humanité et relativement paisibles, même si le paysan doit calmer ses ouvriers qui accusent le voisin d’avoir semé la mauvaise herbe. Ce royaume fait envie, il réveille en nous un désir d’harmonie, de proximité avec la nature et les choses simples, telles que faire son pain ou encore écouter les oiseaux. Et les périodes de vacances peuvent en être l’occasion.

La parabole du bon grain et de l’ivraie, nous la connaissons bien parce que nous l’avons entendue souvent ; cet homme qui sème le bon grain, c’est Dieu. N’oublions pas ce qui est dit dans le premier récit de la Création : « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1,31). Tout ce qui vient de Dieu est beau et bon. Le bon grain est mis en terre par Dieu. Dieu ne nous donne que du bon grain.

La priorité, c’est le bon grain semé par le Seigneur. Le problème, c’est qu’au lieu de « veiller au grain », nous dormons. Nous nous installons dans la routine, la facilité ; nous oublions le Seigneur et son Évangile. Pendant que les gens dormaient, l’ennemi est venu. Il vient toujours pendant que nous dormons. Ce n’est pas pour rien que Jésus nous demande de veiller et de prier pour ne pas succomber à la tentation. C’est ce qui est arrivé à Pierre, Jacques et Jean au Jardin des Oliviers, la veille de la mort de Jésus. N’oublions pas que notre vie chrétienne est un combat de tous les jours contre « l’ennemi ».

L’ennemi, lui, ne dort pas. Il est toujours à l’affût pour semer l’ivraie. Ce que l’ennemi sème, c’est toujours la zizanie, c’est le trouble, la discorde, les bagarres, les calomnies. C’est tout ce qui est contraire à la communion. Tout cela est semé par l’ennemi. Nous le voyons dans nos paroisses, nos communautés, nos familles : tout est prétexte à zizanie.

Ce mal, nous le voyons tous les jours : à côté du pape Léon, ardent défenseur des pauvres, nous avons des extrémistes qui tuent et massacrent. Le pire, c’est qu’ils prétendent agir au nom de Dieu. Nous voudrions faire le ménage en enlevant l’ivraie. Mais Jésus nous demande de ne pas le faire. Ce serait ajouter de la haine à la haine, de l’ivraie à l’ivraie. Cet Évangile nous dit l’immense patience de Dieu. Il ne veut pas risquer d’arracher le bon grain avec l’ivraie. Il ne veut pas nous abimer. Et il nous demande de faire preuve de la même patience envers les autres. Il nous laisse discerner ce qui ne va pas dans notre vie. Lui-même nous accompagne jusqu’à la moisson.

Nous ne devons pas nous décourager quand nous avons l’impression qu’il y a de l’ivraie partout et que Dieu ne fait rien. Le Seigneur use de patience envers tous. Il veut absolument que personne ne périsse mais que tous arrivent au repentir. Il est important que nous méditions sur cette patience de Dieu et sur le fait qu’il faut être rempli d’espérance : l’ivraie et la zizanie n’auront pas le dernier mot. Mais bien que ce soit les vacances, il ne faut pas passer son temps à dormir. Nous devons rester dans la vigilance.

Dans la lettre aux Romains (Rm 8,26-27), saint Paul nous invite à nous tourner vers notre Dieu. Car laissés à nous-mêmes, nous sommes bien incapables. C’est alors que le Seigneur intervient pour nous donner son Esprit Saint. Avec lui, nous devenons capables de nous ouvrir à l’amour du Père et à répondre à sa volonté. Le vrai Dieu n’est pas celui qui écrase ses ennemis. Il est plutôt celui qui se présente à nous comme un Dieu plein d’amour qui veut le salut de tous les hommes.

        Mais connaissons-nous notre Dieu ? Ce Dieu bon et qui pardonne, ce Dieu patient qui prend soin de nous ? Un Dieu grand qui fait des merveilles : la merveille, c’est qu’il préfère laisser grandir ensemble ivraie et bon grain, tant il a peur de risquer d’abîmer le bon grain, de l’empêcher de pousser, de l’écraser. Voilà sa grandeur ! Et nous qui partons si facilement en guerre contre nos défauts pour tenter de les éradiquer, qui voyons surtout ce qui ne va pas en nous ou chez les autres ! Avec tendresse, Dieu regarde ce qu’il a mis de bon en nous et dans les autres, il nous invite à nous en émerveiller, à lui en rendre grâce. Apprenons de lui à veiller patiemment sur ce qui, en nous ou dans le monde, est porteur de vie, et d’espérance. Comme de bons jardiniers, apprenons à guetter tous ces germes du royaume de Dieu pour en prendre soin et les faire grandir. Quant à ce qui est mauvais, abandonnons-le dans les mains du Seigneur et implorons sa miséricorde que jamais il ne refuse. Ne soyons pas pour nous-mêmes ou pour les autres des juges impitoyables et des redresseurs de torts ! Laissons à Dieu le soin de juger : il est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.

A 15 MATTHIEU 13,01-23                                                                (19) Chimay : 12.07.2026

Frères et sœurs, écologie et Parole de Dieu pourraient être le thème de ce dimanche s’il fallait en chercher un. Les lectures sont particulièrement évoca-trices : la Parole de Dieu est comme l’eau de la pluie et la neige qui abreuvent la terre (Is 55,10-11) ; Jésus compare la Parole de Dieu à une semence qui tombe sur des terres arides ou fertiles (Mt 13,1-23) et le psaume 64 décrit une contrée riche en récoltes et en végétation. Bref, la parole créatrice de Dieu est profondément liée à ce qu’elle a créé. Autrement dit, l’ensemble de la création, la terre, les végétaux, les animaux, les humains, sont l’expression de la parole féconde de Dieu.

A SAINT SACREMENT JEAN 06,51-58 (17)

Chimay : 07.06.2026

ssacrement 2026Frères et sœurs, après le sommet eucharistique du Jeudi Saint, nous nous retrouvons pour la grande fête de l’Eucharistie, celle du Saint Sacrement, Corps et Sang du Christ, appelée autrefois Fête-Dieu. Comme vous le savez, à cette occasion, c’est Jésus lui-même qui se donne en nourriture. Il a voulu nous laisser sa présence sous la forme d’un repas, voire d’un banquet, le banquet eucharistique. Par ce fait même, l’Eucharistie s’offre à nous comme la nourriture essentielle de notre vie humaine, chrétienne et spirituelle. C’est pourquoi Jésus a dit : « Celui qui me mange vivra par moi » (Jn 6,57).

A 12 MATTHIEU 10,26-33 (14)

                                                                                                                  Chimay : 21.06.2026

Frères et sœurs, porter la Parole du Seigneur a toujours été une grande et belle mission. Mais nous savons tous qu’elle comporte son lot de difficultés et de souffrances. La liturgie de ce jour nous a fait entendre les lamentations du prophète Jérémie : « J’entends les calomnies de la foule… Dénoncez-le ! » (Jr 20,10). Il lui en coûte de proclamer la parole que Dieu a mise dans sa bouche. Sa foi est mise à l’épreuve. Mais il se tourne vers le Seigneur pour qu’il prenne sa défense. Dieu lui a promis d’être avec lui pour le délivrer de ses persécuteurs. C’est lorsqu’il se voit seul contre tous, abandonné même par ses amis, que Jérémie sait qu’il n’est pas seul : le Seigneur est avec lui.

A SAINTE TRINITÉ JEAN 03, 16-18 (16)

Scourmont : 31.05.2026

Trinit 2026Frères et sœurs, nous voici rassemblés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Sainte Trinité. Avant le Concile Vatican II, le catéchisme en donnait des explications plutôt abstraites. C’est vrai que ce dogme de la Sainte Trinité reste un mystère qui dépasse notre intelligence et nos raisonnements humains. La liturgie de ce dimanche nous invite à y entrer en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu.

A 11 MATTHIEU 09,36-10,08

Chimay : 14.06.2026

Frères et sœurs, “des foules fatiguées et abattues…” Voilà la triste situation du peuple d’Israël qui nous est décrite dans le livre de l’Exode (Ex 19,2-6). Mais Dieu ne reste pas indifférent face à ce drame. Il a appelé Moïse pour sortir son peuple de la servitude. Arrivé au terme de son parcours ce peuple est invité à une révision de vie : « Souviens-toi de tout ce que tu as reçu du Seigneur malgré tes infidélités… comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19,4). C’est de tout cela que tu dois témoigner ; par ta façon de vivre, tu dois montrer à tous les peuples ce qu’est une vie renouvelée. En choisissant Israël comme son domaine particulier parmi tous les peuples, Dieu en fait le témoin de sa présence chez les hommes.

Dans sa lettre aux Romains (Rm 5,6-11), l’apôtre Paul insiste sur la grandeur de l’amour de Dieu. Si le Christ a donné sa vie, ce n’est pas pour récompenser nos mérites ; nous n’y sommes pour rien ; seul le sang du Christ a fait de nous des justes. Par sa mort et sa résurrection, nous sommes réconciliés avec Dieu, nous sommes déjà sauvés. Ce qui nous est demandé, c’est d’ouvrir nos mains et notre cœur, c’est d’accueillir cette vie du Christ et de nous laisser transformer par lui. Alors que Jésus a donné sa vie pour nous, pourrions-nous encore douter de l’amour de Dieu à notre égard ?

Dans l’Évangile, saint Matthieu nous montre ce regard compatissant de Jésus sur les foules. Il les voit « désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (Mt 9,36). Ce qui le préoccupe, ce n’est pas seulement la détresse de chaque membre, c’est surtout le manque de direction. Elles n’ont personne pour les guider. Alors Jésus demande de prier son Père d’envoyer des missionnaires vers ces foules désemparées. « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » (Mt 9,37), dit Jésus. Pourtant, nous sommes tout un peuple de baptisés, choisis et envoyés vers le monde, là où se construit déjà le Royaume.

Aussi Jésus procède-t-il à un recrutement. L’Évangile nous parle des douze apôtres que Jésus appelle. Les récits témoignent que la compassion de Jésus précède la guérison des malades, la résurrection des morts, l’enseignement aux foules, la multiplication des pains... Autrement dit, elle est un indice du royaume de Dieu. Jésus envoie les apôtres en mission. Dans un premier temps, ils devront se limiter aux seuls ressortissants d’Israël ; ils devront guérir les malades, ressusciter les morts, expulser les démons ; ils devront surtout annoncer que le Royaume de Dieu est proche ; Dieu aime tous les hommes et il veut notre bonheur à tous. Après la Pentecôte, cette Bonne Nouvelle sera annoncée au monde entier. Les ouvriers de la 11e heure accueilleront le même salut que ceux de la première.

C’est un appel personnel et collectif en même temps, car c’est le groupe des douze apôtres qui est ainsi constitué : Jésus va les former au cours des trois ans de sa vie publique. Progressivement Jésus envoie ses disciples en mission, en leur précisant les exigences de l’apostolat. La première est l’expulsion des démons, pouvoir assuré par Jésus, victorieux des puissances du mal et de la mort, qu’il partage avec ses disciples. La deuxième est le soin et la guérison des malades. La troisième est la proclamation royaume des Cieux qui vient en Jésus. La gratuité est la caractéristique de ce royaume. Dieu donne gratuitement, et les disciples sont invités à se mettre à l’école de cette même gratuité. « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10,8).

Peu importe notre situation, cet Évangile nous rejoint ; il nous empêche d’être indifférent aux souffrances physiques et morales qui frappent notre monde. Nous ne pouvons qu’être émus par la détresse matérielle, spirituelle et morale des foules d’aujourd’hui ; beaucoup vivent dans le désarroi et le découragement. Des enfants et des jeunes vivent sans repère et sans avenir ; des croyants quittent les églises parce qu’ils ne s’y sentent pas accueillis et écoutés. Ils ne trouvent pas de réponse à leurs interrogations. Des familles se divisent. Des nations entières se font la guerre. Face à cette situation dramatique, la décision la plus urgente, c’est de nous mettre en prière nous dit Jésus : « Priez le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson… » (Mt 9,38). Le Royaume de Dieu ne peut advenir sans notre prière, nous dit Jésus ; si nous prions le Père, c’est pour nous ajuster à son amour, c’est pour qu’il nous fasse entrer dans sa volonté. C’est pour nous envoyer « vers les brebis perdues » (Mt 10,6). Nous lui demandons de nous transformer pour que nous devenions des ouvriers passionnés et efficaces pour la “moisson”.

Trop souvent, nous avons tendance à nous lamenter sur la dureté de notre époque et sur l’avenir incertain. Nous avons besoin de retrouver un regard optimiste et généreux. C’est par la prière que nous apprenons à aimer comme le Père aime. C’est Jésus qui nous le demande : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (autant que je vous ai aimés) (Jn 13,34). Nous apprenons à aimer le monde à la manière de Dieu, à aimer l’Église malgré ses faiblesses.

Après la prière, Jésus choisit les Douze pour leur confier la mission de l’Évangile. Il pose ainsi les bases de ce que doit être l’Église, « un peuple missionnaire » envoyé à toutes les nations. Comme les apôtres, nous sommes tous envoyés pour proclamer que le Royaume de Dieu est proche ; c’est notre mission de chrétiens baptisés et confirmés. Comme Bernadette de Lourdes, nous ne sommes pas chargés de faire croire mais de dire et de témoigner ; le reste c’est l’œuvre de l’Esprit Saint ; il nous précède et il agit dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route.

Au cours de cette Eucharistie, nous nous tournons vers le Seigneur ; nous lui demandons qu’il nous apprenne à avoir le même regard que lui sur les foules désemparées d’aujourd’hui ; qu’il nous donne force et courage pour témoigner chaque jour de l’espérance qui nous anime. Dieu souhaite une relation personnelle avec chacun de nous, une relation sur mesure qui changera notre vie.

  

A PENTECÔTE JEAN 20, 19-23 (18)

 Chimay : 24.05.2026

Pentecote2026

Frères et sœurs, nous sommes rassemblés en ce dimanche pour fêter la Pentecôte. Alors nous pouvons nous poser la question : quelle est l’origine de cette fête ? Que représente-t-elle pour nous ? Dans notre monde sécularisé, beaucoup ont oublié. Le risque est grand de réduire cette fête à un long week-end. De plus, les fêtes civiles organisées à cette occasion peuvent amplifier la confusion. Il s’agit d’un week end prolongé idéal pour une escapade trois jours à la fin du printemps. Il est donc important que nous allions à la source et au cœur de notre foi.