Homélies de Dom Armand Veilleux

28 octobre 2026 ; fête des SS. Simon et Jude

Eph. 2, 19-22 ;  Lc 6, 12-19

HOMÉLIE

« Si vous voulez prier, dit Jésus à ses disciples, entrez dans votre cellule, fermez la porte et priez votre Père en secret ». 

Jésus lui-même faisait souvent quelque chose de très similaire.  Il se rendait souvent dans la montagne, surtout pendant la nuit, pour prier son Père en secret. Et si vous examinez tous les cas où il le fait dans l'Évangile, vous verrez que c'est presque toujours avant de prendre une décision importante. Nous en avons un exemple dans l'Évangile d'aujourd'hui. Avant de choisir ses douze apôtres, Jésus passe toute une nuit à prier dans la montagne. 

Cela nous rappelle que chaque fois que nous devons prendre une décision importante, nous devons prier.  Il faut certes réfléchir, tout comme il faut dialoguer et consulter. Mais avant tout, et plus que tout, il faut prier. Nous ne devons pas tant prier pour obtenir une lumière extraordinaire et miraculeuse, mais simplement pour avoir les dispositions qui nous permettront de prendre la bonne décision. Dieu nous a donné l'entière responsabilité de prendre nos propres décisions.  Nous ne devons donc pas demander à Dieu de nous dire quoi décider. Nous devons plutôt lui demander de nous donner la bonne disposition afin que nous prenions des décisions conformes à sa volonté. 

           À l'aube, Jésus appelle tous ses disciples, ceux qui le suivaient déjà. Il les appelle à monter sur la montagne et, là, il choisit les Douze. Ils sont choisis par leur nom. Toute vocation est quelque chose d'absolument personnel. Dieu n'appelle pas les gens par groupes ou par catégories. Il ne passe pas d'annonce dans les journaux pour appeler tous ceux qui sont intéressés.  Il invite toujours chacun d'entre nous par son nom.  Lorsque nous sommes nés, lorsque nous avons reçu le baptême, lorsque nous sommes entrés au monastère, nous avons reçu un appel personnel et nous y avons répondu, établissant ainsi une relation personnelle pour toute la vie. 

Enfin, à la fin de l'Évangile, nous voyons plusieurs cercles concentriques autour de Jésus.  Il y a le cercle des disciples qu'il a appelés à la montagne à l'aube et parmi lesquels il a choisi les Douze. Puis, lorsqu'il est descendu de la montagne, il a trouvé un groupe plus important de disciples et, avec eux, une grande foule venue de partout pour l'écouter et être guérie de ses maladies. Tous dans la foule essayaient de le toucher, car un pouvoir émanait de lui qui les guérissait tous. 

           Nous pouvons certainement trouver notre place dans l'un de ces cercles ou dans la foule, et c'est pourquoi nous sommes nous aussi venus ce matin pour écouter Jésus et le toucher dans cette Eucharistie. Demandons-lui également de nous guérir de tous nos maux du corps, de l'esprit et du cœur, afin que nous puissions toujours décider et agir selon sa volonté et celle de son Père. 

Armand Veilleux

          

October 28, 2026; Ss Simon and Jude

Eph 2, 19-22; Lc 6, 12-19

HOMILY 

           “If you want to pray, Jesus said to his disciples, enter your cell, shut the door and pray your father in secret”. 

           Jesus himself often did something very similar.  He often went to the mountain, specially during the night, to pray His Father in secret.  And if you examine all the instances in the Gospel when He does that, you will see that it is almost always before making an important decision.  We have an example in today's Gospel.  Before choosing His twelve apostles, Jesus spends a whole night of prayer on the mountain. 

           This reminds us that whenever we have to make an important decision, we must pray.  There is a need for reflection, certainly, as there is a place for dialogue and consultation.  But before everything else -- and more than everything else -- there is a need for prayer.  We must pray not so much in order to get some extraordinary, miraculous light; but simply in order to have the right dispositions that will allow us to make the right decision.  God has given us the full responsibility to make our own decisions.  So, we should not ask God to tell us what to decide.  We should rather ask Him to give us the right disposition so that we will make decisions that are conformed to His own Will. 

           At dawn Jesus calls all His disciples, those who were already following Him.  He called them to the mountain and, there He chose the Twelve.  They are chosen by name.  Any vocation is something absolutely personal.  God does not call people by groups or categories.  He does not place a notice in the newspapers calling all those who are interested.  He always invites each one of us by her or his name.  When we were born, when we received baptism, when we entered the monastery, we received such a personal call and we answered it, establishing a life-long personal relationship. 

           And, last, at the end of the Gospel we see several concentric circles around Jesus.  There is the circle of the disciples whom He called to the mountain at dawn and from whom He chose the Twelve.  Then, when He came down from the mountain, He found a larger group of disciples, and, with them, a great crowd of people from everywhere, who had come to hear Him and to be cured of their diseases.  Everyone in the crowd was trying to touch Him because a power came out of Him that cured them all. 

           We can certainly find our place in one of these circles or in the crowd, and therefore, we too have come this morning to hear Jesus and to touch Him in this Eucharist.  Let us also ask Him to cure us from all our ailments of body, spirit and heart, so that we may always decide and act according to His will and the will of His Father.

Armand Veilleux

27 octobre 2026 - Mardi de la 30ème semaine ordinaire, année paire

Eph. 5, 21-33 ; Luc 13, 18-21

Homélie

           Ces deux paraboles font partie d’un groupe de quatre paraboles qu’on retrouve dans les trois Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), même si chacun des Évangélistes les a placées différemment dans son récit. Les deux autres sont celles de l’agriculteur patient qui a déposé sa semence dans la terre et attend qu’elle croisse et celle de l’ivraie mélangée à la bonne semence et qui ne sera arrachée que lorsque la semence aura atteint sa pleine croissance. Toutes quatre paraboles parlent de la même réalité, c’est-à-dire l’échec apparent rencontré par Jésus dans sa prédication, ou au moins la lenteur avec laquelle se manifestaient les résultats de cette prédication.

27 October 2026 - Tuesday of the 30th week of the even-numbered year

Eph. 5, 21-33; Luke 13, 18-21

Homily

           These two parables are part of a group of four found in the three synoptic Gospels (Matthew, Mark and Luke), even though each of the Evangelists has placed them differently in his narrative. The other two are those of the patient farmer who has placed his seed in the ground and waits for it to grow, and that of the weeds mixed with the good seed, and which will only be uprooted when the seed has reached its full growth. All four parables speak of the same reality, that is, the apparent failure of Jesus in his preaching, or at least the slowness with which the results of that preaching were manifested.  

23 octobre 2026 – vendredi de la 29ème semaine (année paire)

Eph 4,1-6 ; Luc 12, 54-59 

H O M É L I E

Nous terminons aujourd’hui la lecture de ce long chapitre 12 de l’Évangile de Luc, où celui-ci regroupe un grand nombre d’enseignements de Jésus prononcés en des circonstances différentes.  Le fait que nous ignorons, dans la plupart des cas ces circonstances nous rend plus difficile l’interprétation de ces récits.  Les deux petits « logia » d’aujourd’hui sont des paroles de sagesse qui peuvent évidemment être appliquées à toutes les situations. 

Dans le premier cas, Jésus s’adresse à des agriculteurs et sans doute aussi à des pêcheurs de Galilée, qui ont appris à vivre en communion avec la nature et qui savent prévoir, en regardant les nuages et en examinant la direction du vent, quel temps il va faire le jour suivant. (Ils étaient sans doute aussi précis que nos météorologues de la radio ou de la TV qui nous annoncent parfois qu’il y a 50% de possibilité de beau temps ou 50% de possibilité de pluie).  Jésus semble d’ailleurs admirer leurs aptitudes à prévoir le temps, et il leur reproche de ne pas savoir reconnaître aussi bien le temps où ils vivent.

Jésus appelle donc ses disciples à utiliser leur intelligence, leur expérience et leur jugement pour discerner les signes des temps.  Ces signes ne révèlent pas leur signification sans une analyse sérieuse et approfondie.  C’est là un aspect essentiel de la vie contemplative – une activité contemplative.  L’attitude contemplative consiste à se tenir sans cesse à l’écoute de la Parole de Dieu.  Or Dieu nous parle à travers les Écritures et la Tradition, il parle à chacun de nos coeurs, mais il nous parle aussi à travers les événements de la vie du Monde et de l’Église – ce que Vatican II appelle les « signes des temps ».

Nous, moniales et moines, qui ne sommes pas impliqués directement dans les grands travaux de la Société et de l’Institution Ecclésiastique, et pouvons regarder avec un certain recul l’ensemble du paysage, nous avons une responsabilité particulière de faire cette analyse.  Il ne suffit pas de prier pour le monde en général et d’aligner des intentions de prières au fil des accidents ou des calamités.  Nous avons le devoir d’analyser, avec toute la rigueur requise pour un discernement d’une telle importance, ces événements afin d’y « reconnaître le moment où nous sommes » pour employer l’expression de Jésus.

Lorsque le monde vit des catastrophes humaines d’une envergure particulière, c’est peut-être, au moins en partie, parce que les « spirituels » ont négligé de remplir cette tâche et ont laissé aux politiciens, aux économistes et aux militaires de faire tous seuls leurs analyses.

Évidemment, c’est aussi au niveau communautaire et au niveau personnel qu’il faut savoir reconnaître le temps où nous sommes, avec ses défis et ses grâces.  Et à ce niveau également nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse sérieuse, aussi bien communautaire qu’individuelle.  Regardons sans cesse de quel côté se lèvent les nuages et dans quelle direction souffle le vent ! 

Armand VEILLEUX

27 October 2026 - Tuesday of the 30th week of the even-numbered year

Eph. 5, 21-33; Luke 13, 18-21

Homily

           These two parables are part of a group of four found in the three synoptic Gospels (Matthew, Mark and Luke), even though each of the Evangelists has placed them differently in his narrative. The other two are those of the patient farmer who has placed his seed in the ground and waits for it to grow, and that of the weeds mixed with the good seed, and which will only be uprooted when the seed has reached its full growth. All four parables speak of the same reality, that is, the apparent failure of Jesus in his preaching, or at least the slowness with which the results of that preaching were manifested.  

24 octobre 2026 – Dédicace de l’église de Scourmont

1Roi 8, 22-23.27-30 ; Actes 7,44-50 ; Luc 19, 1-10 

H O M É L I E 

           David, après s’être construit un palais superbe, avait décidé -- dans ce qu’il concevait sans doute comme un moment de grande magnanimité -- de construire aussi une résidence à Dieu (« Voici que je vis dans un palais de cèdre et que Dieu vit sous la tente !)  Et Dieu lui avait répondu : « Ce n’est pas toi qui me construira une maison ; c’est moi qui t’en ferai une. » 

           Il y a quelque chose de semblable dans l’Évangile d’aujourd’hui.  Zachée veut voir Jésus.  Zachée n’était pas précisément un pieux enfant de chœur.  C’était un collecteur d’impôts, et même le chef des collecteurs d’impôts de Jéricho.  Il était connu dans la ville comme un pécheur.  Il avait cependant un coeur d’enfant.  Il savait que Jésus allait passer par sa ville et il voulait tellement le voir, qu’il oublia pour un instant son importance et se mit à courir comme un enfant et grimpa dans un arbre pour le voir. 

           Que se passa-t-il alors ? – Les rôles furent renversés.  Alors que Zachée voulait voir Jésus, c’est Jésus qui vit Zachée et le regarda avec des yeux pleins d’amour qui le transformèrent.  Jésus leva les yeux vers Zachée dans son sycomore et lui dit : « Zachée, descends vite: aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi ».  Jésus veut entrer chez Zachée – non seulement dans sa maison, mais dans son coeur et dans sa vie, qui s’en trouve transformée.

           Nous pouvons alors comprendre pourquoi les églises chrétiennes ne sont pas d’abord des maisons de Dieu, mais des maisons du peuple de Dieu, comme saint Bernard nous le rappelait dans le texte que nous avons lu au deuxième nocturne des Vigiles, cette nuit.  C’est que Dieu ne veut pas habiter dans des maisons faites de mains d’hommes, mais dans le coeur de chacun d’entre nous.  « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » nous dit saint Paul. 

           C’est parce que le Christ habite en nos coeurs que chaque fois que deux ou trois d’entre nous se réunissent au nom du Seigneur, il est là au milieu d’eux.  Et chaque fois que nous nous réunissons dans l’église de notre monastère pour exprimer dans la prière commune cette communion dans la foi, l’amour et l’espérance, nous sommes Église, nous sommes Peuple de Dieu et Jésus est là, présent au milieu de nous.  C’est d’ailleurs là la première forme de présence réelle du Christ dans l’Église.  Et chaque fois que nous faisons ensemble mémoire de Lui dans la célébration eucharistique, il est là présent dans toute la plénitude de sa présence : deuxième forme de présence réelle. 

           Zachée n’est-il pas un peu chacun de nous ?  Ou, plutôt, ne sommes-nous pas, chacun d’entre nous, un peu Zachée ? Saint Benoît, au début de sa Règle, dit qu’il a écrit celle-ci pour ceux qui, éloignés de Dieu par la désobéissance (ou le péché), veulent revenir à Dieu par la voie de l’obéissance.  Si nous sommes venus au monastère c’est que nous étions des publicains, que nous n’avions pas la pauvreté du coeur prêchée par Jésus, et que nous cherchions une voie de conversion.  Ce chemin de conversion nous l’avons trouvé dans la Règle de Benoît.  Nous étions trop petits pour voir Dieu, et nous sommes montés dans notre sycomore, nous lançant sans doute avec une ardeur de novices dans l’observance de tout ce qui pouvait nous rapprocher de Dieu.  Et puis, heureusement, un jour Jésus nous a dit : « Descends de ton sycomore.  Ce n’est pas du haut de ton ascèse et de ta vertu que tu peux voir Dieu.  C’est moi qui veux habiter chez toi, dans ton coeur. »   Si nous avons entendu cette parole, si nous l’avons laissée pénétrer en nos coeurs, elle y a créé chaque fois une attitude de componction, et surtout de partage. Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.

           Chaque fois que nous sommes fidèles à cet idéal de recherche de Dieu et de conversion, s’applique à nous la parole de Jésus qui termine l’Évangile que nous venons d’entendre : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.  En effet le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Armand VEILLEUX