Homélies de Dom Dominique-Marie

Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie 

15 août 2026

 

Chers sœurs et frères, 

La solennité de ce jour où nous fêtons la Vierge Marie élevée dans la gloire, est un phare de notre été spirituel. Marie est la mère prenant soin de tous, l’amie digne de confidences, la femme la plus pure, la première créature entrant au ciel. Il est vrai que l’Ecriture ne nous donne aucun récit de l’évènement que nous célébrons aujourd’hui, si ce n’est la vision apocalyptique de saint Jean, et le chant du psalmiste. 

C’est pourquoi, il est bon de repérer le chemin qui a conduit Marie au bonheur parfait, chemin d’une parfaite communion avec Jésus. 

Concevoir Jésus, le mettre au monde, le nourrir…, cela situe déjà Marie dans une relation unique avec lui. L’amour d’une maman pour son enfant est le modèle même d’un lien indestructible. Aussi, Dieu a voulu que l’amour de Marie pour Jésus, dépasse le plan humain, et que Marie aime Jésus, pas seulement comme le fruit de ses entrailles, mais comme le Fils de Dieu. 

Ce fut tout un chemin pour Marie, inclinée à penser que ce fils était sien, seulement sien, et elle dut arriver à accepter que ce fils appartient à tous, oui, à tous, et à Dieu en premier : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » A cette parole de Jésus au temple de Jérusalem, il se pourrait bien que Marie, sur le chemin du retour à Nazareth, ait pu penser à Abraham quand Dieu lui demandait de sacrifier son fils Isaac ? 

La vie passée à Nazareth apprit à Marie le caractère sacré des actions ordinaires. Comme Dieu était avec elle et avec Joseph, en la présence même de Jésus,, tout se revêtait de divin dans leur quotidien, et cela dans les moindres détails. En quelque sorte, le Royaume était dans cette petite demeure. Sans doute que Jésus eut souvent l’occasion de dire et de redire, que « le Royaume de Dieu est en nous. » .Et justement, fête du Royaume qui vient, l’Assomption nous présente la Vierge Marie comme la première en chemin : « Elle brille déjà devant le Peuple de Dieu en pèlerinage, comme un signe d’espérance assurée, et de consolation », nous dit un article du Concile VaticanII. Dieu a fait le choix de l’assumer, car Marie s’est tournée vers lui, par toute sa vie. 

Pas à pas, Nazareth devint pour Marie l’ambiance de Dieu car c’était là sa vie, sa réalité. Elle avait bien auprès d’elle son Fils Jésus, mais celui-ci était parfaitement libre, et leur amour devait mûrir dans une liberté réciproque. Nazareth devait être en effet, pour Marie et Joseph, une école de liberté, et  Jésus était la liberté. C’était ce qu’il enseignait à ses parents : libération de l’argent, des idoles, libération de l’opinion publique, de la peur, libération de tout ! Entre ces murs, Marie et Joseph percevaient que tout était à eux, mais qu’ils étaient à Jésus, et que Jésus était à Dieu. Ce fut là, pour eux, tout un chemin. 

Marie devait aussi, sans doute, parfois se sentir dépassée dans ce qu’elle vivait et toujours plus petite face à Jésus qui grandissait. Mais la confiance était à la base de ses rencontres avec Jésus, au-delà des silences de ce fils tout pétri des passages de l’Ecriture, tout particulièrement de ceux d’Isaïe et des chants du Serviteur de Yahvé.

Elle se rendait compte que Jésus acquérait alors une douceur toute personnelle et formait lui-même des phrases qu’elle reconnut plus tard dans le discours de son fils sur les Béatitudes. 

Aucun doute que Nazareth fut réellement pour Marie la plus belle période de sa vie de maman et de son existence avec Jésus. Elle vit son fils grandir, émerveillée de voir l’union parfaite entre ce que Jésus pensait et ce qu’il faisait, restant toujours lui-même, obéissant en même temps à une réalité qui demeurait en lui, au plus profond de son être. Elle dut aussi l’entendre dire souvent,  avec grande délicatesse : «Toi en moi et moi en Toi », en sachant que Jésus parlait du Père. 

Le lien d’amour entre Marie et Jésus, le Fils de Dieu, ne s’est jamais relâché. Marie était aussi avec Jésus au calvaire. Elle partageait en son coeur, et jusqu’en ses entrailles, les souffrances de son fils. Elle est allée jusqu’au bout de l’amour, dans la communion la plus totale, de corps et d’esprit, avec son fils crucifié et ressuscité. Elle a connu et enduré le long martyre de l’amour. 

Après l’Ascension, Marie va vivre dans la communauté des disciples de Jésus, et la encore, elle est au service de Jésus. Mais dans son coeur, résonnait cette promesse : « Quand je serai allé vous préparer une place dans la maison de mon Père, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi... » Alors, quand arriva la fin de sa vie sur terre, Marie, sans bruit ni témoin, a été élevée par Dieu dans la joie du ciel. 

Cette joie retentit en ce jour dans le chant du Magnificat. Il jaillit des profondeurs de la foi de Marie, lors de sa Visitation à sa cousine Elisabeth. Ce chant nous rappelle avec force notre vocation missionnaire. Il nous invite à aller à la rencontre des pauvres et des petits, et à vivre en enfant de Dieu dès à présent. 

Que Notre Dame, « entrelacement de grâce et liberté » nous donne la simplicité et la foi d’un coeur d’enfant, afin que nous sachions nous approcher de Jésus avec joie et innocence.

 Amen.

 

14ème dimanche du Temps ordinaire  A  5 juillet 2026

 

Mt 11, 25 – 30

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange :

«  Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » 

Eh bien, oui, chers frères et sœurs, 

Dieu a comme nous des préférences, et elles sont surprenantes ! Ce qu’il a caché aux sages et aux savants, il l’a révélé aux tout-petits. Rien de malicieux dans cette affirmation de Jésus, aucun mépris pour la sagesse et la science, mais la constatation que pour connaître Dieu, il faut devenir tout petit, comme Lui, Jésus, s’est fait tout petit. 

De son vivant, dans son pays, on attendait un souverain puissant pour se libérer de l’occupant romain, et voilà qu’arrive, monté sur un petit âne, Jésus, avec son sourire, sa gentillesse, avec humilité et douceur ! Nous l’entendons aujourd’hui  nous livrer son coeur, dans le seul passage des quatre Evangiles où le fils de Dieu lève le voile pour nous laisser voir jusqu’au plus profond de son Être.

En parlant de lui-même, Jésus se déclare étonnamment « doux et humble de coeur. » La douceur, l’humilité : deux mots qui nous font du bien , rien qu’à les entendre, et encore plus de bien, quand on les pratique ! 

« Doux et humble de coeur ».

Lorsque la Bible parle du coeur, elle ne parle pas seulement de notre vie émotionnelle, mais aussi du centre d’où découlent toutes nos décisions. Le coeur ne  fait pas partie de notre identité : il en constitue le centre. Notre coeur est ce qui nous définit et nous dirige. C’est ce qui fait de chacun de nous , l’être humain qu’il est. 

Il est bon de remarquer dans ce passage d’évangile que Jésus commence par prier, avant même d’enseigner et de révéler son Coeur : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. »  Jésus goûte à l’intimité avec son Père. Il laisse le temps à Dieu de lui révéler ses intentions pour les faire ensuite connaître aux hommes. Et, parce qu’il a loué son Père, il peut s’adresser aux hommes avec une douceur toute divine, livrant là les bienfaits de la prière. 

Mais quels sont au juste les hommes auxquels Dieu s’adresse de préférence ?

Ce sont les petits, ceux qui n’ont aucun prix aux yeux du monde, ceux qui ne valent rien, qui ne sont rien, ou tout simplement ceux, qui aux yeux des autres, n’existent pas, comme le pauvre Lazare que le riche ne voit même plus en passant devant lui.

Et que dire des sages et des savants ?

Jésus ne les condamne pas. Il constate simplement que son père ne les a pas retenus pour leur révéler les secrets du Royaume. Dieu est libre, et Jésus l’affirme en disant : « Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. » Si Dieu cache aux uns, c’est pour avoir la joie de révéler aux autres. Dieu a des préférences et s’il aime tout homme, quel qu’il soit, il est tout particulièrement proche des plus petits, des plus fragiles, des plus vulnérables : la veuve, l’orphelin, l’étranger… Il vient rejoindre tous ceux qui peinent et il apporte le repos de l’âme aux disciples qui s’en saisissent. C’est pourquoi Jésus nous dit que son enseignement, son joug, est facile à porter et qu’il est un fardeau léger. 

Encore faut-il croire ! et, précisément, c’est là que nous voyons Jésus confronté souvent au manque de foi des personnes qu’il rencontre. La Bonne Nouvelle n’est pas toujours bien accueillie ; elle est même parfois rejetée. Ce sont les petits et les pauvres qui se convertissent et qui le suivent. Ils ont la simplicité de venir à lui et d’être à son écoute. 

Alors frères et sœurs, apprenons à devenir des petits, à venir sans cesse à Jésus doux et humble de coeur . Ayons le courage d’être dociles, de renoncer à la résistance. En suivant Jésus, nous découvrirons la vérité des Béatitudes et qu’il porte avec nous le fardeau de la vie, ne cessant de nous dire : « Je suis là. » Donnons-lui toute notre confiance ! 

J’ai observé depuis que je suis en Belgique qu’on disait volontiers : « ça va ? »

Eh bien, en Suisse, pour répondre à cette question , on répond volontiers : « ça va gentiment ».  Voilà une belle expression de la douceur qui nous conduit à l’humilité du coeur.

Mais ne serait-ce pas l’humilité qui engendre la douceur ? 

La réponse est sans doute à trouver en Celui qui chemine à nos côtés et nous rappelle aujourd’hui qu’il est « doux et humble de coeur ».

 

 

4ème dimanche du temps ordinaire   A   1 février 2026 

Mt 5, 1 – 12a

 

« Quand il vit la foule qui le suivait, Jésus gravit la montagne.

Il s’assit et ses disciples se rapprochèrent »

 

Frères et sœurs, amis en Christ, 

 

         C’est bien ce que nous vivons présentement, au sommet de la petite colline de Scourmont, en nous rapprochant les uns des autres pour entendre la Bonne Nouvelle, ces paroles du Sermon sur la montagne que Jésus adresse à ses disciples comme programme de leur ministère. Et si nous n’avons pas besoin de « gravir » la colline, nous avons à « élever notre coeur ». Nous venons d’entendre un message universel, oui, car il contient des mots qui font l’unanimité, et «  bonheur » est de ceux-là. 

Aujourd’hui, il est donc question d’être « Heureux . » Tous, nous aspirons à être heureux, pas seulement un jour, mais si possible toujours ! En effet, il y a en nous l’appétit du toujours, et le pressentiment de l’éternel.

Alors, à quoi, à qui pensons-nous lorsqu’on nous parle de bonheur et d’être heureux ?   Et, qu’est-ce-que le bonheur ? Quand pouvons-nous dire que nous sommes heureux ?   Vaste question qui nous interroge d’abord sur ce que signifie pour nous être heureux ! 

Une chose est sûre : dire ce mot suffit pour faire vibrer chacun de nous au plus profond, et c’est beau de voir que les disciples se sont approchés de Jésus pour l’écouter, intimité spontanée autour du Maître qu’est Jésus. 

Et moi, pourquoi suis-je venu à la messe ce matin ? Pour rencontrer les autres ? Pour apprendre des choses sur Jésus ? Suis-je vraiment venu pour rencontrer Jésus ? 

Le fait est que nous sommes là, et que Jésus peut nous instruire. C’est d’ailleurs ce que signifie le mot « disciple » : celui qui se laisse instruire par le Maître. Et que nous dit Jésus ? Que veut-il nous faire comprendre ? Précisément, que le christianisme n’est pas une morale, mais une rencontre. 

Les Béatitudes ne sont pas des exigences morales qu’il suffit de mettre en oeuvre pour goûter le bonheur d’une vie humaine vertueuse vécue sans Dieu. Non ! Notre appétit de bonheur nous appelle à nous convertir, et c’est pour cela, qu’à l’instar des disciples qui entourent Jésus, nous sommes en attente d’une parole, d’un geste qui puisse nous donner réconfort, espérance. Nous portons au plus profond de notre coeur cette parole de Jésus : « Venez à moi, vous qui ployez sous le fardeau. » Et Jésus répond à notre attente en venant nous dire que nous pouvons être heureux dès maintenant , mais que la joie véritable qu’il nous propose, est une conquête qui nécessite d’engager une lutte quotidienne. Le secret de la victoire, Jésus nous le donne. Ecoutons - le : 

- Être pauvre, c’est pratiquer l’humilité. Aux orgueilleux, les royaumes de la terre. C’est pas mal, mais c’est pour un temps limité ! Aux pauvres de coeur, aux humbles, le Royaume des cieux. Non seulement c’est plus que bien, mais c’est pour toujours ! 

- Être doux, non pas mou , pas non plus serrer les poings, mais chercher la main du frère pour lui apporter la douceur du coeur. 

- Ceux qui pleurent, les affligés : non pas faire partie des pleurnichards, mais savoir qu’il faut semer dans les larmes pour moissonner dans la joie.

Souvenons-nous que Jésus a pleuré dans sa vie. 

- Être de ceux qui ont faim et soif de justice. Ils sont comme des sentinelles de l’Evangile. De l’Église, ils font un lieu de justice et de liberté afin que l’humanité tout entière renaisse à l’espérance. 

- Les miséricordieux quant à eux, créent de l’amour pour réparer le péché, pour ouvrir l’avenir à leurs frères. 

- Avoir un coeur pur, c’est ne vivre que d’amour vrai, même s’il faut passer sa vie entière à le chercher pour le découvrir. 

- Être artisan de paix, c’est être une sentinelle vigilante qui se mobilise contre les malheurs que sont les guerres entre les nations, dans les familles… et contre soi-même. 

- Accepter d’être persécuté, non pas être mouton à tondre, mais femme et homme qui ne trahit pas dans l’adversité, qui reste fidèle aux valeurs de l’Evangile, quand bien-même il a la corde au cou, ou qu’un fusil est braqué sur lui. 

Mon Dieu, quel programme ! 

Frères et sœurs, ne nous décourageons pas. Avançons pas à pas. C’est dans notre faiblesse, et pas dans la mollesse, que se manifeste la puissance du Christ qui réalise en nous ce qu’il nous promet et qui nous comble de joie.

Rappelons-nous : « Quand il vit la foule qui le suivait, Jésus gravit la montagne . »

Je crois que suivre veut dire « imiter ». Alors, regardons Jésus. Ecoutons- Le. Imitons-Le. Nous avons là un bon guide de colline, des collines que nous appelons montagnes… Suivons-Le et remercions-Le de nous accueillir dans sa cordée.     Amen.

 

 

 

 

 

 

 

 

Solennité de Pâques   5 avril 2026   A 

Jn 20, 1 – 9 

 

Chers frères et sœurs, 

Au terme de la course dont nous venons d’être témoins, une petite phrase nous conduit au coeur de l’évangile de ce jour de Pâques : « Il vit et il crut. »

C’est l’évangéliste saint Jean qui témoigne ainsi. Il vit le tombeau vide et il crut.