Homélies de Dom Armand Veilleux

25 mars 2026 -- Lundi de la 5ème semaine de Carême

Dan 13:1-9:15-17:19-30:33-62 ; Jean 8:1-11

Homélie de la femme adultère

          "Si ton cœur t'accuse, Dieu est plus grand que ton cœur, et il sait tout" - Lorsque Jean a écrit cela dans une de ses Lettres, il pensait probablement à la scène qu'il raconte dans l'Evangile d'aujourd'hui.       

          Le point culminant de l'histoire est lorsque Jésus et la femme se retrouvent seuls, tous deux debout, se regardant en face, après que tout le monde soit parti. Personne ne peut être en présence du péché sans être dérangé, probablement parce que le péché de l'autre lui rappelle le sien. Seul Dieu peut regarder le pécheur en toute sérénité ; et c’est seulement devant Dieu que le pécheur peut se tenir debout et garder toute sa dignité, malgré son péché.

          Jésus n’était pas intéressé par le péché, mais par le pécheur. Sa miséricorde envers les pécheurs, sa compassion et la sérénité dont il faisait preuve lorsqu'ils étaient en sa présence surprenaient et scandalisaient les Pharisiens. C'était quelque chose qu'ils ne pouvaient pas comprendre. Et pour quelle raison ? -- C'était qu'ils se préoccupaient du péché et non du pécheur. Ils avaient enfermé les gens dans des catégories et les traitaient en conséquence. La loi de Moïse leur avait ordonné de lapider "ces femmes", ont-ils dit à Jésus. La femme qu'ils ont amenée à Jésus n'est pas, pour eux, une personne qui a un nom et une histoire. Elle est tout simplement "une de ces femmes". Ne faisons-nous pas souvent la même chose, tant dans la vie personnelle que collective ? -- Tel frère est "ce genre de personne avec laquelle il n'est pas possible de dialoguer" ; tel pays appartient à un genre de pays qui doit être envahi et puni ; tel chef d'État appartient à ce genre de criminels qui doit être renversé. Pour Jésus, personne n'appartient à une catégorie. Chacun est unique et doit être accueilli, accepté et aimé comme une personne unique.

          Les Pharisiens invitent Jésus à agir en tant que juge, dans le cas qu'ils lui présentent. Jésus se penche alors et commence à dessiner des signes sur le sol, probablement juste pour leur montrer qu'il ne s'intéresse pas à leur procès. Lorsqu'ils insistent, il se contente de mentionner un passage de la Loi, mais le modifie - un changement apparemment mineur, mais significatif et de grande portée. Selon la loi, le témoin d'un crime doit jeter la première pierre lorsqu'un criminel est lapidé à mort. Jésus dit : "Celui qui est sans péché parmi vous, qu’il jette la première pierre. Avec ce changement, Jésus soulève la question à un tout autre niveau. Il ramène les accusateurs à leur conscience. Ils partent tous, l'un après l'autre, en reconnaissant qu'ils sont eux aussi des pécheurs. Jésus est également plein de bonté envers eux. Il ne jouit pas de sa victoire sur eux. Au contraire, il se penche vers le sol, pour leur donner la possibilité de partir sans perdre la face, sans être humiliés.

          Et quand tout le monde est parti, c'est alors qu'il se lève, regarde la femme en face de lui et lui parle. Ses mots sont simples : "Personne ne t’a condamnée ? -- Je ne te condamne pas non plus. Va, et maintenant ne pèche plus."

          Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette histoire. La première est de ne pas juger et surtout de ne condamner personne. Et puis il y a une leçon de lucidité. Tout le monde dans cette histoire est lucide : même les Pharisiens sont conscients de leurs péchés et s'en vont. La femme ne tente pas de nier ou de justifier son péché. Jésus connaît tous les cœurs. Et la troisième et peut-être la plus importante leçon est un enseignement sur l'attitude de Dieu envers nous, les pécheurs.

          - Ce n'est pas une attitude humiliante et méprisante.

          - Ce n'est pas l'attitude d'un juge (Jésus ni ne juge ni ne condamne).

          - Il ne s'intéresse pas au péché. Jésus ne pardonne pas explicitement le péché de la femme. Il n'en parle même pas. Il ne s'intéresse qu'à son avenir. "Va et ne pèche plus." Il ne lui donne pas une longue liste de recommandations et d'avertissements. Il lui laisse toute la responsabilité d'organiser sa propre vie. Il ne l'avertit pas d'un péché particulier ; il est plus exigeant : il lui rappelle l'importance de ne pas pécher du tout.

                    Une telle attitude de la part de Jésus était non seulement scandaleuse aux yeux des Pharisiens ; elle dérangeait aussi l'Église primitive. Aussi, bien que ce récit présente tous les signes d'authenticité, il a été exclu des évangiles canoniques. Il n'apparaît pas dans les trois synoptiques, et ne se trouve que dans certains manuscrits de l'Évangile de Jean. Il est facile de comprendre que cette scène était troublante, car la miséricorde et la compassion ne sont ni naturelles ni faciles pour les hommes. Heureusement, le Saint-Esprit a fait en sorte que cette histoire soit préservée pour nous.

          Cette histoire nous rappelle également qu'en ce temps de Carême, Dieu veut que nous nous tournions vers la joie de la résurrection, et qu'au lieu de ruminer nos péchés passés, nous faisions un pas décisif vers une nouvelle vie sans péché.

Armand Veilleux

23 mars 2026 -- Monday of the 5th week of Lent

Dan 13:1-9:15-17:19-30:33-62; John 8:1-1

Homily of the adulteress

If your heart condemns you, God is greater than your heart, and He knows everything’ - when John wrote this in one of his Letters, he was probably thinking of the scene he recounts in today's Gospel.

22 March 2026 -- Fifth Sunday of Lent ‘A’

Ezekiel 37:12-14; Romans 8:8-11; John 11:1-45

The Raising of Lazarus (John 11:1-45)

          Two editorial levels can easily be distinguished in this passage from John’s Gospel. The original narrative was an account of the raising of Lazarus, the greatest of the miracles performed by Jesus. When John decided to insert this account at a crucial moment in Jesus’ life—that is, at the end of his ministry and the beginning of his passion—he transformed it. What now lies at the heart of the narrative is no longer the miracle itself, but rather Jesus’ dialogue with Martha.

22 mars 2026 -- 5ème dimanche de Carême "A"

Ezéchiel, 37, 12-14 ; Rom 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45

Résurrection de Lazare (Jean 11,1-45)

          On peut facilement distinguer deux niveaux rédactionnels dans ce passage de l'Évangile de Jean. La narration primitive était un récit de la résurrection de Lazare, le plus grand des miracles accomplis par Jésus. Quand Jean décida d'insérer ce récit au moment crucial de la vie de Jésus, c'est-à-dire à la fin de son ministère et au début de sa passion, il le transforma. Ce qui est maintenant au centre du récit, ce n'est plus le miracle lui-même, mais plutôt le dialogue de Jésus avec Marthe.

21 mars 2026 : Samedi de la 4ème semaine de Carême

Jer 11, 18-20 ; Jean. 7, 40-53

Homélie

Saint-Jean a le don de terminer un récit par une très courte phrase qui semble sans importance mais qui est chargée d'une profonde signification symbolique. Voici quelques exemples. Au début de l'Évangile, lorsqu'il raconte la première rencontre des disciples avec Jésus, il conclut en disant : "Il était quatre heures de l'après-midi". De la même manière, dans le récit de la Cène, après le départ de Juda, Jean conclut par : "Il faisait nuit". De même, dans le texte que nous venons de lire, après la description de la discussion de la foule et des Pharisiens sur Jésus, il dit : "Chacun alla chez lui".

March 21, 2026 – Saturday of the 4th Week of Lent

Jr 11, 18-20; Jn 7,40-53

 

H O M I L Y

Saint John has the gift to end a narrative with a very short phrase that seems unimportant but that is pregnant with a deep symbolic meaning. Here are a few examples. At the beginning of the Gospel, when he tells of the first encounter of the disciples with Jesus, he concludes saying "It was four o'clock in the afternoon". Likewise in the narrative of the Last Supper, after Judas' departure, John concludes with : "It was night". Likewise, in the text that we just read, after the description of the discussion of the crowd and of the Pharisees about Jesus, he says : "Each one went off to his own house".

20 mars 2026 - vendredi de la 4e semaine de carême

Sag 2, 1a.12-22 ; Jean 7, 1-2.10.14.25-30

Homélie

Jésus ne refuse pas la mort, ni ne la désire. Il sait que, selon la volonté du Père, il y a un temps pour tout. Il y aura un temps pour être arrêté, jugé, maltraité et finalement mis à mort. Ce temps n'est pas encore venu, et personne ne peut donc poser la main sur lui, même s'il ose aller au Temple le jour de la Fête des Tentes et prêcher.