A PÂQUES 07 JEAN 17,01-11 (11)

Chimay : 17.05.2026

Paques7 2026Frères et sœurs, ce 7e dimanche de Pâques nous prépare à la grande fête de la Pentecôte, qui sera célébrée dimanche prochain. Ce jour-là, les apôtres se mettront à proclamer avec force et audace les merveilles de Dieu. Entre temps, ils sont réunis en un même lieu : ils prient, ils réfléchissent et ils attendent. Les textes bibliques de ce jour nous parlent de l’Église en train de naître. C’est une Église en prière.

Le livre des Actes des Apôtres (Ac 1,12-14) énumère chacun des onze apôtres (les douze moins Judas). Dès le début, ils ont été choisis par Jésus. Il les a formés et leur a donné des instructions. Le Livre des Actes mentionne également la présence de quelques femmes. C’est vraiment exceptionnel dans le monde Juif. C’est une manière de dire qu’elles ont un rôle essentiel dans l’Église. Il y a là Marie, la mère de Jésus et quelques membres de sa proche famille. Toutes ces personnes sont réunies pour participer fidèlement à la prière. Il en est de même pour nous : avant de prendre des décisions qui engagent toute une vie, nous commençons généralement par un temps de prière. C’est vrai pour un jeune qui se prépare à être ordonné prêtre. Il va dans un monastère pour quelques jours de retraite. C’est aussi le cas pour des couples qui se préparent au mariage. Quels que soient nos engagements, nous avons tous besoin de ces temps de prière et de réflexion . Ils nous permettent de nous ajuster à ce que Dieu attend de nous.

Chargées d’annoncer l’Évangile au monde, la première communauté chrétienne commence donc par prier. Les uns et les autres se préparent à la manifestation de Dieu qu’ils découvriront quelques jours plus tard. C’est de Dieu qu’ils auront à témoigner jusqu’aux extrémités de la terre. Il ne peut y avoir de mission, sans ce temps de prière. C’est par là qu’il faut commencer.

Cela vaut la peine de se poser quelques questions : Est-ce que nous prions ? Comment prions-nous ? Le Père Guy Gilbert a écrit dans un de ses livres « qu’une journée sans prière, ça ne vaut pas grand-chose ». Si nous prions, ce n’est pas d’abord pour adresser des demandes à Dieu. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous le lui demandions. Le plus important, c’est de nous accorder à son amour et à sa volonté, et de nous en imprégner. Nous ne serons des témoins rayonnants et lumineux que si nous accueillons la lumière qui vient de Lui.

Dans sa lettre, l’apôtre Pierre (1 Pi 4,13-16) insiste sur ce point : il rappelle aux chrétiens la nécessité d’être vraiment reliés au Christ. Ils en ont bien besoin car ils sont affrontés à toutes sortes de persécutions. Aux chrétiens persécutés, Pierre rappelle la béatitude de Jésus : « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute à cause de moi » (Mt 5,11). Mais Jésus les avait prévenus : « Le serviteur n’est pas au-dessus de son maître » (Jn 13,16). Le Seigneur Jésus a connu la persécution, le rejet et la croix. Il en sera de même les chrétiens. Aujourd’hui encore, de nombreux chrétiens continuent à être persécutés et mis à mort en Afrique, en Chine, en Corée du Nord, au Nigéria, au Mexique et dans de nombreux pays islamistes. Ils sont nombreux ceux et celles qui vivent chaque jour avec la peur au ventre. A travers eux, c’est la famille des chrétiens, notre famille, qui est éprouvée. Ensemble, en communion avec eux, nous prions et supplions le Seigneur : qu’il nous garde fermes dans la foi et dans la prière jusqu’au jour où sa gloire se révèlera à tous.

Dans l’Évangile, nous découvrons Jésus en prière. La prière de Jésus nous le montre en totale communion avec son Père. Ils sont liés l’un à l’autre dans une communion éternelle. Les évangiles, particulièrement celui de saint Luc, nous disent que Jésus passait parfois des nuits entières à prier son Père. Cette union dépasse tout ce que nous pouvons vivre à notre niveau. Elle nous dit l’intensité de la prière de Jésus et nous en sommes éblouis. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il veut nous associer tous à sa prière. C’est avec Lui que nous connaîtrons le bonheur de prier.

Aujourd’hui, cette prière de Jésus se situe à un moment important de sa vie : il se prépare à passer de ce monde à son Père. Sa mort sur la croix ne sera pas un échec mais une élévation. Ce sera la grande victoire de l’amour sur la mort et le péché. Au moment le plus dramatique de sa vie, Jésus cherche à partager à ses disciples sa joie d’avoir accompli sa mission. La Bonne Nouvelle a été annoncée aux pauvres. Les petits et les exclus ont été les premiers à l’accueillir. C’est pour toutes ces merveilles que Jésus rend grâce.

En lisant cet Évangile, nous découvrons aussi ce que doit être la vraie prière. Trop souvent, elle n’est que plainte et requête de notre part. Nous ne devons jamais oublier que la plus belle expression de la prière, c’est la louange et l’action de grâce. Nous sommes invités à suivre l’exemple de Jésus qui rendait grâce avant de demander.

Dans notre prière que nous adressons au Père, nous devons souligner le rôle important de Marie, la mère de Jésus. Elle était présente dans le groupe des apôtres. Elle l’est aussi dans l’Église d’aujourd’hui pour accompagner et soutenir notre prière. Nous ne pouvions rêver meilleur accompagnement. Comme autrefois, elle continue à nous renvoyer au Christ et à son Évangile ; elle ne cesse de nous redire : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5). Ce verset est prononcé par Marie dans l’Évangile selon saint Jean. Il est dit aux serviteurs lors des noces de Cana, juste avant que Jésus ne transforme l’eau en vin, constituant le premier signe de son ministère public. Ce verset est considéré, si l’on veut, comme le testament de Marie dans la Bible, orientant la foi vers Jésus.  Et ce que Jésus nous dit, c’est de nous remplir de la source d’eau vive qui est en Dieu et qui jaillit en vie éternelle.

Nous sommes dans le temps pascal, et l’évangile nous rapporte la prière de Jésus juste avant qu’il entre dans sa Passion. Paradoxe apparent seulement, car Jésus est maintenant retourné vers son Père. Cette ultime prière nous donne d’entrer dans l’intimité du Fils et du Père. Au cœur de cette intimité, une même gloire partagée, échangée, dans un commun dessein : le salut de l’humanité. « Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (Jn 17,1). Cette gloire que nous contemplons en ces jours dans le mystère de l’Ascension, demandons à l’Esprit Saint qu’elle nous saisisse et nous donne un surcroît de foi, d’amour, de don de nous-mêmes, au Seigneur et aux autres.

Avec Marie et avec toute l’Église, tournons-nous vers le Christ. Nous nous préparons à recevoir la plénitude de l’Esprit Saint. Nous pouvons lui demander de nous transformer en communauté de prière vraiment fervente. C’est auprès de lui que nous puiserons la force et le courage dont nous avons besoin pour surmonter les épreuves. Et que Marie, la Mère de Dieu, nous apprenne à vivre « pour la gloire de Dieu et le Salut du monde ».