Homélies de Dom Armand Veilleux

24 avril 2023 -- lundi de la 3ème semaine de Pâques

Actes 6, 8-15; Jean 6, 22-29

H O M É L I E

          Durant toute la semaine qui commence, la première lecture de la messe nous fera connaître les débuts de l'Évangélisation, avec la mort du premier martyr, Étienne, la persécution qui se déchaîne alors contre l'Église à Jérusalem et en Judée et, parallèlement, l'extension de la prédication aux païens.

23 avril 2023 -- 3ème dimanche de Pâques « A »

Ac 2, 14.22b-33; 1P 1, 17-21; Luc 24, 13-35

H O M É L I E

          Tous les Évangiles des dimanches du temps de Pâques sont tirés de l'Évangile de Jean, sauf celui d'aujourd'hui, qui est de Luc.  Ce dernier rapporte trois apparitions de Jésus le jour de Pâques :  1) celle aux femmes, qui furent les premières à avoir le courage de venir au tombeau de grand matin ; 2) celle aux deux disciples qui avaient décidé de retourner à leur village et à leurs occupations ; 3) celle aux Douze qui étaient encore paralysés par la peur dans l'endroit où ils s'étaient enfermés.

22 avril 2023 - Samedi de la 2ème semaine de Pâques

Actes 6, 1-7; Jean 6,16-21 

H O M É L I E

          Il y a beaucoup de détails mystérieux et lourds de symboles dans ce bref texte de saint Jean.  La scène se situe tout de suite après la première multiplication des pains (dont nous avons lu le récit hier).  Nous sommes encore au début de la vie publique de Jésus, et ses relations avec ses disciples sont en train de s'établir.   Après la multiplication des pains, alors que la foule veut le faire roi, Jésus se retire seul sur la montagne. Les disciples sont déjà habitués à ces nuits que Jésus passe seul sur la montagne à prier.  Lorsque le soir arrive et que Jésus ne revient pas, les disciples savent qu'il y passera la nuit.  Ils descendent alors au bord du lac et s'embarquent pour la ville de Capharnaüm, de l'autre côté.  Jean a alors une de ces phrases pleines de mystère : “Déjà il faisait nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints".  La mention de la nuit, chez Jean, signifie aussi le trouble, le manque de compréhension, l'absence de Jésus.  Les disciples sont un peu perdus.

21 avril 2023 – vendredi de la 2ème semaine de Pâques

Actes 5,34-42; Jean 6, 1-15 

H O M É L I E

            La multiplication des pains est le seul signe accompli par Jésus qui nous soit rapporté par les quatre Évangiles.  C'est dire l'importance que lui attribuaient les premiers Chrétiens.  Aujourd'hui c'est dans la version de Jean que nous lisons ce récit.  Jean raconte cet événement après environ 65 ou 70 ans de méditation.  Ce n'est pas le signe ou le miracle comme tel qui l'intéresse.  Tout son récit est centré sur la personne de Jésus.  Il nous montre Jésus partageant simplement, très simplement, sans compter, sans faire attention à la dimension de la foule.

            Au début du récit, il y a une de ces petites phrases mystérieuses, caractéristiques de Jean.  Il dit: "C'était un peu avant la Pâque..." Cela signifie que la multiplication des pains dont il nous parle, ce partage de ce qu'on avait apporté, était une dimension essentielle du mystère pascal, et donc l'est aussi de la célébration eucharistique.  Les douze paniers de morceaux ramassés correspondent aux douze tribus d'Israël et aux douze apôtres.  C'est donc aussi une dimension essentielle de l'Église.

            Jésus a traversé le Lac avec ses disciples et est monté dans la montagne. De là, il lève les yeux et voit la foule nombreuse qui le suit et perçoit son besoin de nourriture, avant même que personne n'ait manifesté ce besoin.  Philippe, à qui Jésus expose d'abord cette situation, ne peut concevoir une solution autre que monétaire et mathématique : "le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain".  Cette attitude de Philippe correspond sans doute à la nôtre, puisque nous sommes sans cesse tentés de donner une importance majeure dans notre vie aux réalités matérielles dont nous pouvons disposer, que nous pouvons compter, même si c’est avec le désir de les donner, ce qui est aussi une forme d’exercice de pouvoir.

            La solution proposée par André et choisie par Jésus est autre. C’est celle du partage. Lorsqu’il y a un vrai partage, il y a en général assez pour tout le monde. Les personnes présentes autour de Jésus ne sont pas appelées à se présenter à la queue leu leu pour recevoir leur pitance de la main de généreux bienfaiteurs ; elles sont invitées à s'allonger comme on le faisait dans les banquets et tout particulièrement pour le repas pascal, afin de prendre un repas en toute dignité avec des commensaux.  Et lorsque tous sont allongés dans l'herbe abondante (signe de l'abondance du Royaume), Jésus leur distribue lui-même la nourriture, comme un hôte le fait avec ses invités.

            Les foules suivaient Jésus parce qu’elles avaient vu les guérisons et les autres miracles qu’il avait faits et voulaient en voir encore. Mais Jésus n’est pas intéressé à jouer au thaumaturge. Il s’intéresse aux besoins des personnes. De même, à la fin du récit, lorsque la foule veut le proclamer Messie, il s’enfuit seul dans la montagne. 

            Dans une communauté, nous sommes tous appelés à nous servir mutuellement. Notre tendance humaine est de rechercher les fonctions qui nous mettent en évidence ou qui nous permettent d’exercer un certain pouvoir.  Jésus nous montre que, pour lui, c’est tout le contraire.  La seule chose qui l’intéresse est de servir.  Nous savons, puisque les célébrations des Jours Saints nous l’ont rappelé, que cela lui a coûté cher.  De même, aujourd’hui, dans la première lecture, nous voyons les Apôtres, qu’on vient de rouer de coups, tout heureux d’avoir mérité de souffrir un peu pour le nom de Jésus.

            Efforçons-nous donc de vivre dans le même esprit de service mutuel, de fuir les honneurs et les avantages matériels plutôt que de les rechercher, et si cela nous procure des souffrances, d’être heureux de les joindre à celles du Christ et de ses Apôtres.

Armand Veilleux

 

20 avril 2023 -- Homélie pour le jeudi de la 2ème semaine de Pâques

Ac 5, 27-33 ; Jean 3, 31-36.

Homélie

          Le récit des Actes des Apôtres que nous lisons ces jours-ci a quelque chose d’à la fois très profond et de quelque peu comique. Luc, qui est un excellent écrivain, sait transmettre un enseignement profond en utilisant un langage symbolique et poétique. Ici, il décrit dans un style presque enjoué les débuts de l’Église.

Les Apôtres, après avoir reçu l’Esprit Saint, entreprennent leur mission de prédicateurs de la Parole et de guérisseurs.  Le premier grand discours de Pierre après la Pentecôte provoque déjà de nombreuses conversions. Pierre, accompagné de Jean, entreprend presque tout de suite sa carrière de guérisseur en ordonnant à l’infirme qui se tenait à la porte du Temple de marcher. Il harangue alors la foule avec courage : « Le Prince de la Vie, vous l’avez fait mourir, Dieu l’a ressuscité. Convertissez-vous ! ». Pierre et Jean sont alors mis en prison puis amenés devant le Grand Prêtre et le Sanhédrin, qui leur interdisent de parler et d’agir au nom de Jésus. Ce à quoi ils répondent avec candeur : « Selon vous, qu’est-ce qui est juste devant Dieu : de l’écouter, Lui, ou de vous écouter ? ».  Ils sont alors relâchés et se remettent à enseigner et à faire des miracles ; ce qui provoque une nouvelle arrestation.

Durant la nuit, comme nous l’avons vu dans la lecture d’hier, l’ange de Dieu ouvre la porte de la prison et les envoie prêcher : « Allez, annoncez au peuple toutes ces paroles de vie ». On les fait arrêter de nouveau et on leur interdit de parler de ce Jésus. Et Pierre de répondre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».  Et le récit de ces événements qui se déroulent avec une rapidité surprenante est émaillé de la description de la vie de la première communauté des croyants à Jérusalem, qui s’organise déjà. Et les dernières paroles du récit que nous venons de lire indique déjà que tout cela conduira les Apôtres à la mort, comme leur Maître.  Et ils en sont bien conscients.

          Comme lecture d’Évangile, nous avons eu ces derniers jours le récit de la rencontre de Jésus avec Nicodème. Ce récit, dans l’état actuel de l’Évangile de Jean, était suivi d’un témoignage de Jean le Baptiste sur Jésus en réponse à une demande de ses propres disciples. Jean y exprime sa joie d’être le précurseur du Messie. Et puis vient le texte que nous venons d’entendre et qui faisait immédiatement suite aux paroles de Jésus à Nicodème. Ce récit résume en quelques brèves phrases tout le mystère du Salut : Dieu le Père a envoyé son Fils. Le Fils, qui a reçu l’Esprit sans mesure, dit ce qu’il a entendu de son Père. Le Père aime le Fils et a tout remis entre ses mains.  La conclusion est d’une clarté qui fait presque trembler, soit de joie soit de crainte : Celui qui croit le Fils a la vie éternelle. (Il ne l’aura pas ; il l’a déjà). Celui qui refuse de croire (le verbe « refuser » est important) ne verra pas la vie ». Toutes les déclarations des Conciles et tous les volumes des théologiens n’ont rien ajouté à ces quelques paroles : Celui qui croit a la vie. Tout ce qu’on peut rajouter ne sera que les conséquences de ces affirmations.

Armand Veilleux

19 avril 2023 – Mercredi de la 2ème semaine de Pâques

Ac 5, 17-26;  Jn 3, 16-21 

H O M É L I E

Il y a quelque chose qui m'a toujours intrigué dans le texte des Actes que nous venons de lire. Pourquoi l'ange s'est-il donné la peine de fermer les portes de la prison après avoir laissé sortir les apôtres ?... En effet, au début du texte, Luc dit que l'ange du Seigneur a ouvert les portes de la prison et a fait sortir les apôtres ; mais quand le gardien du temple arrive le matin, il trouve les portes bien fermées !  Il doit y avoir une signification symbolique dans cette histoire de portes ouvertes et puis verrouillées.

18 avril 2023 – Mardi de la 2ème semaine de Pâques

Ac 4, 32-37; Jn 3, 7b-15 

H O M É L I E

 

          Depuis hier nous lisons à l’Évangile le lectionnaire nous fait lire le récit de la rencontre de Jésus avec Nicodème, dont nous entendrons la suite au cours des prochains jours. C’est dire l’importance de ce récit en ce temps pascal. 

          Le récit des Actes des Apôtres, que nous avons comme première lecture tout au long de cette semaine nous montre ce petit groupe d’Apôtres et de Disciples de Jésus, qui, lorsqu’ils furent remplis de l’Esprit Saint qui leur fut communiqué par Jésus après sa Résurrection, passèrent subitement d’une foi qui était tout aussi ambigüe que celle de Nicodème à une foi courageuse et totale.  Dans la lecture d’aujourd’hui nous les voyons mettre tout en commun avec un certain enthousiasme. La suite du récit nous montrera que ce ne fut pas toujours aussi facile et aussi absolu.

          Peu de temps avant la mort de Jésus, alors que celui-ci avait déjà annoncé sa passion, les Apôtres discutaient encore entre eux pour savoir lequel aurait la première place dans son royaume, lequel serait premier ministre, ministre des finances, ministre de ceci ou de cela (abbé, prieur, cellérier...).  Ils étaient encore tout centrés sur leurs désirs individuels.  Ils étaient un groupe d’individus qui suivaient Jésus avec une foi réelle, mais une foi encore ambigüe.  Ils voulaient se donner à Jésus, mais ne pas se perdre.  Ils recherchaient des honneurs et des intérêts personnels.  Maintenant, transformés par l’Esprit, ils sont devenus une véritable communauté, une véritable Église.  Ils n’ont pas peur de tout donner, de tout risquer pour le nom de Jésus. Après avoir été mis en prison pour avoir prêché le nom de Jésus, ils se remettront à le prêcher dès qu’ils seront mystérieusement délivrés de la prison durant la nuit.

          En ce temps pascal, où nous avons renouvelé l’expression de notre foi au Christ, par le renouvellement de nos engagements baptismaux, demandons à Jésus de nous combler nous aussi de son Esprit, de faire de chacune de nos communautés des lieux où, selon les mots de saint Paul repris par Benoît dans sa Règle, chacun recherche non ce qui lui est favorable et agréable, mais le bien des autres et de tous. Pour cela demandons pour chacun de nous et pour tous les membres de nos communautés une foi en Jésus qui soit pure et sans partage.      

         

Armand Veilleux