A 27 MATTHIEU 21,33-43 (20)
Chimay : 04.10.2026
Frères et sœurs, cette semaine encore, l’évangile nous parle de la vigne. La vigne, ce n’est pas seulement une récolte comme les autres. C’est surtout une passion. Le plus grand bonheur d’un vigneron, c’est de nous faire visiter sa vigne et sa cave bien-sûr : c’est là le plus intéressant : récolte de 2025, de 2024, et encore quelques bouteilles de 2000, de 2019. Je vous recommande le 2013 : c’est le meilleur vin du xxie siècle ! Heureusement il m’en reste quelques bouteilles pour vous. Sa plus grande peine, c’est de voir une vigne abandonnée, livrée aux ronces, aux épines, aux sangliers ou à la sécheresse. Cette déception est d’autant plus grande que cette culture demande beaucoup de travail. Il faut s’occuper toute l’année de sa vigne. Puis c’est l’attente impatiente de la vendange ; on a toujours peur que la grêle ne vienne tout ravager en quelques minutes. Les vignerons en parleraient mieux que moi. Je me contente de boire le résultat.
Le prophète Isaïe (Is 5,1-7) part de cette relation du vigneron et de sa vigne pour nous parler de l’amour de Dieu pour son peuple. La vigne du Seigneur, c’est son peuple. Dieu nous est présenté comme un vigneron qui a tout fait pour elle. Mais cet amour passionné de Dieu est déçu. Malgré tous ses soins, les raisins qu’elle produit ont un goût amer. Il attendait de son peuple le droit et la justice. Or voilà qu’il se trouve pourri par le mensonge, la violence et la trahison. Les menaces dont il parle ne cherchent qu’à éviter le châtiment. « Il en attendait le droit, voici le crime ; Il en attendait la justice, et voici les cris » (Is 5,7).
Ce texte biblique nous rejoint aujourd’hui. Car tout au long de notre vie nous sommes invités à reconnaître la tendresse de Dieu à notre égard. Dieu nous aime tous d’un amour passionné. Mais notre réponse n’est pas toujours à la mesure de cet amour. La violence, le mensonge, et la trahison sont bien là. Heureusement cet amour du Seigneur est bien plus fort que tous nos péchés. Le Seigneur ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. C’est à cette condition que notre vie pourra produire de bons fruits.
Saint Paul (Ph 4,6-9) porte souvent un regard sévère sur le comportement des païens. Mais il sait aussi reconnaître leurs qualités. Il y a chez eux, des gestes d’accueil, de partage et de solidarité. Le premier devoir d’un missionnaire, c’est de reconnaître tout ce qu’il y a de beau et de grand chez les hommes à qui il annonce Jésus-Christ. Il découvre alors avec émerveillement que l’Esprit Saint l’a précédé dans le cœur de ceux et celles qu’il a mis sur sa route. Ce changement de regard nous rend plus humbles. Il nous aide à porter les fruits que Dieu attend de nous. Aux chrétiens minoritaires dans le monde, Saint Paul ne conseille pas le repli sur eux-mêmes, mais la prise en compte de toutes les valeurs humaines qui se vivent autour d’eux. « Et la paix de Dieu sera avec vous » (Ph 4,9), dit-il.
L’Évangile nous parle aussi de la vigne. Mais il y a une différence d’avec le texte Isaïe. Dans l’évangile, le problème ne vient pas de la récolte mais des vignerons. Ils ont oublié qu’ils ne sont que de simples gérants. Or voilà qu’ils se comportent comme des propriétaires. Ils gardent pour eux le fruit de la récolte du vignoble. Cette parabole doit nous parler. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume ainsi que la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Nous sommes envoyés pour en être les témoins. Nous ne devons pas oublier que la mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est grâce à lui que notre vie portera du fruit.
Pour répondre à cet appel, nous avons besoin de l’aide du Seigneur. Dans nos vies, il y a toujours le péché qui nous détourne de lui. Mais à partir d’un mal, Dieu peut toujours faire surgir un bien. Il a retourné le triple reniement de Pierre pour en faire l’occasion d’une triple déclaration d’amour. C’est ainsi qu’il a pu donner à Pierre une confiance encore plus grande. Le même Christ est capable de retourner les pires criminels pour en faire des saints. Saint Dismas (Le Bon Larron) : Condamné à mort et crucifié aux côtés de Jésus, est le premier « saint » proclamé directement par Jésus dans l’Évangile après avoir exprimé son repentir sur la croix. Jacques Fesch : Criminel français condamné à mort pour le meurtre d’un agent de police en 1954. Ayant vécu une conversion profonde et mystique lors de son incarcération avant d’être guillotiné en 1957, sa cause en béatification a été ouverte. Bartolo Longo : Jeune Italien du xixe siècle attiré par l’occultisme et un temps engagé dans des mouvements spirites et satanistes. Après une conversion totale guidée par un prêtre dominicain, il a consacré sa vie aux pauvres et à la prière du rosaire, avant d’être béatifié par le pape Jean-Paul II. Saint Moïse l’Éthiopien : Ancien chef de gang, voleur et meurtrier dans le désert égyptien au ive siècle, il devint moine, connut une immense transformation spirituelle et fut ordonné prêtre avant de mourir en martyr. Il est également capable de faire de nous ses amis.
Les manières de faire de Dieu ne sont pas les nôtres : aux refus d’amour de son peuple, il répond par la patience, espérant encore et toujours une réponse d’amour. Confronté au rejet total de son dessein bienveillant, il ne choisit pas le rejet. Il fait jaillir la vie là même où a été semée la mort : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » (Ps 117,22-23). Jésus, le Fils de Dieu, s’inscrit dans la lignée des prophètes martyrs. Mais sa mort fait naître un nouveau peuple de Dieu.
Cette logique de Dieu est d’une grande puissance : au long des siècles, elle a retourné et séduit tant de femmes et d’hommes qui ont pu lâcher leurs rêves de puissance ou de gloire, se dépouiller de tout pour marcher dans les pas du Seigneur. Ainsi François d’Assise dont c’est aujourd’hui la fête : lui, le fier jeune homme promis à un bel avenir, a trouvé en Jésus celui qui a comblé son cœur. En embrassant un lépreux exclu de la société, il a embrassé Celui qui s’est laissé rejeter pour nous dire la profondeur de l’amour de Dieu envers nous. Cette rencontre a ouvert en son cœur le chemin de la joie parfaite, de l’humilité, de la louange ! Elle l’a ouvert à l’amour de tout être humain, de toute la Création. « Loué sois-tu, mon Seigneur pour notre mère, la terre ! »
En survolant l’histoire, nous voyons bien ce qu’il advient de tous les groupes et partis qui essaient de s’opposer à Jésus et à son Eglise : ils disparaissent dans la nuit des temps. Jésus est l’avenir du monde. Puisque Jésus est l’avenir du monde entier, le progrès ne peut être, ne pourra s’obtenir, qu’en marchant à sa suite, vers la civilisation de la justice et de l’amour. Ceux qui recherchent leurs propres intérêts font fausse route, retournent en arrière, aux âges sombres d’avant Jésus. Ils veulent retourner à cette période où l’humanité ne se contentait pas d’apprendre à discerner le bien du mal, mais où les hommes voulaient le décider par eux-mêmes, se faisant semblables à des dieux.
Il y a 2000 ans, Jésus-Christ a confié à ses disciples la fondation et l’édification de la vigne, son Église. Petit à petit, la vigne de l’Église a été agrandie par d’autres vignes solides Le Seigneur a confiance en chacun de nous. Il nous confie le service de l’Église. Il donne aux personnes un charisme particulier que chacun reçoit de Dieu.
