A PÂQUES 02 JEAN 20, 19-31 (21)

Chimay : 12.04.2026

Easter2Frères et sœurs, « les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des juifs » (Jn 20,19). Pour les apôtres, les lendemains de Pâques ne sont pas joyeux : ils ont peur et ils s’enferment. La rencontre de Jésus ressuscité ne suffit pas à les rassurer, à affermir leur foi, ni à les faire sortir. Il faudra la puissance de l’Esprit de la Pentecôte pour en faire des hommes nouveaux. Les disciples s’étaient cachés dans une salle verrouillée car ils avaient peur, mais le Christ sait démolir n’importe quelle porte et enlever n’importe quel obstacle que nous mettons à travers son chemin.  Malgré cet enfermement, passant outre leurs peurs et les obstacles physiques, Jésus est apparu au milieu d’eux pour leur apporter la paix, montrant ses blessures et les remplissant de joie.

En la fête d’aujourd’hui, Dimanche de la Miséricorde Divine, nous pensons à notre défunt pape, Jean Paul ii, parce qu’il avait une dévotion spéciale à la Miséricorde Divine. En lui, nous voyons un homme qui avait beaucoup de raisons d’avoir peur : quand il était jeune, parce qu’il avait perdu ses parents tôt, dans une Pologne alors dominée par les Nazis ; plus tard il a étudié dans un séminaire clandestin sous l’occupation et la persécution soviétiques. Cependant, il a eu le courage d’ouvrir grand les portes de son cœur au Christ et de mettre sa foi en pratique, le cœur rempli de paix et de détermination.

« La paix soit avec vous ! » (Jn 20,19). Nous entendons ces mots à chaque messe. Le Christ donne sa propre paix et consolation intérieures à tous. Pour ses disciples, cette salutation était une introduction au don et au pouvoir d’absoudre les péchés qu’il était sur le point de leur donner. Dieu a confié à chaque personne ses dons spéciaux, afin d’amener d’autres à connaître et à aimer le Christ. Est-ce que je reconnais et j’apprécie les dons que Dieu m’a donnés ? Est-ce que je m’en sers pour rapprocher les autres du Christ ? Quelles sont mes peurs, qu’est-ce qui me retient de vivre la joie de la Résurrection du Christ ? Est-ce la peur de croire dans le surnaturel, dans ce qui dépasse les possibilités de ma raison naturelle ? Est-ce la peur de ce que les autres pourraient penser si je témoignais du Christ vivant ? Serions-nous des saint Thomas qui s’ignorent ?

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas » (Jn 20,25). On peut facilement reprocher à saint Thomas d’agir avec un manque de foi alors que tous les disciples affirment avoir été témoins de la résurrection du Christ. Peut-être que la mort de Jésus était un tel bouleversement pour Thomas qu’il évitait la compagnie des autres apôtres, honteux d’être parti et blessé dans sa confiance. Cela expliquerait pourquoi il n’avait pas été présent la première fois que le Sauveur est apparu au groupe des disciples. Jésus accepte de donner les preuves que Thomas réclame : par les marques de ses plaies, il guérit Thomas de ses doutes. Sachons aussi reconnaître les signes de Jésus dans notre vie pour nous conforter dans la foi.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29). « Cesse d’être incrédule, sois croyant » (Jn 20,27). Jésus nous invite à une vraie foi en lui. La dernière béatitude de l’Evangile loue ceux qui sont capables de croire sans demander de preuves. Le propre de la foi est justement d’adhérer à ce que nous ne voyons pas, de « voir » en quelque sorte l’invisible en s’appuyant sur l’autorité de Dieu et les signes de son amour et de sa puissance. Jésus s’adresse à toutes les générations de chrétiens et à nous aujourd’hui qui vingt siècles après la Pentecôte, croyons en Jésus-Christ ressuscité ! C’est à nous aussi qu’il adresse ces mots : « La paix soit avec vous » (Jn 20,19). Ouvrons notre cœur pour recevoir la paix que donne Jésus à ceux qui croient en lui.

L’apparition du Seigneur dans nos vies a un bel effet. Avant son apparition la peur régnait au lieu où se réunissaient les apôtres. Quel contraste apporte son arrivée ! Sa présence et ses paroles apportent la paix. Ce Dimanche de la Miséricorde Divine, la paix de Jésus est le premier signe de sa miséricorde pour nos cœurs inquiets.

Pour permettre à la paix de Dieu de s’enraciner fermement dans le cœur des apôtres, Jésus les salue « Que la paix soit avec vous » (Jn 20,21), deux fois, la seconde fois après leur avoir montré ses plaies glorifiées. Qu’est-ce qui pouvait les empêcher de prendre part à cette paix après avoir vu ses plaies glorifiées ? Se rendant compte qu’ils étaient incapables de croire complètement laissés à eux-mêmes, Jésus souffle sur eux et leur donne le Saint Esprit, l’Esprit de paix. Le don de l’Esprit par Jésus est le second signe de sa miséricorde. « Souffle sur moi » pourrait être notre prière.

Thomas était absent quand Jésus apparut aux autres apôtres la première fois. Il ne les croyait pas quand ils lui racontèrent son apparition. Comment pouvait-il croire sans avoir reçu le Saint Esprit ? Il était honnête dans son incroyance. Jésus a montré son amour personnel pour Thomas en lui donnant ce dont il avait besoin pour croire. Cela lui a permis de faire la plus belle profession de foi possible : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28). Jésus vient aussi à ma rencontre et s’adresse à moi personnellement, bien que de manière invisible. L’amour personnel de Jésus est le troisième signe de sa miséricorde.

Enfin, « de même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20,21). Nous tous sommes envoyés comme des missionnaires dans le monde. L’Eglise catholique est une Église missionnaire. Est-ce que j’ai entendu et répondu à l’appel du Christ à la mission ? Nous ne pouvons pas mettre la mission sur pause à cause de doutes comme ceux de Thomas. Nous sommes invités à croire avec les yeux de la foi, bien que nous n’ayons pas physiquement vu le Christ. Nous sommes appelés à faire partie des bienheureux qui croient et qui mettent leur foi en pratique. Si nous croyons nous aurons la vie en son nom et nous aiderons d’autres à croire par le témoignage humble de nos vies.

Les apôtres ont mis un certain temps à comprendre que Jésus était le Messie, car ils s’attendaient à quelque chose d’un peu différent. Un Messie qui meurt, apparemment impuissant, sur une croix : ce n’est pas l’idée qu’ils se faisaient du Messie. Jésus a dû les éduquer petit à petit, pour leur faire comprendre que le Royaume qu’il établissait n’était pas un royaume de la terre et qu’il n’allait pas prendre la tête d’une armée. Il en va un peu de même pour la paix. Jésus leur donne la paix, mais cela ne les délivre pas pour autant des menaces qui pèsent sur eux et à cause desquelles ils se sont enfermés.

La paix que Jésus donne se situe donc à un autre niveau. Le manque de paix vient de la division. Or la division commence d’abord dans le cœur de l’homme, un cœur divisé par le péché. L’un des rôles de l’Esprit-Saint, qui agit comme un baume à l’intérieur du cœur, est justement de permettre de se réconcilier avec soi-même, en recevant le pardon de ses péchés. Cette réconciliation intérieure est indispensable pour qu’une véritable paix puisse venir dans le monde. La paix n’est pas une utopie. Elle commence à l’intérieur de chacun de nous. Et elle ne trouvera sa plénitude que lorsque le Royaume de Dieu, encore en voie de réalisation, s’établira définitivement, dans la Jérusalem céleste.