Homélies de Dom Armand Veilleux

13 août 2026 – jeudi de la 19ème semaine

Ézéchiel 12, 1-2;; Matt 18, 21-19, 1

 

                                       Homélie

Les écoles rabbiniques demandaient à leurs disciples de pardonner à leur femme, à leurs enfants, à leurs frères, un certain nombre de fois, ce nombre variant d’une école à l’autre.  Pierre veut savoir quel est le « tarif » appliqué par Jésus.  Est-il plus sévère que celui de l’école qui demandait de pardonner jusqu’à sept fois à un frère qui nous avait offensé ?

Jésus répond avec une parabole qui fait sortir la personne de ce système de tarifs et l’invite à imiter le pardon de Dieu.  Matthieu souligne d’ailleurs la différence incroyable entre les dix mille talents et les cent pièces (un peu comme la différence entre la poutre et la paille dans l’œil -- cf. Mt. 7,1-5), pour montrer la distance infinie qui sépare les idées humaines sur la dette et la justice de celles de Dieu.

Déjà l’AT nous montrait le Seigneur comme un « Dieu de tendresse et de compassion, lent à la colère et plein d’amour, qui reste fidèle pour des milliers de générations » (voir Ex 34 : 6-7).  Cet amour sans limite ne signifie pas cependant indifférence envers le péché.  Lorsque son peuple pèche, le Seigneur est plein de colère ; mais même alors il montre sa miséricorde en appelant son peuple à la conversion

          Toute la vie de Jésus, surtout sa mort sur la croix, fut également un exercice de miséricorde sans limite.  Partout où il passait, Jésus attendait le fils prodigue.  Il n’était pas venu pour ceux qui se croient justes, mais pour les pécheurs repentants.  Ces derniers, il les a cherchés comme un pasteur cherche une brebis perdue, comme une femme cherche sa dernière pièce d’argent qu’elle a perdue.  Certains semblent avoir été l’objet privilégié de sa miséricorde, spécialement en saint Luc. Ce sont les pauvres, les femmes, les étrangers – tous ceux qui étaient exclus ou rejetés de la société par un interdit ou l’autre. 

          La parabole racontée par Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui comporte une théologie du temps présent, qui est le temps de l’Église -- un temps qui nous est donné pour la conversion.  Matthieu place ainsi le devoir du pardon dans un contexte eschatologique.  Les derniers temps vont venir sous la forme d’une année sabbatique (Deut. 15,1-5), durant laquelle Dieu remettra la dette énorme de l’humanité et offrira la justification.  Certains cependant refuseront ce don, et se condamneront eux-mêmes au malheur sans fin.

Nous pourrions dire que nous sommes dans un temps de « probation » ou de « libération conditionnelle ». Dans notre droit actuel nous avons, dans la plupart des pays, la notion de « probation », c’est-à-dire une suspension provisoire et conditionnelle de la peine d’un condamné, assortie d’une mise à l’épreuve et de mesures d’assistance et de contrôle.

          Or, dans le récit de cette parabole, l’homme se trouve situé entre deux jugements (versets 25-26 et 31-35).  Le premier jugement s’est terminé par un acquittement de la dette.  Le second jugement dépendra de la façon dont sera utilisé le temps entre les deux.  L’homme sera définitivement pardonné et justifié s’il utilise le temps de probation qui lui est donné pour pardonner lui aussi et faire justice.  La vie chrétienne est en quelque sorte un temps de probation ou de libération conditionnelle.  Nous avons été acquittés de nos fautes.  Cet acquittement doit cependant être ratifié à la fin de notre vie ici-bas, et le sera seulement dans la mesure où nous aurons nous-même exercé le pardon à l’égard des autres. 

Les derniers mots de la parabole :  « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur » nous rappellent d’ailleurs la demande que nous faisons tous les jours dans le Pater :  « Pardonne-nous nos péchés, comme nous pardonnons, nous aussi... »

          Parmi les divers chemins qui mènent à la découverte de Dieu l’un des plus importants est  l’expérience que l’homme pécheur fait de la miséricorde de Dieu. Le pardon que nous avons reçu ne demeurera cependant en vigueur que dans la mesure où nous aurons nous aussi pardonné aux autres.

Armand Veilleux

August 13, 2026 – Thursday of the 19th Week

Ezekiel 12:1–2; Matthew 18:21–19:1

                                                                                Homily

The rabbinic schools required their disciples to forgive their wives, their children, and their brothers a certain number of times, with that number varying from one school to another.  Peter wants to know what the “quota” is according to Jesus. Is it stricter than that of the school that required forgiving a brother who had offended us up to seven times?

11 août 2026 -- Mardi de la 19ème semaine

Ézéchiel 2, 8 -- 3,4; Matt 18, 1-5. 10. 12-14 

                                                                          H O M É L I E

          Les disciples de Jésus de Jésus étaient toujours préoccupés de savoir lequel d’entre eux serait le plus grand dans le Royaume des cieux ! L’Évangile d’aujourd’hui nous donne deux réponses de Jésus à cette préoccupation de ses disciples.  Dans la première, il les invite à redevenir comme de petits enfants.

12 août 2026 - Mercredi de la 19ème semaine

Ézéchiel 9, 1-7; 10, 18-22; Matt 18, 15-20

                                                                          H O M É L I E

Lorsque nous voyons quelqu'un agir d'une façon qui ne nous semble pas correcte, et surtout lorsque nous pensons que quelqu'un nous a personnellement offensés ou a été injuste à notre égard, nous sommes facilement portés à nous constituer les justiciers de Dieu -- un peu comme les anges exterminateurs de la vision d'Ézéchiel, que nous avons eue comme première lecture.  Nous vivons alors encore dans l'Ancien Testament, tout comme le prophète Élie qui égorgea les 450 prophètes de Baal, avant sa rencontre avec Dieu sur le Mont Horeb, ou Paul menant les Chrétiens à la mort, avant son chemin de Damas.  Le message de Jésus est tout différent.

10 août 2026

Fête de saint Laurent, diacre

2 Co 9, 6-10; Jean 12, 24-26

                                                                              Homélie

          Saint Benoît, dans sa Règle, dit qu'il veut établir une "École où l'on apprenne à servir le Seigneur " (Schola dominici servitii).  Quiconque vient au monastère vient pour y servir le Seigneur -- un service qui s'incarnera jour après jour dans le service des frères ou des sœurs.  Or Jésus, dans le bref Évangile que nous venons de lire dit : "Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive".  C'est pourquoi la vie monastique est aussi appelée une sequela Christi, une vie à la suite du Christ.  Or, Jésus prononce ces paroles (Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive) dans un contexte où il annonce sa propre passion.  On comprend donc qu'il décrive en quoi consiste cette marche à sa suite en utilisant l'image du grain de blé tombé en terre.  Un grain de blé sec peut certes être croqué et mangé.  Mais ce n'est qu'un petit grain, tout seul.  Par ailleurs le grain mis en terre, s'il est sain, commence à germer dès qu'il est en contact avec l'humidité du sol.  Il meurt en tant que grain de blé, mais il naît à une vie nouvelle en tant que tige, puis épi, et il produit de nombreux autres grains.  Et Jésus de conclure cette comparaison par cette phrase mystérieuse : "Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle."

12 August 2026 - Wednesday of the 19th week “B”

Ezekiel 9:1-7; 10:18-22; Matt 18:15-20

                                                                           Homily

When we see someone acting in a way that doesn't seem right to us, and especially when we think that someone has personally offended us or been unfair to us, we are easily led to set ourselves up as God's vigilantes -- rather like the exterminating angels in the vision of Ezekiel, which we had as our first reading. We are still living in the Old Testament, just like the prophet Elijah who slaughtered the 450 prophets of Baal before his encounter with God on Mount Horeb, or Paul leading the Christians to their death before his journey to Damascus. The message of Jesus is quite different.

9 August 2026 — 19th Sunday in Ordinary Time ‘A’

1 Kings 19:9a, 11–13a; Rom. 9:1–5; Matt. 14:22–33

                                                                    HOMILY 

          All the readings at today’s Mass speak to us of encounters with God. Yet these are truly disconcerting and unexpected encounters. Elijah was a fiery prophet, denouncing God’s enemies and ready to move heaven and earth to do so.  And yet, when he found himself on God’s mountain, Horeb, the Lord did not reveal his presence to him in the violent storm that split the mountains and shattered the rocks, nor in the earthquake and the fire, but rather in a gentle breeze.

         When Paul, in the second reading, expresses how torn he is between his love for his people, the Jewish people, and his mission as an apostle of Christ, he is no doubt thinking of that unexpected and dramatic encounter on the road to Damascus, which transformed his life.

         And finally, it is by walking miraculously on the water that Jesus reveals himself as God to his frightened disciples.

          Let us pause for a moment to consider this final encounter and try to see what message the Evangelist Matthew wishes to convey to us.  Let us first note that Matthew, throughout his Gospel, mentions Jesus’ solitary prayer only twice: on this occasion and in the Garden of Gethsemane – that is, at particularly tragic moments.  After learning of John the Baptist’s death, Jesus sets off by boat with his disciples to a quiet and secluded spot.  The crowds notice this and go ahead of him.  He takes pity on these poor people and feeds them after healing their sick.  He then compels (a strong word) his disciples to go to the other side.  The other shore is no longer in Israel; it is the world of the Gentiles, to whom they must also go. He undoubtedly also wishes to protect them from the danger of being swept along by the crowd in a movement that would seek to transform Jesus into a political Messiah.  He dismisses the crowd on his own and goes alone up into the mountains to pray to his Father.  As a result of this encounter with God, his humanity acquires one of the characteristics that the Old Testament recognized as the prerogative of God: that of walking on water (cf. Job 9:8; 38:16).

          The world we live in often seems like a boat buffeted by the wind on a stormy sea. Take, for example, the Covid-19 pandemic, which affected virtually every country on the planet a few years ago.  If Jesus were to appear, walking calmly across that stormy sea, we would no doubt think, like the Apostles, that he was a ghost.  And yet he comes to us constantly, not in grand, noisy displays, but in the gentle breeze.  If we have the courage – or the audacity – to issue him the same challenge that Peter did: ‘If it is really you, command me to come to you’, he will surely say to us: ‘Come!’ ’   Peter’s ‘if’ – that ability to acknowledge and own up to his doubt – is just as courageous as his ‘command’ – his willingness to obey at any cost. May we, then, likewise have the courage to walk across that stormy sea without fear and to go out to meet Jesus even before He reappears in the boat.  All those in the boat recognised Jesus when the wind had died down.  Just as Elijah had recognised God in the gentle breeze.  The challenge that God may be setting for men and women today, just as He did for Peter, is to meet Him at the very heart of the storm.         

          Let us not wait until all conflicts have subsided on the international stage or even within the Church before hoping for the grace of an intimate encounter with Jesus.  These times are made for those with a character that is both strong and bold, like that of Peter.  In a world where God reveals Himself in such disconcerting ways, let us have the audacity to say to Him: ‘If it is really you, command me to come to you by walking across this chaos that is ours.’  He will no doubt say to us: ‘Come.’  Let us pray that we may then have the courage to press on, our eyes fixed on Jesus and not on the storm that surrounds us.  But even if the storm brings our fears back, it does not matter.  Jesus will take us by the hand and lead us into the boat… without forgetting that this boat is heading for the other shore, towards the world of the ‘nations’, towards the universal mission.

Armand Veilleux