A 15 MATTHIEU 13,01-23 (19) Chimay : 12.07.2026
Frères et sœurs, écologie et Parole de Dieu pourraient être le thème de ce dimanche s’il fallait en chercher un. Les lectures sont particulièrement évoca-trices : la Parole de Dieu est comme l’eau de la pluie et la neige qui abreuvent la terre (Is 55,10-11) ; Jésus compare la Parole de Dieu à une semence qui tombe sur des terres arides ou fertiles (Mt 13,1-23) et le psaume 64 décrit une contrée riche en récoltes et en végétation. Bref, la parole créatrice de Dieu est profondément liée à ce qu’elle a créé. Autrement dit, l’ensemble de la création, la terre, les végétaux, les animaux, les humains, sont l’expression de la parole féconde de Dieu.
« Pouvons-nous imaginer, en nous détournant du Christ, le grand danger que nous courons ? » C’est une citation de saint Jérôme qui peut nous faire entrer dans le thème de notre méditation de l’évangile de ce dimanche : « Quand nous nous référons au mystère eucharistique et qu’une miette de pain ou une hostie tombe, nous nous sentons consternés. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu, le Corps et le Sang du Christ, qui tombe dans nos oreilles et nous, nous pensons à autre chose. Pouvons-nous imaginer le grand danger que nous courons ? » Se détourner du Christ est perçu comme une perte de la boussole spirituelle, menant à l’égarement, au vide existentiel et à l’isolement. C’est l’abandon de la « Lumière du monde » (Jn 8,12) au profit des ténèbres, de l’illusion et de la souffrance.
Nous connaissons bien la parabole de la semence que nous venons d’entendre. Au point peut-être de ne plus prêter attention à ce qu’elle nous dit. Comment l’entendre de manière neuve, comment la recevoir pour qu’en tombant dans notre oreille, elle devienne nourriture pour nous et nous transforme ? Nous lisons dans le prologue de saint Jean que le Verbe, c’est-à-dire la Parole, « s’est faite chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14). Nous comprenons alors que la véritable semence, c’est le Christ. Le Christ est le Verbe de Dieu. Dans l’exhortation apostolique Verbe de Dieu, le pape Benoît xvi a écrit que la Parole ne s’exprime plus d’abord à travers un discours, fait de concepts et de règles. « Nous sommes mis dorénavant face à la personne même de Jésus. Son histoire unique et singulière est la Parole définitive que Dieu dit à notre humanité » (VD 11).
La Parole a donc non seulement une voix, mais elle a aussi en Jésus Christ un visage. Ainsi, la question véritable qui se pose à nous aujourd’hui dans l’évangile est bien celle-ci : quelle place accordons-nous au Christ dans notre vie ? Comment choisissons-nous de nous laisser transformer par lui ? Quel est le type de relation que nous entretenons avec Lui ?
Jésus nous parle de quatre terrains différents, le bord du chemin, le sol pierreux, le sol envahi par les mauvaises herbes et enfin la bonne terre. Ces terrains bons ou mauvais, c’est chacun de nous. D’un côté, nous avons l’homme au cœur dur. Il refuse la Parole de Dieu car elle ne l’intéresse pas : « La charité, le pardon, l’aumône, très peu pour lui. Il gagne sa vie honnêtement. Que les autres en fassent autant. La Vierge Marie, les anges, les saints, ce sont des fables ».
Le deuxième terrain, c’est celui qui manque de profondeur. Il a accueilli la Parole avec joie, mais un jour, tout s’arrête : « La Parole de Dieu est vraiment merveilleuse. Jésus est super. L’entraide universelle, c’est formidable. Mais pour l’instant, il a autre chose à vivre : la vie est si courte ; repassez plus tard », dit-il.
Le troisième terrain, c’est celui qui est envahi par les mauvaises herbes. C’est celui où nous nous laissons envahir par les soucis de la vie et la séduction des richesses : « Pensez-vous que j’ai du temps à perdre avec la messe et les prières. J’ai d’autres urgences. J’ai ma famille à faire vivre. Je ne peux pas négliger ma carrière. J’ai un travail exigeant et j’ai aussi besoin de loisirs ». Nous avons là bien-sûr des pièges qui nous détournent de Dieu. Il n’est pas le premier servi, mais le dernier de nos soucis. Et encore : existe-t-il ?
Pour reprendre la parole de saint Jérôme, pouvons-nous imaginer, en nous détournant du Christ, le grand danger que nous courons ? Le véritable appel qui retentit aujourd’hui est un appel à choisir le Christ et à l’accueillir au cœur de notre vie. C’est une invitation à nous laisser rejoindre par le Christ et à nous laisser transformer par lui, par sa vie, par son enseignement, en accordant notre volonté à la sienne.
Par cette humanité assumée dans sa chair, le Christ nous éclaire sur le chemin que nous avons à vivre, un chemin enraciné dans l’amour, l’amour exigeant et profond, le chemin du don de soi par amour. Et nous entendons alors dans cette page d’évangile que celui qui se laisse ainsi ensemencer par le Christ, celui qui choisit de laisser le Christ vivre en lui, celui qui comprend « qu’en dehors de lui, il ne peut rien faire » (Jn 15,5), celui-là porte du fruit.
Celui qui choisit de vivre du Christ, celui-là ne perd rien de lui-même mais au contraire gagne tout. Il grandit en vie éternelle. « Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien – absolument rien – de ce qui rend la vie libre, belle et grande. [...] Le Christ n’enlève rien et il donne tout ». C’est l’un des messages les plus célèbres de Benoît xvi, prononcé le 24 avril 2005 lors de sa messe d’inauguration.
C’est ainsi que nous pouvons comprendre cette phrase énigmatique de l’évangile : « Celui qui a recevra encore et il sera dans l’abondance. Celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a » (Mt 13,12). Celui qui a le Christ ne manque de rien. Celui qui s’attache au Christ trouve ainsi les réponses aux questions qui accompagnent son chemin. Celui qui a le Christ ne craint pas d’affronter les situations difficiles, les moments de crise, les épreuves de la vie car il sait que le Seigneur l’accompagne, qu’il est là présent et qu’il ne le lâchera pas. Celui qui a le Christ ne peut pas désespérer de lui-même ou des autres car il sait, qu’à travers les aléas de la vie, celle-ci a pourtant un sens, une destinée.
Notre assurance, c’est dans le Christ qu’elle se trouve ! Mais celui qui pense y arriver par lui-même, qui se suffit à lui-même, qui met son assurance en ses propres capacités, le jour où les difficultés se présenteront, qu’il ne pourra gérer, se fera enlever même cette assurance et ses capacités qu’il croyait avoir. Rappelons-nous les paroles de saint Paul : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle : ce qui est ancien a disparu… Tout vient de Dieu » (2 Co 5,17).
Sur un terrain favorable, la parole et la présence du Christ ne peuvent que produire du fruit. Ces fruits, ce sont la conversion, la transformation de toute une vie. Ce sont la charité, l’écoute, le pardon. C’est l’engagement auprès des gens les plus mal pris. C’est la justice, la solidarité, le soin du pauvre. C’est la prière, la foi, la spiritualité. Ils sont nombreux ceux et celles qui peuvent dire : « Il a changé ma vie ». Quand l’Esprit Saint est là, le résultat est extraordinaire.
Invoquons l’Esprit Saint pour qu’il ouvre nos cœurs à la présence du Seigneur. Que cette semence qu’est le Christ puisse agir en nous et produire un fruit qui demeure. Dieu enfante encore par sa Parole.
