A 27 MATTHIEU 21,33-43 (13) Scourmont : 04.10.2020 

Frères et sœurs, pour la troisième fois consécutive, la liturgie du dimanche nous parle de la vigne du Seigneur de l’univers. Nous avons entendu la parabole des ouvriers de la onzième heure ; puis celle du père qui avait deux fils, qui disent une chose et en font une autre ; et enfin aujourd’hui, celle des vignerons homicides. À travers ces textes, nous entendons des questions de la plus haute importance : Que faisons-nous de la vigne du Seigneur ? Ne savons-nous pas que nous en sommes tous responsables ? Certes c’est bien Dieu qui nous a créés ; c’est lui qui nous a donné la vie ; qui nous a aussi confié la responsabilité de la création. Les écologistes, croyants ou incroyants, nous le répètent constamment : Nous sommes responsables de notre Mère la Terre, de notre Maison Commune, dit le pape François. Un jour, nous aurons à rendre des comptes. Comment ça se fera ? C’est encore un mystère pour nous, mais les avertissements sont clairs.

 

Nous savons tous que la vigne demande beaucoup de travail ; il faut s’en occuper toute l’année, en toute saison. Aussi délicate que le raisin qu’elle produit, la vigne réclame un soin différent à chaque époque. Isaïe (05,01-07) décrit à merveille l’attention que le vigneron porte à sa vigne. Quelle meilleure image pour parler de l’amour de Dieu pour son peuple ? Et pour décrire la tristesse de Dieu, lorsque ceux qu’il a choisis, dont il a pris soin, s’éloignent de ses voies ? L’image est reprise dans le psaume (Ps 79), laissant paraître une vigne fragile, guettée par la destruction. Car c’est uniquement Dieu, vigneron fidèle, qui peut protéger le fruit de ses mains, rendre fort celui qui est faible face aux attaques de l’ennemi. Contre ceux qui pensent que Dieu ne fait pas ce qu’il devrait faire, lui-même répond : « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? » (Is 5,4). N’en est-il pas ainsi dans nos vies lorsque nous reprochons à Dieu de manière paradoxale d’agir à l’encontre de notre volonté ou au contraire de s’abstenir d’agir ? Peut-être devons-nous tout simplement demander à Dieu d’ouvrir notre cœur pour devenir capables de percevoir sa présence bienveillante.

Tout au long de notre vie, nous sommes invités à reconnaître sa tendresse à notre égard. Malheureusement, notre attention n’est pas toujours à la mesure de cet amour : la violence, la trahison, les accusations injustes continuent à empoisonner notre vie et celle de notre monde. C’est quasiment un affront à l’égard de Celui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur la croix. Mais cet amour du Seigneur est bien plus grand que tous les péchés du monde. Il ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. Malgré ses lourdes déceptions, le Seigneur continue à aimer son peuple, sa vigne.

C’est le message de saint Paul (Ph 04,06-09), qui nous invite à la confiance. Malgré nos égarements, rien ne peut empêcher le Seigneur de nous aimer. C’est en restant en communion avec lui que notre vie pourra produire du fruit. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,05). Saint Paul insiste sur la prière, la supplication et l’action de grâce (Ph 04,06). Lui-même sait de quoi il parle : à partir du moment où il a rencontré Jésus, sa vie a été complètement bouleversée ; grâce à lui, l’Évangile a été annoncé aux païens ; des communautés chrétiennes sont nées et se sont développées. Cela n’a été possible que parce que toute sa vie est restée paisiblement centrée sur le Christ.

À la suite de Paul et de bien d’autres, nous sommes envoyés pour être des témoins et des messagers de l’Évangile. Car une vie apaisée est capable de réagir face au mal et au malheur des hommes. Une vie apaisée compte sur le Dieu Créateur qui n’a pas voulu un univers pour la mort ; elle compte sur le Christ qui a voulu nous sauver et nous mener à la Vie, la Vie en plénitude (Ep 04,13) où tout ce qui est beau et bon est transfiguré, où tout mal est exclu.

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus nous raconte l’histoire d’un patron qui part en voyage et qui confie sa vigne à des vignerons. Au moment de la vendange, il envoie des serviteurs pour se faire remettre le fruit de la vigne. Nous avons vu ce qui s’est passé : les serviteurs se sont fait malmener, lapider et tuer. Et même le fils du patron n’y échappe pas ; et pourtant, en raison de son rang, il aurait dû jouir d’une impunité. Cette parabole se termine par une question : « Le maître, à son retour, que fera-t-il ? » (Mt 21,40).

En citant Isaïe au début de la parabole d’aujourd’hui, l’évangéliste Matthieu évoque ce souci. Mais le récit prend ensuite une autre direction. Les vignerons sont nombreux, appelés à prendre soin d’une vigne qui ne leur appartient pas en propre. Comme les croyants qui participent à la croissance de la semence d’Évangile en ce monde, travaillant dès aujourd’hui au champ du Royaume.

En racontant cette parabole, Jésus s’adresse aux grands prêtres, aux scribes et aux pharisiens. Les uns et les autres se comportent comme s’ils étaient les propriétaires de la vigne. Tout au long de l’histoire, ils se sont montrés particulièrement odieux. Il faut se rappeler que Jésus raconte cette parabole juste avant sa Passion et sa mort sur la croix. Le meurtre du Fils est comme la mise en scène symbolique de l’oubli de Dieu. A force d’écarter Dieu de nos vies, on finit par le faire disparaître et par s’approprier le fruit du travail qui lui était destiné.

Cet Évangile est donc pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Elle doit être proclamée partout dans le monde entier. C’est pourquoi le Seigneur met à notre disposition d’immenses richesses spirituelles ; il a mis sur notre route des frères et des sœurs à aimer. Si nous ne sommes pas fidèles à cette mission, elle sera confiée à d’autres, nous dit la parabole. Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés pour témoigner de l’Évangile du Christ. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec lui que notre vie portera du fruit. La fin du récit évangélique évoque la pierre rejetée qui devient la pierre d’angle. Elle réaffirme, en annonçant la résurrection, que l’amour de Dieu a renversé tous nos refus.

Dans l’Eucharistie que nous célébrons ensemble, le Seigneur adopte une attitude totalement opposée à l’égoïsme possessif : « Ceci est mon Corps livré pour vous… Ceci est mon sang versé pour vous… » Demandons-lui qu’il soit toujours avec nous et nous toujours avec lui pour vivre pleinement de ce don, faire fructifier la vigne en vivant et partageant la Bonne Nouvelle : le Christ est au milieu de nous.