A CARÊME 04 JEAN 09,01-41 (16) Chimay : 15.03.2026

careme04Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche voudraient nous aider à voir les personnes et les événements avec le regard de Dieu. Le texte d’Isaïe (1 S 16,1-13) nous parle de la succession du roi Saül. Ce dernier n’a pas suivi les orientations de Dieu sur le droit et la justice. Il doit donc quitter sa place car le Seigneur ne peut tolérer cette situation qui le blesse et qui fait du tort à son peuple. Pour lui succéder, il choisit David, celui auquel personne ne pensait. Dieu ne voit pas comme nous. Pour faire leur choix, les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. Ainsi il se sert des petits et des humbles pour réaliser de grandes choses. A travers ce message, Dieu voudrait nous apprendre à avoir le même regard que lui.

Dans l’épître aux Éphésiens (Ep 5,8-14), saint Paul nous parle de la lumière spirituelle. S’adressant aux chrétiens d’Éphèse, il leur dit : « Autrefois, vous étiez ténèbres. Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumières » (Ep 5,8). Voilà un message qui rejoint l’Évangile. Il ne suffit pas de recevoir la lumière ; il faut s’en imprégner et devenir lumière. Rappelons-nous les paroles de Jésus à ses disciples : « Vous êtes la Lumière du monde » (Mt 5,14). C’est une affirmation de Jésus dans le sermon sur la montagne (Mt 5,14-16), chargeant ses disciples de refléter son amour et sa vérité. Cela signifie incarner des valeurs positives pour éclairer les ténèbres par de bonnes œuvres ; cela signifie agir comme des témoins actifs de Dieu.  Pour nous chrétiens, il ne suffit pas d’accueillir la Lumière dans notre vie ; il nous faut aussi la manifester par notre comportement. C’est ce que nous recommande l’apôtre Paul : « Vivez en enfants de Lumière » (Ep 5,8) ; la conversion nous fait passer des ténèbres à la lumière dont les fruits sont la bonté, la justice et la vérité.

L’apôtre nous invite aussi à repousser « les œuvres des ténèbres ; elles ne produisent rien de bon » (Ep 5,11). En disant cela, il fait allusion à ce que qui est accompli dans l’obscurité et la honte par peur d’être vu. Il importe pour nous de faire des œuvres qui puissent être assumées devant les autres. Ce qui doit nous guider, c’est la lumière qui est en Jésus, c’est son amour. C’est de lui que nous le recevons ; il veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché.

L’évangile de ce dimanche nous invite également à nous ajuster au regard de Dieu. Aux yeux de tous, ce pauvre aveugle-né était puni à cause de ses péchés. On croyait que Dieu punissait l’homme en fonction de sa faute. Combien de fois, quand les malheurs arrivent, nous nous demandons si Dieu nous aime vraiment, s’il nous a oubliés, s’il se soucie vraiment de ce qui nous arrive. La réponse de Jésus à ce manque de foi est aussi directe que réconfortante : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui » (Jn 9,3). De nombreux chrétiens continuent à le penser : que nos malheurs sont punition de Dieu, mais c’est faux. Dieu n’est pas à l’origine des malheurs qui nous arrivent. Il ne passe pas son temps à espionner nos faiblesses pour mieux nous châtier. Il n’inflige pas le mal à ses enfants. Jésus est absolument catégorique sur ce point. Il est venu pour que nous ayons « la vie, et la vie en abondance » (Jn 10,10).

L’Évangile nous dit également que Dieu n’est pas indifférent aux drames et aux maladies qui s’abattent sur les humains. Il vient à notre secours pour nous sauver. Il continue à venir pour nous apporter la véritable libération. Ils sont nombreux dans notre monde ceux et celles qui s’égarent sur des chemins de perdition. Beaucoup se détournent du vrai Dieu pour s’attacher à l’argent, aux richesses et aux petits bonheurs d’occasion qui ne peuvent pas vraiment nous combler. C’est de cet aveuglement que Jésus veut nous guérir. Comme pour le mendiant dont nous parle l’Évangile, le véritable salut ne peut se trouver que dans une vraie rencontre avec Jésus. Face à ce mendiant sauvé par Jésus, nous voyons des pharisiens qui s’enfoncent dans leur aveuglement. Ils restent indifférents à sa joie et finissent par le chasser. Leur cœur est dur, leur justice sans amour. Jésus voudrait les inviter à faire un chemin de foi. Mais ils restent enfermés dans leurs certitudes. Le Christ est là pour nous apprendre à tendre la main à celui qui en a besoin. Il veut surtout nous aider à prendre conscience des merveilles de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. C’est vrai que ce monde reste très marqué par l’incroyance, l’indifférence et toutes sortes de malheurs. Mais le Seigneur continue à nous rejoindre au cœur de nos vies. Rien ne doit nous empêcher de rendre compte de l’espérance qu’il met en nous.

La foi peut se fortifier aux moments d’adversité. Comment les œuvres de Dieu se sont-elles manifestées en notre aveugle ? S’il ne s’agissait que d’une guérison physique, l’histoire se terminerait à Siloé au moment où cet homme retrouve la vue. Au lieu de cela, l’évangéliste nous raconte ce qui se passe après. La vie simple du mendiant aveugle-né devient terriblement compliquée. Au lieu d’être accueilli par ses amis et sa famille se réjouissant du miracle, il rencontre la confrontation. La mésaventure est de taille ; l’hostilité des pharisiens est tangible. Pourtant, l’homme reste immuable dans sa foi en Jésus. En fait, après chaque attaque à sa crédibilité et alors même que ses parents se tiennent prudemment à distance, l’attachement de l’homme à Jésus grandit encore. C’est l’œuvre de Dieu qui brille à travers cet apôtre ! Regardons les situations qui dans notre vie défient notre foi. Pourrions-nous, comme cet homme, renverser les choses et en faire des occasions pour grandir dans la foi ? Comme lui, pourrions-nous devenir de meilleurs témoins de Jésus ?

Vivre le Carême, c’est revenir vers le Seigneur et accueillir la Lumière qui vient de lui. Cette lumière, c’est celle de la foi. Grâce à cette lumière, nous apprendrons à voir les personnes et les événements avec le regard de Dieu. Comme l’aveugle guéri, nous deviendrons des témoins du Christ.  Et nous pourrons proclamer ensemble notre foi avec joie et fierté : « Je crois, Seigneur, tu es source de vie » (Michelle et Maurice Debaisieux).