Homélies de Dom Armand Veilleux

Le 5 octobre 2025 – lundi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire, année paire

Gal 1, 6-12; Luc 10,25-37

H O M É L I E

          Ce récit très vivant, tiré de l'Évangile de Luc, que nous venons de lire commençait par une importante question posée à Jésus par un docteur de la Loi. C'était une très bonne question, personnelle et pratique. En effet, il n'a pas dit de façon abstraite : "Quel est le plus grand commandement?" mais bien : "Que dois-je faire?" Jésus lui dit: "Tu es un docteur de la Loi; tu dois savoir cela. Que lis-tu dans ta Loi?" Et l'homme donne alors la bonne réponse: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." Très bien! dit Jésus! Fais cela et tu auras la vie éternelle. Le docteur trouve que le dialogue s'est terminé un peu trop brusquement et il pose une autre question: "Mais alors... qui est mon prochain?"

Le 5 octobre 2026 – lundi de la 27ème semaine du Temps Ordinaire, année paire

Ga 1,6-12; Lc 10, 25-37 

H O M É L I E

Ce récit très vivant, tiré de l'Évangile de Luc, que nous venons de lire commençait par une importante question posée à Jésus par un docteur de la Loi.  C'était une très bonne question, personnelle et pratique.  En effet, il n'a pas dit de façon abstraite : "Quel est le plus grand commandement?" mais bien : "Que dois-je faire?"  Jésus lui dit:  "Tu es un docteur de la Loi; tu dois savoir cela.  Que lis-tu dans ta Loi?"  Et l'homme donne alors la bonne réponse:  "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même."  Très bien! dit Jésus!  Fais cela et tu auras la vie éternelle.  Le docteur trouve que le dialogue s'est terminé un peu trop brusquement et il pose une autre question: "Mais alors... qui est mon prochain?"   

4 octobre 2026 -- 27ème dimanche ordinaire « A »

Is 5,1-7 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21,33-43

H O M É L I E

          Parmi les Livres de l’Ancien Testament il y en a un, le Cantique des Cantiques, qui est tout entier un chant d’amour ou une série de chants d’amour.  Même si les esprits cartésiens ont souvent exprimé de la surprise à voir ce genre de poésie dans la Bible, les grands mystiques juifs et chrétiens de tous les temps y ont vu une image de la relation d’amour entre Dieu et son peuple.  Et plus d’un de ces mystiques – saint Bernard par exemple – l’ont largement commenté.  Or, l’on trouve d’autres exemples semblables un peu partout dans la Bible ; et le chant du bien-aimé à sa vigne, que nous avons entendu dans la première lecture, tirée du prophète Isaïe en est un bel exemple.

October 5, 2026 – Monday of the 27th Week in Ordinary Time, even-numbered year

Gal 1:6–12; Lk 10:25–37

H O M I L Y

This very vivid account from the Gospel of Luke, which we have just read, began with an important question posed to Jesus by a teacher of the Law.  It was a very good question—personal and practical.  In fact, he did not ask in an abstract way, “Which is the greatest commandment?” but rather: “What must I do?”  Jesus said to him,  “You are a teacher of the Law; you should know this.  What do you read in your Law?”  And the man then gave the correct answer:  “You shall love the Lord your God with all your heart, with all your soul, with all your strength, with all your mind, and your neighbor as yourself.”  “Very good!” said Jesus. “Do that, and you will have eternal life.” The teacher felt that the conversation had ended a little too abruptly, so he asked another question: “But then… who is my neighbor?”

3 October 2026 Saturday, 26th even-numbered week

Job 42,1-3,5-6,12-17; Luke 10,17-24

Dear Brothers,

For several days now, the first Eucharistic reading of the week has been taken from the Book of Job, and today we are finishing precisely this book, which is very important from the point of view of monastic tradition - for several reasons. It is important, of course, because of its central theme of suffering, which prepares us for the New Testament teaching on the mystery of the Cross. The author of the book is reacting against the traditional teaching that God is just and therefore rewards the good and punishes the wicked. To this theory, the book of Job contrasts a concrete man, who is as good as they come, and yet is terribly afflicted. He wants to understand the mystery of suffering, and in the end he has no explanation. It is an unfathomable mystery. Suffering has no meaning. There's no point in trying to make sense of it. And in the New Testament, the Son of God will give an answer, not by explaining the mystery of suffering, but by taking it on, by dying on the Cross and thus finally giving it meaning. If God suffered, suffering certainly has a meaning, and it is a meaning of redemption. All our sufferings, great and small, take on their meaning -- the only meaning they can have -- by being a participation in the Cross of Christ, in that suffering freely assumed out of love - not out of love for suffering, but out of love for man.

3 octobre 2026                                                       Samedi, 26ème sem. « paire »

Job 42,1-3,5-6,12-17 ; Luc 10,17-24

Chers Frères,

Depuis plusieurs jours la première lecture de l’Eucharistie, sur semaine, est tirée du Livre de Job, et nous terminons précisément aujourd’hui ce livre, qui est très important du point de vue de la tradition monastique – et cela pour diverses raisons.  Il est important, bien sûr, à cause de son thème central, celui de la souffrance, qui prépare à l’enseignement du Nouveau Testament sur le mystère de la Croix.  L’auteur du livre est en réaction contre l’enseignement traditionnel, selon lequel Dieu est juste et donc récompense le bon et punit le méchant.  À cette théorie, le livre de Job oppose un homme concret, qui est aussi bon qu’on puisse l’être, et qui pourtant est terriblement affligé.  Il veut comprendre le mystère de la souffrance, et, en fin de compte il n’a pas d’explication.  C’est un mystère insondable.  La souffrance n’a pas de sens.  Inutile d’essayer d’en chercher le sens.  Et, dans le Nouveau Testament, le Fils de Dieu donnera une réponse non pas en expliquant le mystère de la souffrance, mais en l’assumant, en mourant sur la Croix et, ainsi, en lui donnant finalement un sens.  Si Dieu a souffert, la souffrance a certainement un sens et c’est un sens de rédemption. Toutes nos souffrances, petites et grandes, prennent leur sens -- l’unique sens qu’elles peuvent avoir -- en étant une participation à la Croix du Christ, à cette souffrance librement assumée par amour – non pas par amour de la souffrance, mais par amour de l’homme.

4 octobre 2026 -- 27ème dimanche ordinaire « A »

Is 5,1-7 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21,33-43

H O M É L I E

          Parmi les Livres de l’Ancien Testament il y en a un, le Cantique des Cantiques, qui est tout entier un chant d’amour ou une série de chants d’amour.  Même si les esprits cartésiens ont souvent exprimé de la surprise à voir ce genre de poésie dans la Bible, les grands mystiques juifs et chrétiens de tous les temps y ont vu une image de la relation d’amour entre Dieu et son peuple.  Et plus d’un de ces mystiques – saint Bernard par exemple – l’ont largement commenté.  Or, l’on trouve d’autres exemples semblables un peu partout dans la Bible ; et le chant du bien-aimé à sa vigne, que nous avons entendu dans la première lecture, tirée du prophète Isaïe en est un bel exemple.

          Isaïe écrivait sans doute quelques siècles avant l’auteur du Cantique des Cantiques, et Jésus lui-même reprendra l’image de la vigne, plusieurs siècles plus tard. Il le fait dans l’Évangile d’aujourd’hui comme il l’avait fait dans celui de dimanche dernier.  Le texte d’Isaïe reprend sans doute un chant populaire, où le bien-aimé se plaint de sa vigne, de qui il attendait de bons raisins et qui ne lui en a donné que de mauvais.  Il appelle les habitants de Jérusalem à être les juges entre lui et sa vigne, envers qui il est d’une sévérité extrême.  C’est évidemment qu’Isaïe – ou l’auteur de ce chant populaire -- ne connaissait pas encore assez bien le Maître de la vigne.  Il ne connaissait pas le Père de Jésus.

          Avec Jésus, l’utilisation de l’image est tout autre.  Le propriétaire de la vigne n’a pas de problème avec celle-ci mais avec les vignerons à qui il l’a confiée et qui, au lieu de consacrer toute leur énergie à lui faire donner de bons fruits, veulent en profiter égoïstement et vont jusqu’à tuer le fils même du maître de la vigne.  Évidemment cette parabole adressée aux chefs des prêtres et aux Pharisiens décrit leur propre attitude tant à l’égard du peuple qu’à l’égard de Jésus lui-même, qu’ils mettront bientôt à mort.

          Et cependant, même à leur égard l’attitude de Jésus est tout autre que celle du bien-aimé dans le chant d’Isaïe.  Jésus n’est pas intéressé à punir.  Il est seulement intéressé à ce que sa vigne, son peuple, son Église porte des fruits.  Lorsqu’il pose la question : « quand le maître viendra, que pensez-vous qu’il fera à ces vignerons ? »  ses interlocuteurs répondent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement.  Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront le produit en temps voulu. »  Dans sa réaction à cette réponse, Jésus ne reprend que la seconde partie : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. » Il n’est pas intéressé à la punition et encore moins à la vengeance.   De plus, il ne s’agit pas ici d’enlever le royaume aux Juifs pour le donner aux païens, comme pourrait nous le faire penser une lecture rapide et superficielle.  En réalité la maison de Dieu est et demeure le peuple choisi auquel viennent s’ajouter les nations.  Ceux qui sont en cause, ce sont les pasteurs.  Il y a là une leçon sévère pour quiconque exerce un ministère de quelque nature que ce soit dans le Peuple de Dieu.  Ce ministère est pour le bien du Peuple et non pour sa propre satisfaction.

          Mais ce qui revient le plus fortement tout au long de cette parabole, c’est la nécessité de porter des fruits.  Et cela nous concerne tous.  Nous n’avons pas reçu le message évangélique simplement pour notre satisfaction personnelle ou simplement pour faire notre salut.  Nous l’avons reçu pour que nous portions des fruits – des fruits de justice et de droiture, selon le texte d’Isaïe. Tous ensemble nous sommes l’Église, et l’Église existe pour le monde.  Demandons-nous, au fond de nos cœurs, si, par notre façon de vivre, nous concourons à créer en notre monde ce règne du droit et de la justice.

Armand Veilleux