Homélies de Dom Armand Veilleux

10 mars 2026 – Mardi de la 3ème semaine de Carême
Daniel 3, 25.34-43 ; Mt  18, 21-35
 

Homélie

          Cette affaire des 7 fois et des 70x7 fois est une bien vieille histoire. Elle remonte à l’époque de Caïn et Abel.  Après le meurtre d’Abel, selon le récit de la Genèse, Dieu chassa Caïn du Paradis.  Ce dernier dit alors à Dieu : « Si tu me chasses aujourd’hui de l’étendue de ce sol, je serai caché à ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera." Et le Seigneur répondit : "Eh bien! Si l’on tue Caïn, il sera vengé sept fois."  Et, quelques générations plus tard, Lamek, le petit-fils de Caïn, prit deux femmes, Ada et Cilla, et leur dit, avec assez de bravade : "Ada et Cilla, écoutez ma voix! Femmes de Lamek, tendez l’oreille à mon dire! Oui, j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois."

10 March 2026 – Tuesday of the Third Week of Lent

Daniel 3:25, 34–43; Matthew 18:21–35

Homily

   This business of seven times and seventy times seven is a very old story. It dates back to the time of Cain and Abel. After Abel's murder, according to the account in Genesis, God drove Cain out of Paradise. Cain then said to God, ‘If you drive me out today from the face of the ground, I shall be hidden from your face, and I shall be a fugitive and a wanderer on the earth, and whoever finds me will kill me.’ And the Lord replied, ‘If anyone kills Cain, he will be avenged seven times over.’ And a few generations later, Lamech, Cain's grandson, took two wives, Ada and Zilla, and said to them, rather boastfully, "Ada and Zilla, hear my voice! Wives of Lamech, listen to my words! Yes, I have killed a man for a wound, a child for a bruise. Yes, Cain will be avenged seven times, but Lamech seventy-seven times."

3rd Sunday of Lent "A"

Ex 17, 3-7; Rom 5, 1…8; John 4, 5-42

March 8, 2026

H O M I L Y

In this Gospel, there is something surprising, which carries a lesson for us. It is that Jesus never got the drink he was asking for! He was tired and thirsty; he asked the woman for some water, and that provoked a long and lively conversation between the two of them; and the end, the woman is so excited that she leaves her bucket there on the ground and run to town to tell people about Jesus. At least, if we limit ourselves to the narrative we have, she did not draw water for Jesus.

9 mars 2026 – lundi de la 3e sem. de Carême

2 R 5, 1-15a; Lc 4, 24-30

Homélie      

Après son baptême par Jean, Jésus passa au désert 40 jours, après lesquels il décida de ne pas commencer son ministère à Jérusalem, qui était le centre du judaïsme, mais dans la lointaine province de Galilée d'où il venait.

8 mars 2026 -- 3ème dimanche de Carême « A »

Ex 17, 3-7; Rom 5, 1…8;Jean 4, 5-42

H O M É L I E

          Il y a dans cet Évangile quelque chose de surprenant et qui comporte sans doute une leçon pour nous. C’est que Jésus, finalement, n’a pas reçu l’eau qu’il demandait. Il était fatigué et assoiffé et il demanda de l’eau à la Samaritaine en lui disant : « Donne-moi à boire ». Cette demande provoque entre eux deux une conversation animée et, à la fin, la femme est si excitée que, laissant là sa cruche, elle court à la ville pour parler de Jésus aux gens qu’elle rencontre. Si nous nous en tenons au récit tel que nous le trouvons dans l’Évangile, elle ne puisa pas d’eau pour Jésus avant de courir à la ville.

9 March 2026 - Monday of the 3rd week of Lent

2 Kings 5:1-15a; Luke 4:24-30

Homily

After his baptism by John, Jesus spent 40 days in the desert, after which He decided not to begin His ministry in Jerusalem, the center of Judaism, but in the distant province of Galilee, from which He came.

7 mars 2026 – samedi de la 2e sem. de Carême

Mi 7, 14-15.18-20; Lc 15,1-3. 11-32

H O M É L I E

     Jésus se trouve pris, une fois de plus, entre deux groupes de personnes. D'une part il y a les publicains et les pécheurs qui viennent l'écouter et dont le cœur est souvent touché par son attitude tout autant que par ses paroles; et d'autre part, il y a les pharisiens et les scribes, qui n'approuvent pas du tout son attitude. Ils l'accusent non seulement de faire bon accueil aux mécréants mais même de manger avec eux.


     La parabole que Jésus leur propose alors comporte trois personnages principaux: "Un homme avait deux fils". Le personnage central n'est pas le fils mineur, celui qu'on appelle souvent l'enfant prodigue, bien qu'il ne s'agisse aucunement d'un "enfant". C'est plutôt le père. Le fils mineur, qui demande sa part d'héritage et qui va la gaspiller, représente les publicains et les pécheurs qui viennent écouter Jésus, avec qui il mange, et qui souvent se convertissent à son contact. Le fils aîné, qui refuse de participer à la joie du père et de se mettre à table avec son frère pécheur, représente les Pharisiens et les scribes.

     La première chose à faire en écoutant cette parabole est de comparer l'image que nous avons de Dieu avec celle que Jésus nous donne de son Père. Le premier but de la Parabole est en effet de nous apprendre qui est Dieu. Et puis ne nous attardons pas à nous demander si nous sommes le fils prodigue ou bien l'aîné resté sagement à la maison. En réalité nous sommes l'un et l'autre, selon les circonstances.

     Plus d'une fois nous avons fait l'expérience de la miséricorde de Dieu lorsque nous sommes revenus à Lui après chacune de nos escapades. Mais ne nous est-il pas souvent arrivé de nous scandaliser de la façon dont Dieu accueille ceux que nous considérons les "pécheurs"?

     Considérons d'un peu plus près ce que cette parabole nous dit de chacun des deux fils. Le fils prodigue est un fils adulte, qui pour autant ne cesse jamais de considérer son père comme tel. Lorsqu'il veut partir il lui dit : "Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient". Après être allé gaspiller son héritage dans un pays loin du Père, où il n'y avait ni justice ni bonté et après être devenu esclave dans un pays étranger, il décide de revenir chez son père. Même s'il ne se sent plus digne d'être appelé fils, il continue de dire "père" : " Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi."

     Quant au fils aîné, il n'utilise à aucun moment le mot "père", il ne se considère même pas comme fils, mais comme un serviteur: "Il y a tant d'années que je suis à ton service sans jamais avoir désobéi à tes ordres". N'étant pas vraiment fils, il ne peut comprendre l'attitude d'un père. Pour lui, la seule réponse au péché est la punition, la seule réponse à la fuite est la négation d'une possibilité de retour.

     Même si l'humanité a toujours connu la violence, il semble que, de nos jours, elle soit entrée dans une course plus folle que jamais de réponse à la violence par une violence plus grande, sur la base de toutes sortes d'idéologies souvent religieuses. Seule la révélation du père de Jésus-Christ, prodigue en miséricorde, peut aider notre pauvre humanité à rompre ce cycle diabolique de la violence. Faisons-nous les messagers de cette révélation en l'incarnant dans nos vies de tous les jours.