Homélies et conférences du Père abbé - Dom Damien Debaisieux

 

19e dimanche A

(Mt 14,22-33)

                                                                                                                      9 août 2026 

Frères et sœurs, c’est la deuxième fois que Matthieu nous rapporte un récit sur le lac de Galilée. La première fois, la barque – c’est-à-dire l’Eglise – était prise dans la tempête. Les apôtres crièrent à Jésus qui était avec eux : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons » (8,25). Et celui-ci se leva et mis fin au vent et aux vagues. Et les douze de s’interroger : « mais qui est-il donc ? » (8,27). Aujourd’hui, même barque « battue par les vagues » dans un « vent contraire » (24), mais cette fois Jésus n’est pas avec eux : « il vint vers eux en marchant sur la mer » (25). Ce qui bouleverse ici les apôtres, ce n’est plus la tempête, c’est la manière avec laquelle Jésus les rejoint. Pourtant, nous pourrions dire qu’il le fait comme d’habitude, comme il le fait sur les routes de Galilée : en marchant. Mais ici, il marche sur la mer, c’est-à-dire, dans la symbolique juive, sur la mort et cela nous déroute, cela nous interroge. Cette venue de Jésus auprès des disciples est donc à la fois une christophanie, une manifestation de son identité, et en même temps, une épreuve, celle de la foi, celle de la foi en un Christ qui vient jusqu’à nous où que nous soyons, celle de la foi en un Christ plus fort que la mort, cette mort, ces morts qui jalonnent notre vie. Est-ce que, dans mon quotidien, face à tout ce qui vient entraver la marche du monde, la vie de l’Eglise, ma vie et celle de mes proches, est-ce que je crois que Dieu vient, qu’il est présent et, finalement, qu’il est plus fort que la mort et que c’est bien lui qui aura le dernier mot, celui de la vie, celui de l’amour ?

                                                                                   

                                                                                                                   Saint Benoît 2026

« Mon fils, accueille mes paroles, conserve précieusement mes préceptes, l’oreille attentive […], le cœur incliné […]. Alors tu comprendras […], tu découvriras », avons-nous lu dans la première lecture en l’honneur de saint Benoît (2,1.5). Chers Frères, en fêtant notre législateur, en participant à cette eucharistie, nous redisons, nous demandons la grâce d’un cœur qui écoute, d’un cœur attentif, disponible, ouvert, bref, nous demandons la grâce d’être en chemin à la suite, à l’écoute du Christ. Toute notre vie, toutes nos observances, ont pour objectif de faire de nous des écoutants. Écouter, comme Yahvé n’a cessé de le répéter à son peuple infidèle ; écouter, comme l’ont fait les prophètes et comme ils l’ont crié à qui voulait ou non l’entendre ; écouter, comme Jésus l’a suscité en rencontrant, guérissant, discourant auprès de celles et ceux qu’il a croisés sur sa route ; écouter enfin, comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture, quand Paul dit aux Colossiens : « Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse » (3,16).

                                                                                     Sacré-Cœur 2026

Frères et sœurs, en 2024, le pape François écrivait l’encyclique, « Dilexit nos, sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ », ce cœur que nous célébrons aujourd’hui. Un cœur dont il nous faut parler, mais qui, en soi, ne s’explique pas, car il se montre, se manifeste par son action.

7e dimanche de Pâques A

(Jn 17, 1b-11a)                                                                                                          

Mai 2026

 Homélie

Frères et sœurs, dans cet évangile, nous avons entendu Jésus dire que le Père « lui a donné pouvoir sur tout être de chair » (2). Quand on parle du pouvoir - le substantif, le nom commun - on pense à la puissance, à la force, aux grands de ce monde. Et dans leurs têtes, ou dans celles de certains, ce pouvoir ne doit pas avoir de limites ou d’opposition, car alors il ne serait plus le pouvoir tel qu’ils l’entendent ou tel qu’ils le veulent. Mais si l’on reprend ce mot pouvoir, et si l’on pense non plus au nom mais au verbe, on comprend combien le pouvoir a une limite et que celle-ci est d’abord en soi. Celui qui a réellement le pouvoir est celui qui est capable de s’autolimiter, de retenir sa main : il peut, mais cela ne veut pas dire qu’il doit ou qu’il veut ou qu’il fait.

Veillée pascale 2026

(Mt 28,1-10) 

Frères et sœurs, nous venons d’entendre huit lectures et huit psaumes ainsi que l’évangile. Il y était question de création, de promesse, de salut, de miséricorde, d’alliance ou encore d’un cœur nouveau. Tout cela, c’est l’œuvre de Dieu, celle qu’il veut pour nous et notre monde ; tout cela nous dit qui est Dieu et ce qu’il est en notre faveur. Cette semaine, nous avons entendu aussi, par deux fois, le récit de la Passion, la Passion de celui qui s’est incarné dans le but de nous donner pleinement ce salut, cette miséricorde, cette alliance venant de Dieu. Mais, cette mission de Jésus s’est apparemment terminée par la croix, la mort et le tombeau. Je dis ‘apparemment’, mais il n’y a pas de doute : les soldats l’ont vu mourir ainsi que sa mère et les femmes ; Joseph d’Arimathie l’a déposé dans un tombeau - et là encore, les femmes étaient là ; et les soldats ont même mis les scellés sur la pierre. Jésus est bel et bien mort. Alors soit, c’était un usurpateur ou un fou, et cette histoire s’arrête là ; soit, il est vraiment le Messie, et alors qu’en est-il du salut, de l’alliance, de la promesse que Dieu nous donne ?

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (1). Frères et sœurs, à chaque Eucharistie où Dieu nous rassemble, nous sommes invités à prendre conscience de cet amour « jusqu’au bout » pour chacun, chacune d’entre nous. Et surtout, nous sommes invités à accueillir cet amour pour nous laisser transformer, pour aimer à notre tour, pour – comme le dit Jésus - nous « laver les pieds les uns aux autres » (14). Et cela passe probablement moins par notre bonne volonté que par la contemplation de l’amour de Jésus.

« Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (1). Frères et sœurs, à chaque Eucharistie où Dieu nous rassemble, nous sommes invités à prendre conscience de cet amour « jusqu’au bout » pour chacun, chacune d’entre nous. Et surtout, nous sommes invités à accueillir cet amour pour nous laisser transformer, pour aimer à notre tour, pour – comme le dit Jésus - nous « laver les pieds les uns aux autres » (14). Et cela passe probablement moins par notre bonne volonté que par la contemplation de l’amour de Jésus.

Rameaux 2026

(Mt 26, 14 – 27, 66)

Frères et sœurs, un guide du musée du Louvre se réjouissait que nombre de tableaux représentant des scènes d’évangile ne soient pas ou plus dans des églises, mais dans des musées. Car pour lui, qui était chrétien, c’était une occasion inespérée de livrer une catéchèse aux visiteurs. Mais un jour, alors qu’il détaillait à un groupe de touristes asiatiques un tableau représentant la crucifixion, c’est lui qui fut l’élève, le disciple d’un enseignement. En effet, l’une de ces personnes, voyant le rouge vif du sang se détacher du tableau et heurter sa sensibilité, fut prise d’un malaise et s’évanouit. Le guide repris alors davantage conscience de la violence de la Passion du Christ, et combien, finalement, il s’était habitué à ce récit.

30 mars 2026 -- lundi de la Semaine Sainte

Isaïe, 42, 1-7 ; Jean 12, 1-11

Homélie

          Ce récit de l’Évangile de saint Jean est très semblable à un récit que Matthieu et Marc placent tout de suite avant celui de la Passion. L’Évangile de Jean a certainement été écrit longtemps après celui des Synoptiques, mais il doit rapporter avec justesse un événement qu’on racontait dans les Églises qui étaient sous l’influence de Jean. Les amis intimes de Jésus, en particulier Marthe, Marie et Lazare, sont si importants dans l’Évangile de Jean, que celui-ci n’aurait pas pu inventer ce récit ni même l’arranger pour mettre Marthe, Marie et Lazare au cœur du récit.