A SAINTE TRINITÉ JEAN 03, 16-18 (16)
Scourmont : 31.05.2026
Frères et sœurs, nous voici rassemblés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Sainte Trinité. Avant le Concile Vatican II, le catéchisme en donnait des explications plutôt abstraites. C’est vrai que ce dogme de la Sainte Trinité reste un mystère qui dépasse notre intelligence et nos raisonnements humains. La liturgie de ce dimanche nous invite à y entrer en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu.
La première lecture est tirée du livre de l’Exode (Ex 34,4-9). Pendant que Moïse était sur la montagne, le peuple Hébreu a péché contre son Dieu. Il s’est fabriqué un veau d’or, une idole, et s’est prosterné devant lui, c’est-à-dire qu’il s’est détourné de Dieu. Dans le texte qui nous est proposé aujourd’hui, nous trouvons Moïse qui gravit la montagne une seconde fois. Il implore le pardon du Seigneur pour son peuple et sa demande finit par être entendue. Bien avant Jésus Christ, nous découvrons que le Seigneur « grand et redoutable » est en même temps « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34,6). C’est un Dieu qui aime et son amour va jusqu’au pardon. Il se définit avant tout par sa patience, sa miséricorde et son amour infini.
Dans la deuxième lettre aux Corinthiens (2 Co 13,11-13), l’apôtre Paul nous invite à nous approcher de Dieu un peu plus chaque jour. Comme tous les premiers chrétiens, il partage la foi au Dieu unique. Mais la salutation qu’il adresse aux Corinthiens introduit une grande nouveauté : « Que la grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous… » (2 Co 13,13). Nous recevons ces paroles comme une révélation et une invitation à accueillir l’amour de Dieu trinitaire. Aujourd’hui, c’est la fête de Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit, Dieu qui est Amour. Au jour de notre baptême, nous avons été plongés dans cet océan d’amour qui est en lui. Et bien sûr, ça ne change pas le monde mais ça change tout dans notre vie. Car la Sainte Trinité nous habite, qu’on en soit conscient ou pas.
Dans l’Évangile de saint Jean, nous retrouvons à nouveau cette révélation de l’amour infini de Dieu. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. Ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas mais il obtiendra le Vie Éternelle » (Jn 3,16). Ces paroles font partie de la rencontre de Jésus avec Nicodème. Ce monde dont parle Jésus, c’est celui qui est confus, c’est celui des hommes qui vivent dans l’ignorance, le mal et le péché. Dieu aurait pu venir pour juger ce monde et le détruire. Mais il est plutôt venu en Jésus « chercher et sauver tous ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10), en quête de sens par exemple.
Le vrai Dieu n’est pas celui que beaucoup de monde imagine. Il ne veut pas la mort du pécheur ; il vient pour le sauver. C’est pour cela qu’il nous a envoyé son Fils unique. En Jésus, c’est Dieu qui vient à notre rencontre. Par toute sa manière de vivre, par ses paroles et ses actes, Jésus nous montre ce qu’est l’amour de Dieu. Cet amour apparaît quand il guérit les malades, quand il pardonne aux pécheurs, quand il accueille tous ceux qui viennent à lui, quand il nous apprend à prier cœur à cœur avec le Père.
Cet amour est allé jusqu’au don de sa vie sur la croix. Lui-même avait dit « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Et aujourd’hui, il nous invite à en tirer les conséquences : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). C’est un appel à éliminer de notre vie le poison de la violence et celui des accusations méchantes qui ne font qu’enfoncer les autres. Ces comportements indignes sont une offense grave à celui qui a livré son corps et versé son sang pour nous et pour le monde entier.
Aujourd’hui, nous sommes tous témoins de cet amour qui est en Dieu. Nous vivons dans un monde qui en a certainement besoin. Notre mission aux uns et aux autres, c’est de continuer ce que Jésus a fait. Et c’est pour cela qu’il nous envoie son Esprit Saint, pour « qu’il nous guide vers la Vérité toute entière » (Jn 16,13). À travers notre manière de vivre, nos paroles et nos actes, nous avons à dire quelque chose de l’amour qui est en Dieu. Rappelons-nous cette parole de Jésus : « C’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que vous serez reconnus comme disciples du Christ » (Jn 13,35a).
Après avoir dit toutes ces paroles, nous constatons qu’elles sont pauvres et limitées pour parler de ce dogme de la Sainte Trinité. Un père jésuite, grand théologien et figure de sagesse, prêcha un jour de la sorte pour la Sainte Trinité : « Et si nous ne croyions pas en un Dieu Trinité, qu’est-ce que ça changerait dans notre vie ? » Cette interpellation prononcée, il alla s’assoir, laissant l’assemblée dans un silence méditatif et stupéfait. Disons dans un grand désarroi.
L’évangile de ce jour nous donne des éléments de réponse à cette interrogation vertigineuse. Nous croyons en un Dieu qui aime le monde, qui aime ce monde. Nous croyons en un Dieu qui donne la vie, et qui se donne en Jésus avec joie, son Fils qui « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Nous croyons en un Dieu qui nous donne son Esprit, son Esprit qui façonne notre regard à la manière de Dieu.
Croire en un Dieu Trinité, cela change notre regard. Nous recevons l’invitation à considérer notre monde bouleversé, ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses, avec le regard de Dieu. Un regard qui accompagne et qui espère, une présence qui s’offre. Demandons la grâce d’aimer le monde à la façon de Dieu, d’y déceler la présence du Christ qui nous précède et nous accompagne, d’être à l’écoute de l’Esprit qui nous rend inventifs.
Le plus important c’est la révélation d’un Dieu passionné d’amour pour l’humanité. Jésus nous parle du Père ; il nous apprend à le prier et à nous jeter dans ses bras comme le fils prodigue. Puis il nous envoie son Esprit Saint pour faire de nous des messagers de la Bonne Nouvelle.
En célébrant cette Eucharistie, nous nous tournons ensemble vers ce Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Ce Dieu qui est amour veut nous unir à lui et nous unir les uns aux autres. Heureux sommes-nous d’entrer dans cette communion d’amour. Heureux les invités au repas du Seigneur. Prions ensemble pour que cette communion s’étende au monde entier, qu’elle dépasse les limites de l’Église pour faire de nous un peuple fraternel, heureux de rendre grâce, une magnifique humanité.
