A PÂQUES 04 JEAN 10,01-10 (18) Scourmont : 26.04.2026
Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous montrent les débuts de la prédication de Pierre, entouré des autres apôtres. Ils sont sortis du lieu où ils se cachaient pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Évangile : « Dieu l’a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2,36) a proclamé Pierre. D’entendre cela, les auditeurs eurent le cœur transpercé. La réaction a été immédiate : « Que devons-nous faire ? » (Ac 2,37). Les gens ont été touchés par la prédication de Pierre. Beaucoup se sont fait baptiser : « environ trois mille personnes se joignirent à eux » (Ac 2,41). Pour les auditeurs, c’était vraiment recevoir « la joie de l’Évangile ». Quand on l’a accueillie, plus rien ne peut être comme avant. Nous aussi, nous avons à nous laisser appeler à la conversion et à nous demander : « Que devons-nous faire ? ».
Dans sa première lettre (1 Pi 2,20-25), Pierre s’adresse à des communautés déjà établies qui éprouvent des difficultés. Il les exhorte à se tourner vers ce modèle qu’est le Christ : « Au jour de son baptême dans les eaux du Jourdain, il est rentré dans l’eau, pur de tout péché ; il en est ressorti porteur de tous les péchés du monde. Il les a pris sur lui pour nous en libérer. Injustement traité, il s’en remettait à Dieu ». « C’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Is 53,5), pardonnés et sauvés. L’opprimé qui est conscient de partager la destinée de son Seigneur n’aura plus jamais une âme d’esclave. Il découvrira que « le Seigneur est son berger et qu’avec lui, rien ne saurait lui manquer » (Ps 22,1). Nous avons été appelés à suivre les traces du Christ, notre berger.
C’est précisément cette image du berger que Jésus utilise dans l’Évangile de ce dimanche. Tout au long de son ministère, nous le voyons parcourir les villes et les villages pour annoncer la Bonne Nouvelle. Il y rencontre des foules qui sont « comme des brebis sans berger » (Mt 9,36). Il est remué jusqu’au plus profond de lui-même par leur douloureuse situation. Les autorités religieuses qui auraient dû s’en occuper les ont pratiquement abandonnées. Le prophète Jérémie dénonce ces « misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis du pâturage » (Jr 23,1). Aujourd’hui, le Christ dénonce les pharisiens qui expulsent les brebis du troupeau de Dieu. Il condamne les dirigeants d’Israël (les bergers) qui, par leur mauvaise gestion et leur égoïsme, ont causé la destruction, la dispersion et la perte du peuple (les brebis) au lieu de le protéger et de le guider. C’est un reproche sévère contre les leaders injustes, de ce temps-là et de notre temps.
Dans l’Évangile de ce jour, Jésus se compare également à « la porte des brebis » (Jn 10,7). C’est par lui que nous devons passer si nous voulons être de vrais pasteurs. Ceux qui ne passent pas par la porte sont « des voleurs et des bandits ». Ces derniers ne viennent que pour voler, égorger et détruire. Ce n’est pas le cas de Jésus : il est venu pour « chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10). Il veut que tous les humains aient la vie en abondance (Jn 10,10). Ce berger « appelle ses brebis chacune par son nom » (Jn 10,3). Jésus révèle comment Dieu considère l’homme : non pas comme un numéro sur une carte d’identité, ou un matricule, mais comme une personne, et une personne unique. Aux yeux de Dieu, chacun de nous est irremplaçable.
C’est pourquoi nous chrétiens baptisés, nous sommes envoyés pour continuer ce que Jésus a fait. Mais rien n’est possible sans lui. Il est le compagnon obligé. Tout le travail des communautés chrétiennes doit se faire avec lui. Notre mission n’est pas de travailler pour le Seigneur mais de faire le travail du Seigneur, avec le Seigneur. C’est de lui qu’on reçoit le salut et « la vie en abondance » (Jn 10,10). Nous devons accueillir l’évangile d’aujourd’hui comme une invitation à remettre le Christ au cœur de nos vies et à nous laisser guider par lui.
Ce quatrième dimanche de Pâques est devenu la journée de prière pour les vocations. Nous pensons aux évêques, aux prêtres, aux religieux… Oui, bien sûr ! Mais la vocation, ce n’est pas seulement l’affaire de quelques-uns. L’appel du Seigneur est pour tous. Il compte sur chacun de nous pour être les témoins et les messagers de son amour dans le monde d’aujourd’hui. C’est ainsi que nous pourrons participer à son œuvre de rassemblement : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Il ne nous envoie pas seuls mais les uns avec les autres et surtout avec lui. La vocation de tout baptisé est vocation à devenir disciple du Christ.
Jésus, pendant sa vie publique, nous donne des pistes pour le reconnaître. Il nous dit qu’il est le bon Pasteur, que ses brebis le reconnaissent au son de sa voix, qu’elles savent qui il est, qu’il est la porte d’entrée : elles marchent derrière lui. Marie-Madeleine l’a reconnu à son nom, les disciples d’Emmaüs l’ont reconnu au moment de partager le pain, saint Paul sur la route de Damas… Jésus nous donne des signes pour apprendre à le reconnaître, à entrer en relation avec lui. Saint Ignace, dans ses Exercices Spirituels, nous invite à apprendre à contempler ces éléments sensibles qui sont signes de la présence de Dieu pour développer notre capacité de perception de sa présence.
Les statistiques montrent que la plupart des gens s’occupent mieux de leur animal domestique que d’eux-mêmes en matière de santé… Que dire donc quand il s’agit de prendre soin de notre être ! Suis-je prêt à écouter la voix de Dieu qui me dit qu’il m’aime ? Que malgré ma misère j’ai « du prix à ses yeux » (Is 43,4) ? Une manière simple d’écouter cette voix est de valoriser ce qui nous fait du bien : la prière, les sacrements, les amitiés, la vie familiale, les bonnes lectures, le service, le repos, le sport, la création… Le Seigneur, à travers ses dons, murmure qu’il nous aime.
À chaque messe, nous sommes invités à communier au Corps et au Sang du Christ. Il est la nourriture qui nous est donnée en vue de la mission. C’est en passant par lui que nous pourrons témoigner du Salut qu’il est venu offrir au monde. En communion les uns avec les autres et avec toute l’Église, nous pouvons chanter et proclamer : « Tu es mon berger, ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis » (Robert Jef).
