Sacré-Cœur 2026

Frères et sœurs, en 2024, le pape François écrivait l’encyclique, « Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ », ce cœur que nous célébrons aujourd’hui. Un cœur dont il nous faut parler, mais qui, en soi, ne s’explique pas, car il se montre, se manifeste par son action.

C’est en venant chez les siens, en s’incarnant, en se faisant proche, nous dit François, que ce cœur s’est révélé. « Il a franchi toutes les distances », allant jusqu’à faire de nous ses amis. Nous invitant donc, nous aussi, à franchir les distances pour aller à la rencontre de l’autre. Il a parlé à la Samaritaine, a rencontré Nicodème, n’a pas condamné la femme adultère, a demandé à l’aveugle-né ce qu’il pouvait faire pour lui et a lavé les pieds de ses disciples. « Le Christ, écrit le pape, montre que Dieu est proximité, compassion et tendresse. » Quand il guérit, il s’approche, étend la main, touche. François parle alors de la tendresse de Dieu qui n’aime pas avec des mots, mais avec des gestes. Invitation pour nous, là encore, à aimer concrètement dans le quotidien de nos vies.

Dans un monde où tout semble vaciller et filer vers un avenir incertain, il appelle à la confiance. « N’aie pas peur, dit le pape à la suite de Jésus. Laisse-le s’approcher de toi. […] Rappelle-toi que de nombreux pécheurs ‘se sont mis à table avec [lui]’ (Mt 9, 10) et qu’Il n’a été scandalisé par aucun d’eux ».

Ce cœur de Jésus, cette tendresse, dit à chacun, qu’il « attend aujourd’hui que [nous] lui donn(ions) la possibilité d’éclairer [notre] existence, de [nous] élever, de [nous] remplir de sa force [… car] il trouve toujours un moyen de se manifester dans [notre] vie pour que [nous] puiss(ions) le rencontrer. » Un cœur pour être proche.

Saint Paul écrivait aux Galates que le Christ l’« a aimé et s’est livré pour » lui (Ga 2,20), faisant de ce don – « il m’a aimé » - le plus grand des dons ; ce don qui nous est fait également et que nous célébrons aujourd’hui. Un don jaillit de son côté transpercé telle une source, lieu unique pour étancher toutes nos soifs.

François nous invite alors à répondre à cet amour par l’amour pour nos frères. Il écrit qu’« il n’y a pas d’acte plus grand que nous puissions offrir pour Lui rendre amour pour amour. » Et nous l’avons entendu dans la seconde lecture, en saint Jean : « Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres ».

Alors bien sûr, la question se pose : comment nous aimer concrètement ? Le pape répond : « L’amour pour les frères ne se fabrique pas, il n’est pas le résultat de notre effort naturel mais il exige une transformation de notre cœur égoïste. » Et pour transformer notre cœur, François nous exhorte à laisser surgir en nous une supplique : “Jésus, rends notre cœur semblable au tien”. Nous reconnaissons ici « l’invitation de saint Paul [qui] n’est pas : “Efforcez-vous de faire de bonnes œuvres” [… mais] : ‘’Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus’’ (Ph 2, 5). Célébrer le Sacré-Cœur, vivre en chrétien, c’est demander au Christ de rendre notre cœur conforme au sien.

Plus loin, le pape nous dit que « regarder la blessure du cœur du Seigneur qui ‘’a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies’’ (Mt 8, 17) nous aide à être plus attentifs aux souffrances et aux besoins des autres, nous rend assez forts pour participer à son œuvre de libération en tant qu’instruments de diffusion de son amour. » François nous appelle à « être […] source pour les autres. » Et il cite saint Bernard [qui] invite à l’union avec le Cœur du Christ et qui « croit possible de transformer l’affectivité [égoïste], esclave des plaisirs », non « par une obéissance aveugle à un commandement mais par la réponse à la douceur de l’amour du Christ. […] Le mal est vaincu par la croissance de l’amour ». 

François appelle ainsi à « rendre le monde amoureux », à rendre notre communauté amoureuse. « L’amour pour les frères, dit-il, […] est comme un carburant qui alimente notre relation amicale avec Jésus. » Et il redit que « les actes d’amour envers les frères […] peuvent être la meilleure et parfois la seule façon d’exprimer l’amour de Jésus-Christ aux autres. » Nous avons donc là une responsabilité les uns envers les autres : nous dire et surtout nous montrer, chaque jour, que nous sommes aimés de Dieu. Et le pape de conclure que « cet amour devient un service communautaire », service que nous avons tous à exercer, jeunes et vieux, abbé ou postulant.

Alors que cette eucharistie nous donne la grâce de contempler ce cœur, de répondre à son amour, de répandre son amour. Et demandons la grâce de nous révéler les uns aux autres que nous sommes aimés ; la grâce de nous aider, de nous apprendre, les uns les autres, à aimer.

“Jésus, rends notre cœur semblable au tien”.