Solennité de Pâques 5 avril 2026 A
Jn 20, 1 – 9
Chers frères et sœurs,
Au terme de la course dont nous venons d’être témoins, une petite phrase nous conduit au coeur de l’évangile de ce jour de Pâques : « Il vit et il crut. »
C’est l’évangéliste saint Jean qui témoigne ainsi. Il vit le tombeau vide et il crut.
A moins d’imaginer le plus macabre des larcins, voir le tombeau vide, c’est comprendre qu’avec la disparition du corps de Jésus, c’est la mort elle-même qui déserte le monde, qu’elle a cessé d’être pour jamais la froide et définitive immobilité des cavernes.
Devant ce tombeau ouvert et vide, alors qu’il avait été dûment scellé, Jean pressent une plénitude et en éprouve déjà des vibrations. Spontanément, l’apôtre qu’il est, se souvient des promesses et des signes donnés par Jésus, avant même que les apparitions du Ressuscité ne lui en confirment l’accomplissement.
« Il vit et il crut.» Il dit « Oui » en toute certitude, à cette vie nouvelle, impalpable et réelle, dont Celui qu’il cherchait était désormais porteur.
La résurrection c’est cela: l’irruption de la vie nouvelle, de la vie éternelle, au coeur de la mort. Il ne s’agit pas d’un simple retour à la vie, ni d’une réincarnation. C’est une avancée radicale, un passage de ce monde au Père, une entrée définitive dans le Royaume de Dieu, Royaume qui nous est promis. Il s’agit d’une nouvelle naissance.
Naître à nouveau ? C’est impossible pour les hommes, mais pour Dieu, tout est possible, et nous avons vocation, frères et sœurs, à nous trouver au coeur du Royaume, et nous y sommes déjà en quelque sorte.
Par le baptême, nous avons franchi de manière décisive le passage, mais, reconnaissons-le, pour vivre de cette vie nouvelle qui nous est promise et qui nous est déjà donnée, il nous faut refaire la Pâque avec Jésus, dans les sacrements, et dans l’eucharistie en particulier. Chaque dimanche est pour nous un jour nouveau, un premier jour, un aujourd’hui, afin qu’au coeur de ce monde marqué par le péché et par la mort, nous soyons des vivants, des enfants du Royaume.
Oui, il nous faut mourir pour vivre. Pour faire le passage de la mort à la vie, à la vraie vie, à la vie éternelle, nous avons le passeur par excellence : Jésus ! Il connaît le chemin. Jésus est là dans nos impasses, dans nos mauvais passages. Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il sait nos impuissances, nos peurs, nos doutes, nos refus. Il est l’Ami des hommes ; puisse-t-il être notre meilleur ami ! Il sait ce que veulent dire vivre, souffrir, et mourir. C’est pourquoi il est le premier à nous tendre la main. C’est ce qu’il fera à l’heure de notre mort : nous tendre la main pour vivre avec nous le passage de notre mort à la vraie vie. Il en est de même avec la Vierge Marie. Elle a entendu les « Je vous salue Marie » que nous avons égrenés durant les quelques années qui nous auront été données de vivre sur cette terre. Elle aussi sera présente « à l’heure de notre mort » pour nous conduire à « Notre Père » des cieux.
Combien il est important de nous recueillir, sœurs et frères, pour reconnaître Jésus présent à nos côtés, et vivant ! Ouvrons notre coeur, tendons les mains pour qu’il nous touche, nous saisisse et nous relève. On peut comprendre alors la course au tombeau de Marie-Madeleine et son impatience de retrouver Jésus. Elle ne se doutait pas qu’elle était alors la première à contempler l’aube pascale et que « ce premier jour de la semaine » qu’elle affrontait dans la tristesse et les larmes, deviendra bientôt, et pour jamais, le »Jour du Seigneur ».
Oh ! Surprise ! On l’avait précédée. Il s’était levé, Lui, nouveau, le premier jour des temps nouveaux, le premier-né d’entre les morts, le Soleil levant.
Alors, sœurs et frères, si comme Marie Madeleine nous sommes de ceux qui ont déjà fait l’expérience d’une pâque bienfaisante, si aujourd’hui nous pouvons louer le Seigneur en lui disant : « Je n’y voyais rien » et maintenant « j’y vois clair », « j’étais perdu et paralysé par la peur, je m’enfonçais » et maintenant « je commence à être sur le roc », - si nous sommes de ceux-là, malgré notre faiblesse - , nous sommes invités à notre tour, à devenir des passeurs, à être présents auprès de nos frères dans leurs impasses, à demeurer là où la vie et la paix, semblent impossibles, à bâtir des gués, à tenir des mains et soutenir ceux qui fléchissent.
Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! La mort n’a eu aucune emprise sur Lui ! La mort n’aura aucune emprise sur nous si nous Le suivons. Passons avec Lui de la mort à la vie.
Alléluia !
