A RAMEAUX MATTHIEU 26, 14-27,66 (18)
Chimay : 29.03.2026
Frères et sœurs, la liturgie de cette Semaine Sainte nous invite à relire et surtout à revivre le récit de la Passion de Jésus. Cette année, nous le faisons dans l’Évangile de saint Matthieu le jour des Rameaux et dans celui de saint Jean le Vendredi Saint. C’est le Christ doux et humble de cœur que nous sommes invités à contempler en ce dimanche des Rameaux, lui qui entre à Jérusalem sur une ânesse, la monture des rois d’Israël qui ont plu à Dieu.
L’évangile nous dit : « À partir de ce moment-là c’est-à-dire de la première annonce de sa Passion, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour ressusciter » (Mt 16,21). Non que la souffrance ait une valeur salvatrice en soi, mais elle s’avère ici être la conséquence de l’amour de Jésus pour l’humanité poussé à l’extrême. Autant dire qu’il sait ce qui l’attend dans la ville sainte. Son entrée à Jérusalem montre la cohérence du dessein de Dieu, puisque la parole dite par le prophète Zacharie s’accomplit : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne » (Za 9,9).
Il ne s’agit pas d’un hasard, comme en témoigne aussi le « il fallait » employé par les évangiles dans ce type de contexte. Enfin, cette entrée met en évidence la parfaite liberté du Christ. Certes, il aura un moment de recul à Gethsémani, qu’il surmontera non sans lutte, mais dans un abandon total : « S’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » (Mt 26,39).
C’est à la rencontre de ce Christ qui vient à nous « sans ostentation et sans faste » que nous pouvons nous avancer. Car, dit le prophète, « il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix » (Is 42,2). « Il sera doux et humble, il fera son entrée modestement » (saint André de Crète). S’il avait voulu en imposer, n’aurait-il pas agi autrement ? Cette façon de faire en dit long sur le respect que Dieu a de nous, de notre altérité, sur sa soif d’un accueil libre qui ne cède pas au merveilleux, au factice. « Imitons donc ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour étendre sur son chemin, comme eux l’ont fait, des rameaux d’olivier, des vêtements ou des palmes. C’est nous-mêmes qu’il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, par l’humilité du cœur et la droiture de l’esprit, afin d’accueillir le Verbe qui vient (Jn 1,9), pour que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir » (saint André de Crète).
Le prophète Isaïe et saint Paul nous présentent Jésus comme le “serviteur” qui se laisse instruire. Lui, qui est la Parole de Dieu faite chair, a accepté de se taire. Il n’a pas résisté aux cris de ses ennemis. Lui, le Fils de Dieu, ne s’est pas dérobé aux outrages qui lui étaient destinés comme à un esclave. L’humiliation de la Passion l’a rendu plus proche de tous les malheureux qui n’en peuvent plus. Nous pensons à tous ceux et celles qui sont réduits à la misère, ceux et celles qui sont abandonnés à leur triste sort. Et bien sûr, nous n’oublions pas les très nombreux chrétiens qui témoignent de leur foi jusqu’au martyre. Sur la croix, les bras étendus de Jésus rassemblent tous les humiliés de la terre.
Les premiers chrétiens ont reconnu en Jésus un martyr, un témoin de l’amour de Dieu plus fort que la mort. Défiguré par la violence des hommes, il est déjà transfiguré par le Père ; il est élevé dans la gloire. Désormais toute langue pourra proclamer : « Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11). Cette proclamation biblique, tirée de l’épître aux Philippiens, constitue le cœur de la foi chrétienne, affirmant la seigneurie de Jésus-Christ sur la création après son humiliation sur la croix. Elle exalte Jésus comme Seigneur (Kurios) à la gloire de Dieu le Père, reconnaissant sa résurrection et son autorité universelle.
Nous allons vivre ensemble cette semaine sainte. Nous suivrons Jésus sur le chemin du Calvaire. Sa mort, le vendredi saint, n’est pas un point final. Elle est un « passage » de ce monde vers le Père. C’est ainsi que Jésus est venu nous ouvrir un chemin qui permet à toute l’humanité d’entrer dans la gloire du Père. Les uns avec les autres nous chanterons et nous proclamerons : « Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts. Il est notre salut, notre gloire éternelle » (Lucien Deiss).
L’évangile de la Passion résonne au plus profond de nous-mêmes. Il rejoint ce que nous croyons dans la foi et ce que nous expérimentons dans notre vie. Le peuple est heureux d’acclamer son Seigneur. Le Messie est venu pour lui. Partageant son humilité, Jésus lui a révélé sa grandeur : « Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5). L’entrée à Jérusalem ouvre la voie du ciel à tous ceux qui accepteront de le suivre.
La semaine qui commence est sainte. Elle nous appelle à prier avec Jésus qui va livrer sa vie pour nous. « Restez ici et veillez avec moi » (Mt 26,38). Elle nous donne aussi de rejoindre tous ceux dont l’amour est trahi et la dignité bafouée. Avec le Christ, le mensonge, la trahison et la haine n’auront pas le dernier mot. Son amour est plus fort que la violence. Jusqu’au bout d’une vie donnée, il nous sauve du péché, du mal et de la mort.
À chaque scène, Jésus est parfaitement maître de son destin. Non pas parce qu’il aurait tout décidé de lui-même, mais parce qu’il accomplit la mission du Père : « Mon Père [...], non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux » (Mt 26,39). Le juste a été condamné. Le Fils bien-aimé est exposé sur la Croix. Son histoire se répète encore aujourd’hui. Devant la souffrance, Jésus guide notre réponse : ne pas quitter le Père des yeux ; ne pas détourner notre cœur du cri des hommes. Au pied de la Croix, nous retrouverons la paix.
Le dimanche des Rameaux est porté par les tables de la Parole et du pain. Qui est cet homme ? Pour le connaître, il faut le regarder. Le regarder avec les yeux du cœur. Car il se montre sans tricher. Il s’abandonne à la folie de ceux qui vont le condamner, il se donne sans limites. Cet homme est Dieu abaissé jusqu’à l’ultime pour nous élever avec lui dans la gloire. Telle est la toute-puissance de l’amour.
Aujourd’hui, le Christ nous appelle à lui rester fidèles. Au seuil de cette grande semaine, implorons son amour.
Nos cœurs ne sont-ils pas comme ceux des disciples : un jour remplis de joie et déterminés à suivre Jésus, et pourtant capables dans le même temps de se laisser aller à nos colères, jalousies, égoïsmes, lâchetés. N’ayons pas peur de nous présenter à Jésus avec nos cœurs mêlés : il nous regarde avec une infinie douceur. Osons lui dire tout notre amour : il l’accueille avec reconnaissance. Osons aussi déposer devant lui notre misère. C’est pour chacun de nous qu’il s’avance aujourd’hui vers sa Passion, pour nous sauver, nous rendre libres.
