A 12 MATTHIEU 10,26-33 (14)

                                                                                                                  Chimay : 21.06.2026

Frères et sœurs, porter la Parole du Seigneur a toujours été une grande et belle mission. Mais nous savons tous qu’elle comporte son lot de difficultés et de souffrances. La liturgie de ce jour nous a fait entendre les lamentations du prophète Jérémie : « J’entends les calomnies de la foule… Dénoncez-le ! » (Jr 20,10). Il lui en coûte de proclamer la parole que Dieu a mise dans sa bouche. Sa foi est mise à l’épreuve. Mais il se tourne vers le Seigneur pour qu’il prenne sa défense. Dieu lui a promis d’être avec lui pour le délivrer de ses persécuteurs. C’est lorsqu’il se voit seul contre tous, abandonné même par ses amis, que Jérémie sait qu’il n’est pas seul : le Seigneur est avec lui.

Jusque dans l’adversité Dieu reste proche de nous. En signe de reconnaissance, le prophète termine sa prière par une louange. « Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants » (Jr 20,13). C’est aussi cette reconnaissance que nous faisons monter vers le Seigneur. Comme le dit l’apôtre Paul, « rien ne peut nous séparer de son amour » (Rm 8,38-39). Cette affirmation puissante provient de l’épître aux Romains. Paul assure que ni la mort, ni la vie, ni aucune puissance, ni aucune créature ne pourra séparer les croyants de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. La grâce de Dieu s’est répandue en abondance sur la multitude.

Dans sa lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous parle de l’humanité plongée dans le péché : « …par un seul homme, le péché est entré dans le monde… » (Rm 5,12). Cette présence du mal, nous la constatons tous les jours. Mais ce régime du péché ne peut pas avoir le dernier mot. Par sa mort et sa résurrection, le Christ a inauguré le régime universel du salut. Un autre jour, l’apôtre Paul écrira : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). On a beaucoup parlé du “péché originel” mais peut-être pas assez de la “grâce originelle” obtenue en un seul homme. Jésus-Christ. Nous ne pouvons pas mesurer au même poids le péché des hommes et la grâce obtenue par Jésus Christ : celle-ci pèse plus lourd dans notre histoire.

Alors oui, nous ne devons pas craindre ; c’est ce que Jésus nous rappelle en ce dimanche. « Soyez donc sans crainte » (Mt 10,31). À la suite du prophète Jérémie, de l’apôtre Paul et de bien d’autres, nous sommes envoyés pour porter la Parole de Dieu. Notre mission est de révéler Celui qui a « les Paroles de la Vie éternelle » (Jn 6,68). Quand l’évangile demande de proclamer Jésus Christ « sur les toits », cela ne désigne pas des techniques de parachutisme mais la liberté de la foi qui autorise tout croyant à parler. Cette mission ne va pas sans de nombreuses difficultés. Les chrétiens sont chaque jour affrontés à l’incroyance, à l’indifférence, à la dérision… On les accuse de propager une “idéologie obscurantiste”. Mais le Seigneur nous rassure : « Ne craignez pas… Je suis avec vous » (Mt 10,26-33).

Quand saint Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens sont persécutés, pourchassés et mis à mort. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui. Mais il nous faut réentendre cette parole du Seigneur : « Ne craignez pas… N’ayez pas peur… Je suis avec vous » (Mt 10,26-33). Les hommes les plus mal intentionnés peuvent tuer le corps mais ils ne peuvent tuer l’âme. Ils ne peuvent rien contre notre dynamisme, notre confiance. Ils ne peuvent pas nous faire douter de l’amour de Dieu.

Nous, chrétiens, sommes donc tous appelés à accueillir le Christ et à le mettre au centre de notre vie. Cet amour qu’il met en nous, il nous faut l’annoncer, le rayonner autour de nous. De nombreux chrétiens s’organisent pour relayer son message à la télévision, à la radio, à la Presse, sur Internet et par tous les moyens qui sont à leur disposition. Le Christ compte sur l’engagement de tous ses disciples pour que son Évangile soit proclamé à toutes les nations. Personne ne peut le faire à notre place.

L’Évangile de ce jour se termine par un avertissement très ferme : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10,32-33). Nous ne devons pas craindre de nous compromettre sans réticence pour le Christ. Dans un milieu hostile ou indifférent, il n’est pas facile d’affirmer sa foi. Sans renoncer à la radicalité de la foi, soyons bienveillants dans nos paroles et témoins de la grâce de Dieu pour la multitude.

La Bonne Nouvelle de ce dimanche, c’est que Dieu ne nous abandonne pas ; bien au contraire, il prend soin de chacun de nous. Il est à nos côtés dans notre combat contre les forces du mal. Son amour nous est acquis une fois pour toutes et rien ne peut nous en séparer. Au-delà de la croix, se trouve la certitude de la résurrection, celle que nous célébrons chaque dimanche.

« Qui peut savoir ce que croire veut dire au moment des grands choix ? Par où la foi en Jésus Christ a-t-elle saisi notre vie, et jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans la confiance et dans l’abandon ? » Ces mots de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran (Algérie), assassiné en 1996, un mois ou deux après les moines de Tibhirine, résonnent avec les passages de l’Écriture d’aujourd’hui. Ils disent bien l’invraisemblable confiance à laquelle est appelé celui qui s’expose à la violence des hommes à cause de sa foi, à cause de « l’amour de ta maison » (Jn 2,17). L’invincible espérance, disait le Père Christian de Chergé. Celui-ci est pris dans la tourmente d’un combat qui le dépasse. Il est invité à demeurer debout cependant, à croire en l’amour de ce Dieu qui veut répandre sa grâce en abondance sur cette humanité marquée par la mort. Il ne le peut, sans doute, que les yeux fixés sur celui par qui cette grâce est donnée : Jésus Christ.

Enfin, frères et sœurs, comme Jérémie, comme Jésus et comme Paul, nous sommes envoyés. Que l’Esprit Saint soit toujours avec nous pour nous aider à rendre compte de l’espérance qui nous anime. Et que Marie, notre maman du ciel, nous accompagne sur ce chemin.