A 20 MATTHIEU 15, 21-28 (18)
Chimay : 16.08.2026
Frères et sœurs, le salut de Dieu est offert à tous les hommes ; il ne se limite pas aux bons croyants de son peuple ; il est pour tous, y compris pour les étrangers, même païens. Avec l’épisode de la Cananéenne, la foi au Christ apparaît comme la seule exigence faite aux païens pour que ceux-ci puissent s’asseoir à la table de l’Église et y recevoir « le pain des enfants ».
C’est ce message que nous trouvons dans le livre d’Isaïe (Is 56,1-7), bien avant la venue du Christ : « Les étrangers – y est-il dit – qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs… je les conduirai sur ma montagne sainte » (Is 56,3-4). Nous n’oublions pas que dans le monde de la Bible, la montagne, c’est le lieu de la rencontre avec Dieu. S’il n’y a qu’un seul Dieu, le salut ne concerne pas seulement les enfants d’Israël mais aussi tous les autres peuples. Isaïe annonce le caractère universel du Dieu d’Israël dont le Temple s’appellera : « Maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7). C’est ce que nous rappelait le pape François quand il nous demandait d’ouvrir les portes et d’aller au-devant de ceux et celles qui sont loin, jusque dans les “périphéries”. La Parole de Dieu doit être annoncée à tous.
Le psaume 66 que nous avons prié vient prolonger cette lecture d’Isaïe : tous les étrangers sont invités à se joindre à la grande action de grâce du peuple d’Israël : « Que tous les peuples te rendent grâce. Qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! » C’est une louange qui se veut elle aussi universelle.
Avec la lettre de saint Paul (Rm 11,13-32), nous sommes en plein dans l’accomplissement de ce projet de Dieu. L’apôtre Paul s’adresse à des chrétiens d’origine païenne. Leur accueil dans la communauté chrétienne ne s’est pas passé sans de nombreuses tensions. Mais ces étrangers sont de plus en plus nombreux à se convertir au Christ. Le fait que l’Évangile soit reçu par des païens montre à lui seul que Dieu appelle tous les hommes. Pour être entendu par les païens, peut-être fallait-il que l’Évangile ne soit pas d’abord reçu par le peuple juif, se dit Paul. Mais la miséricorde de Dieu n’avait pas dit son dernier mot. Il veut faire miséricorde à tous car il veut que tous soient sauvés. A la suite de Paul et de tous les témoins de la foi, nous sommes envoyés vers ceux qui ne fréquentent pas nos assemblées. L’Église doit ouvrir ses yeux, ses oreilles et son cœur aux appels du monde entier. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ est pour tous.
L’Évangile nous montre qu’avec Jésus cette Bonne Nouvelle est en train de se réaliser. Lui-même vient de se heurter à l’incroyance des siens. Il se retire dans la région de Tyr et de Sidon, en terre païenne ; et c’est là qu’a lieu la rencontre avec la Cananéenne. Sa race, son pays, son passé, tout la rend étrangère et lointaine. On peut comprendre l’hésitation de Jésus : les Cananéens, ennemis héréditaires des Juifs, n’avaient pas le droit de s’intégrer au peuple s’Israël, même s’ils voulaient se convertir. Et pourtant, cette païenne va faire preuve de droiture, d’humilité, de disponibilité, d’humour et surtout d’une foi étonnante qui va faire l’admiration de Jésus. Nous l’avons entendu : « Au moins les petits chiens mangent les miettes qui tombent sous la table de leur maître » (Mt 15,27). C’est une leçon extraordinaire pour les juifs et pour les disciples. Avant la mission de l’Église vers les païens, la foi d’une païenne fait déjà l’admiration de Jésus. Pas étonnant qu’elle obtienne gain de cause.
Voici une femme. Elle est cananéenne, c’est-à-dire issue d’un peuple païen, adorateur du dieu Baal. Pourtant, elle s’adresse à Jésus en le nommant « Seigneur, fils de David », des termes que les juifs emploient pour désigner le Messie. Elle reconnaît donc Jésus comme l’envoyé du vrai Dieu et l’implore de manière insistante, non pour elle mais pour sa fille. Jésus semble étonnamment froid, presque méprisant. Par trois fois, il repousse la demande de la femme, d’abord en l’ignorant, puis en lui répondant qu’il est venu pour son peuple, et enfin en la comparant aux petits chiens. L’évangéliste raconte cette scène en forçant le trait, pour surprendre son lecteur et nous obliger à voir au-delà des apparences la foi vive de cette femme païenne qui force l’admiration. Comme les petits chiens peuvent bénéficier des miettes du repas, les peuples païens peuvent donc avoir accès au grand festin auquel Jésus compare souvent le royaume de Dieu. Avons-nous la ténacité de cette femme lorsqu’il s’agit de prier le Seigneur ? Quel regard portons-nous sur ceux qui n’ont pas la même sensibilité que nous dans l’Église, sur ceux qui ne pratiquent pas le dimanche, ou qui croient autrement ?
Nous venons de fêter l’Assomption ; nous pouvons nous poser la question : qu’y a-t-il de commun entre la Vierge Marie et cette païenne anonyme et méprisée ? Apparemment rien… sauf la foi. Marie et la cananéenne se rejoignent en Jésus Christ. La foi de la cananéenne est une ouverture du cœur, une grande confiance en celui qu’elle implore. Quand tout est désespéré, une mère espère encore. La foi d’une maman étrangère ouvre le cœur de Jésus aux païens.
Comme la Cananéenne, nous supplions le Christ : « Aie pitié de nous, aie pitié de notre monde qui est tourmenté par les guerres, les injustices, les violences, la misère… » Beaucoup sont victimes de fausses accusations qui ne visent qu’à les enfoncer. Le Christ continue à nous envoyer pour témoigner de son amour auprès de tous les blessés de la vie, les malades, les exclus, les prisonniers. Il nous envoie pour porter la guérison autour de nous. Le remède qu’il nous donne, c’est bien plus que des miettes : c’est le don de sa Parole et de son Corps, c’est le don de son Esprit saint.
Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent donc à changer notre regard sur ceux qui ne sont pas de notre bord. Un jour, Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés (autant que je vous ai aimés) » (Jn 13,34). Cet amour du Christ est universel et sans limite. Tous les peuples du monde entier sont invités à acclamer le Seigneur pour cet amour sans frontière. C’est de cela que nous avons à témoigner par nos paroles, nos gestes d’accueil, de partage et de solidarité.
Faisons nôtre la prière de ce chant de John Littleton : “Allez-vous-en sur les places et sur les parvis… Allez-vous-en sur les places y chercher tous mes amis”. Amen
