A 17 MATTHIEU 13, 44-52 (21)                                                                                         Scourmont : 26.07.2026

Frères et sœurs, les deux premières paraboles que nous venons d’entendre nous parlent de deux hommes qui découvrent le Royaume des cieux dans des circonstances bien différentes. Le premier, probablement un paysan, trouve subitement un trésor dans un champ qui n’est pas à lui. Il n’était pas dans une attitude de recherche ou de quête, mais voilà que le Royaume se révèle et se propose à lui. Il ne savait pas qu’un tel trésor existait. Jamais il ne l’avait imaginé... Sa joie est donc proportionnelle à une telle surprise : elle est débordante !

Le deuxième est un homme d’affaires. Il était, de par son métier, à la recherche de perles fines. Il travaillait probablement avec des connaisseurs. Voilà que l’un d’eux lui en présente une perle d’une rare valeur. Ce commerçant de métier était à l’affût des opportunités. Il ne laisse donc pas une telle aubaine lui échapper et se réjouit d’avoir fait une si bonne affaire. Il est l’homme attentif aux signes de Dieu dans sa vie et lorsqu’il les discerne, il met tous les moyens en place pour les suivre.

Dans les deux cas, celui qui se trouve devant l’évidence du Royaume doit vendre tout ce qu’il possède pour pouvoir acheter ce trésor ou cette perle. C’est dire que le Royaume n’a pas de prix et que le bonheur ou la joie qu’il procure dépasse de loin toutes nos attentes ! Qu’est-il donc ce Royaume pour procurer à ceux qui le trouvent une telle plénitude ? Aujourd’hui comme il y a deux mille ans, ces petites paraboles nous interpellent : Jésus est notre trésor ou notre perle fine. Savons-nous encore nous laisser surprendre ou émerveiller devant un tel don ?

La troisième parabole est racontée, non depuis la perspective de l’homme qui trouve le Royaume, mais depuis celle de Dieu. Le Royaume, comme un filet qu’on jette en mer, est jeté sur tous, bons et méchants, donnant à chacun l’occasion de l’accueillir. Dieu, qui a créé tous les hommes, étend son filet de miséricorde sur tous les hommes. Personne n’est exclu de son dessein de salut qui est offert à chacun, sans faire de différence entre les personnes. De son côté, Dieu met tout en place pour que les hommes le connaissent. Qu’on soit à sa recherche, comme le commerçant en perles fines, ou qu’on ne le soit pas explicitement, comme le paysan qui tombe sur un trésor sans l’avoir jamais rêvé, ainsi Dieu s’arrange pour entrer dans nos vies, dans chaque vie. Être disciple, c’est d’abord prendre conscience que c’est toujours en premier lieu Dieu lui-même qui est à l’œuvre afin de se révéler au cœur de chacun. Ce ne sont pas nos projets qui font venir le Royaume, mais c’est la voix intérieure de Dieu qui, par des chemins intérieurs et souvent détournés, séduit silencieusement les cœurs. C’est le lot de beaucoup de ceux qu’on appelle les convertis, ou qui demandent le baptême à l’âge adulte, et ils sont nombreux.

Si nous comprenons cela, dit Jésus dans la quatrième parabole, qui tient en une phrase, nous sommes « des disciples du Royaume comparables à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Mt 13,52). Un disciple du Royaume n’est plus à la recherche de la perle rare, puisqu’il l’a trouvée, il est désormais comparé à un propriétaire, à un maître de maison ou à un père de famille dont la richesse est assurée. Son trésor, c’est Jésus qu’il a rencontré et qu’il aime et dont il tire une joie incomparable. De ce trésor qu’est Jésus, il tire du neuf et de l’ancien.

« Le neuf », pour le disciple, c’est l’amour de Jésus qui l’émerveille chaque jour. Il l’a rencontré comme Pierre, Paul, François d’Assise, Charles de Foucauld et bien d’autres.

« L’ancien », c’est tout ce qui nous préparait à accueillir Jésus et sans quoi on ne l’aurait jamais reconnu comme Christ : il s’agit de la des paroles de la Bible, de l’Évangile. Voilà une claire invitation à méditer sans cesse les Écritures !

Dans une première conversion, chacun choisira l’image qui lui est la plus parlante. Quels sentiments naissent en nous face à cette trouvaille dans notre cœur et notre esprit ? Dans la vie, chacun découvre Jésus pour la première fois, ce n’est plus celui prêché par la famille, par la paroisse ou par l’école et connu intellectuellement ou dans la pratique de la foi. C’est Jésus qui m’aime personnellement. Faire l’expérience de l’amour du Christ en mon âme, c’est découvrir ce trésor, cette perle, ce filet. Cette certitude peut venir d’une façon progressive ou bien soudaine comme l’éruption imprévue d’un volcan. Chaque chrétien vit son histoire personnelle avec Jésus. Cependant, chacun a pu dire à un moment : « J’ai découvert l’amour du Christ et personne ne pourra m’en séparer ». 

Ensuite, vient le moment de la décision personnelle. Dire « oui » à cette rencontre : « aller tout vendre pour l’acheter », « tirer le filet sur le rivage et faire le tri ». Jésus attend notre réponse, attend notre effort pour nous mettre à son écoute et répondre à sa voix. Quelle a été cette part personnelle, cet effort réalisé, cette vente au moment de connaître le Christ ? Il y un avant et un après où est reconnu ce regard d’amour de Jésus qui nous connaît et qui nous suit.

        Il y a ensuite une deuxième conversion. Il faut ensuite vivre de ce trésor, vivre de cette perle, vivre de cette bonne pêche. La deuxième conversion a en soi plus de valeur. Elle ne relève plus de l’euphorie de la première heure, elle a travaillé, elle a souffert, elle a peut-être nié et est revenue. Elle a blessé et a aimé, elle a appris à pardonner, à donner, à servir, à reconnaître le visage de Jésus dans le pauvre et le petit… c’est une longue route. C’est un Jésus profond, confident, fidèle, constant. Est-ce que je vis cette réalité de la deuxième conversion ? Ce n’est plus seulement la découverte et la rencontre avec Jésus, mais cette belle histoire d’amour entre lui et moi, et tous les frères et sœurs, avec cette promesse pour l’éternité.