A SAINT SACREMENT JEAN 06,51-58 (17)
Chimay : 07.06.2026
Frères et sœurs, après le sommet eucharistique du Jeudi Saint, nous nous retrouvons pour la grande fête de l’Eucharistie, celle du Saint Sacrement, Corps et Sang du Christ, appelée autrefois Fête-Dieu. Comme vous le savez, à cette occasion, c’est Jésus lui-même qui se donne en nourriture. Il a voulu nous laisser sa présence sous la forme d’un repas, voire d’un banquet, le banquet eucharistique. Par ce fait même, l’Eucharistie s’offre à nous comme la nourriture essentielle de notre vie humaine, chrétienne et spirituelle. C’est pourquoi Jésus a dit : « Celui qui me mange vivra par moi » (Jn 6,57).
A chacun de nous, le Christ se donne totalement : tout ce qu’il est, et tout ce qu’il a. « Je suis le Pain de Vie » (Jn 6,35). Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous entendons qu’en donnant sa vie, alors qu’il s’apprête à entrer dans sa Passion, le Christ rend grâce à Dieu, c’est-à-dire qu’il signifie que tout lui a été donné par son Père et il remet tout au Père. Et il nous invite à entrer dans ce mouvement avec lui, un mouvement qui nous décentre de nous-même et nous tourne vers Dieu et vers nos frères et sœurs.
Aujourd’hui, dans ce que j’ai à vivre d’heureux ou de difficile, est-ce que je peux rendre grâce à Dieu, c’est-à-dire prendre appui sur lui, reconnaître en lui le Sauveur, comme nous y invite le Deutéronome : « N’oublie pas le Seigneur ton Dieu... » (Dt 8,11) ? Oui, Dieu se donne pour que nous ayons la vie, pour que nous vivions de sa vie. Les textes bibliques de ce dimanche nous préparent à accueillir ce don de Dieu. Le curé d’Ars disait : « Vous n’en êtes pas dignes mais vous en avez besoin ».
La première lecture tirée du Deutéronome (Dt 8,2-16) nous ramenait au viie siècle avant Jésus Christ. Pour le peuple d’Israël, c’était une période de prospérité et d’abondance ; la tentation était grande de croire que cette réussite venait du seul génie des hommes. On se posait la question : « Pourquoi continuer à honorer Dieu alors qu’on est tiré d’affaire ? » Mais la Parole de Dieu est venue le rappeler à l’ordre : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert » (Dt 8,2). La marche dans le désert était un temps de probation. Au cours de cette difficile traversée, Dieu n’a jamais cessé d’être là. Il a multiplié les bienfaits pour assurer la survie de son peuple. Il a fait pleuvoir la manne et jaillir l’eau du rocher. Il a surtout offert sa Parole qui est la nourriture essentielle. Quand le peuple se nourrit de la manne, il reconnaît que tout vient de Dieu. Nous aussi, nous reconnaissons que nous dépendons de lui. Nous qui vivons dans un monde indifférent ou hostile à la foi chrétienne, nous devons réentendre cet appel du Seigneur : « Souviens-toi ! » N’oublie jamais de te nourrir de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie.
Dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 10,16-17), saint Paul insiste précisément sur l’importance de l’Eucharistie. La bénédiction de la coupe et la fraction du pain ne sont pas que des gestes rituels. Elles ne sont pas non plus une simple évocation des gestes du passé. Sous le signe du pain et du vin, nous communions au Corps et au Sang du Christ ; nous faisons nôtre l’amour de Celui qui a livré son Corps et versé son Sang pour nous et pour la multitude. Cet amour qui nous unit à lui doit aussi nous unir à tous nos frères. Nous apprenons à les regarder avec le regard même du Christ, un regard plein d’amour et de miséricorde.
L’Évangile nous propose un extrait du long discours sur le Pain de vie. C’était après la multiplication des pains, près du lac de Tibériade. Jusque-là, Jésus avait demandé à ses auditeurs de croire en sa parole. Aujourd’hui, il franchit un nouveau pas dans la révélation de sa personne. Ce pain dont il parle, il dit que c’est lui-même « le pain vivant » ; il dit aussi que c’est « sa chair donnée pour la vie du monde » (Jn 6,51). Il annonce ainsi sa mort qu’il présente comme don de la Vie éternelle au monde.
Le Pain descendu du ciel, c’est donc Jésus lui-même. Sa chair et son sang sont une nourriture qui donne la Vie éternelle. Aujourd’hui comme autrefois, Jésus nous demande de faire un acte de foi : nous nourrir de son enseignement et boire ses paroles. Elles sont celles du Fils qui nous apporte la vie du Père. Mais pour accueillir ce don, il nous faut sortir de nos certitudes et de nos raisonnements humains. Il nous faut avoir un cœur de pauvre, entièrement ouvert à celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6).
L’Eucharistie est « Pain de vie ». Cette fête d’aujourd’hui doit raviver notre désir de communion avec Dieu pour « demeurer en lui et lui en nous ». Ces jours-ci, quelqu’un disait : « Toute Eucharistie est bien plus forte que tout le mal du monde ». Cette affirmation reflète une conviction profonde : l’Eucharistie est la présence réelle du Christ vainqueur, dont l’amour et la puissance dépassent infiniment toute forme de mal ou de souffrance dans le monde. C’est vrai, à chaque messe, nous célébrons le sacrifice du Christ et sa victoire sur la mort et le péché. Nous rendons grâce à Dieu qui ne cesse de nous combler de ses bienfaits. Malheureusement, nous sommes trop souvent victimes de la routine alors que nous devrions être dans l’émerveillement. Nous arrivons à l’Eucharistie sans transition, sans préparation. Et nous repartons souvent sans avoir pris le temps d’accueillir Celui qui veut faire en nous sa demeure. Et surtout nous n’avons pas compris que nous sommes envoyés pour vivre la communion.
Il nous faut aujourd’hui retrouver la force du message de l’Évangile. Quand nous sommes rassemblés pour célébrer l’Eucharistie, c’est vraiment le moment le plus important de la journée. Malheureusement, beaucoup sont de grands absents : Tout cela n’est pas nouveau. Déjà, au moment où saint Jean écrit son Évangile, il souffre beaucoup de la désaffection des communautés vis-à-vis de l’Eucharistie. Alors, il leur rappelle avec force ce que Jésus avait dit aux juifs d’autrefois : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel » (Jn 6,51).
Que cette Bonne Nouvelle nous mette dans la joie et l’action de grâce, et donne un élan nouveau à toute notre vie.
