Dédicace de l´église de l’abbaye de Scourmont
24 octobre 2026
(Jn 4,19-24)
« Je les comblerai de joie dans ma maison de prière ». Chers Frères, voici donc les mots du Seigneur dont se fait le hérault le prophète Isaïe dans la première lecture. Dans sa maison de prière, c’est-à-dire dans notre église, et plus globalement dans notre monastère ; dans sa maison de prière qu’est aussi notre communauté, notre vie communautaire, Dieu nous comble de joie. C’est évidemment une interrogation qui nous est lancée ici, celle de savoir si oui ou non, nous, les moines de Scourmont, nous sommes comblés de joie. Chacun pourra répondre pour lui-même, mais ensemble, nous pouvons peut-être dire ce qu’il en est de notre communauté, de la grâce qui nous est faite d’y vivre côte-à-côte, d’y accueillir, depuis quelques années, de nouveaux frères. Et puis, bien sûr, ce verbe – combler – qui est au futur, nous rappelant qu’au-delà des difficultés rencontrées, une promesse nous est faite, une certitude d’être sur la bonne voie, un rappel que nous sommes en chemin et qu’il nous serait trompeur de nous arrêter ou de faire demi-tour. La « montagne sainte », sur laquelle le Seigneur nous conduit, nous l’apercevons bien souvent en descendant en nous-mêmes pour y rejoindre la paix qui nous habite, la paix qui s’y construit, celle qui comble de joie. Message d’espérance pour nous, message d’encouragement à aller plus loin, plus profond ; à mettre résolument notre confiance en Dieu, notre temps, notre vie, pour marcher, ensemble, sur ses traces.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que nous sommes « une maison que Dieu construit » dont « la pierre de fondation » est « Jésus-Christ ». Dans cette Eglise que nous formons ensemble, l’Apôtre rappelle que « chacun […] contribue à la construction ». Là encore, occasion pour nous de nous interroger pour percevoir comment nous contribuons à cette construction. Est-ce que je construis, par mes différentes attitudes, ou est-ce que je détruis, j’entrave la construction ? Que construisons-nous ensemble, finalement ? Il y a là un discernement à opérer, discernement qui, une nouvelle fois, ne peut s’éclairer qu’à partir de notre profondeur, d’une écoute en profondeur. Car, comme le dit saint Paul, c’est Dieu qui construit. Alors suis-je capable, dans l’épaisseur du quotidien, de découvrir ce que Dieu construit ? Suis-je à l’écoute, à son écoute ? Suis-je capable, dans l’épaisseur du quotidien, de participer, de me laisser entraîner dans ce que Dieu construit avec moi et avec mes frères, ensemble ? Dieu nous parle, comme communauté. Voilà peut-être un dialogue que nous pourrions avoir : qu’est-ce que j’entends de ce que Dieu dit à ma communauté, de ce que Dieu nous dit ? Est-ce que nous entendons la même chose ? C’est peut-être, là aussi, une question qui pourrait être posée lors des visites régulières : selon vous, qu’est-ce que Dieu dit à votre communauté ?
Dans l’évangile, Jésus ne nous envoie ni « sur [une] montagne, ni à Jérusalem », mais il nous invite à adorer « en esprit et en vérité ». Peut-être un appel à plus d’intériorité, en tout cas invitation à se mettre à l’écoute de l’Esprit à la suite de Jésus. Une chose est sûre : la Samaritaine rencontre un homme, Jésus, qui la remet en route, qui l’envoie vers ses frères, parce qu’elle a rencontré l’amour qui fait grandir et qui rend libre, l’amour – la pierre angulaire – de toute Eglise, de toute communauté.
Je terminerais avec les mots de Frère Christophe de Thibirine : « ‘Père, entre tes mains, je me remets (Lc 23,46). Oh ! il me semble qu’ici Jésus nous donne de voir ce que c’est en vrai cette MAISON du Père. Pas un bel édifice : ni temple, ni mosquée, ni synagogue, ni chapelle. La maison du Père, c’est : entre tes mains. Maison de prière ouverte. Maison de solidarité : pour des frères. Là Jésus habite : à demeure. Fils bien aimé : il attire tout. Il y a place pour chacun […]. Là : ni deuil, ni cri, ni souffrance. La joie arrive, le Don. » Alors, je reprends : La maison du Père, c’est « entre tes mains », entre ses mains : des mains qui recueillent, qui protègent, qui élèvent. « Entre tes mains. Maison de prière ouverte » : une ouverture pour accueillir ; une ouverture aussi pour rester ouvert, disponible, à l’écoute. « Maison de solidarité : pour des frères ». S’en remettre entre les mains du Père, c’est aussi se remettre dans les mains de ceux qu’il me donne pour frères. Quelles sont nos mains : mains ouvertes ou poings fermés ? Là encore, appel à cet accueil de l’autre, à ouvrir un peu plus davantage, chaque jour, nos mains crispées, trop sûres d’elles-mêmes, inattentives. « Il y a place pour chacun », nous dit Christophe, « La joie arrive, le Don. » En cette fête de la dédicace de notre église, puisse-t-elle être, puissions-nous être, ouverts, accueillants, fondés, imbriqués sur la pierre angulaire.