A 06 MATTHIEU 05,17-37 (12)

Chimay : 15.02.2026

A6 2026Frères et sœurs les textes bibliques de ce dimanche nous parlent d’un Dieu qui a vu la misère de son peuple. Cette misère, c’est celle qui vient du péché, de l’égoïsme et des divisions. Le grand projet de Dieu, c’est de nous en libérer. Toute la Bible nous dit qu’il est « venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus » (Lc 19,10).

Pour accomplir cette œuvre de salut, il nous propose plusieurs étapes. Dans un premier temps, il nous donne des règles ou des commandements qui nous aideront à vivre en harmonie. Quand on vit en société, il est important de se respecter les uns les autres. On ne peut pas faire n’importe quoi. La première lecture tirée de Ben Sira le Sage (Si 15,15-20) nous dit que nous avons à choisir : d’un côté, la vie qui résulte de l’observation des commandements ; de l’autre, la mort qui est la sanction de l’orgueil. Le Seigneur veut nous libérer de tout ce qui détruit notre vie. Il nous invite à accueillir ses paroles qui sont celles « de la vie éternelle » (Jn 6,68). Dieu a donné la liberté aux hommes, toutefois il ne les abandonne pas à eux-mêmes pour choisir entre le bien et le mal.

Dans la seconde lecture, saint Paul (1 Co 2,6-10) s’adresse à des chrétiens venus du monde païen. Ils ont accueilli le message de l’Évangile. Mais aujourd’hui, il les invite à vraiment faire “le choix de Dieu”. Pour nous en parler, il n’utilise pas la prétendue « sagesse de ceux qui dirigent le monde » (1 Co 2,6), ceux-là même qui ont commis l’infâme injustice de crucifier « le Seigneur de gloire » (1 Co 2,8). « Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse aux yeux de Dieu » (1 Co 3,19). Cette expression, tirée de la théologie paulinienne, signifie que les valeurs de l'Évangile – notamment la croix, l’humilité, le pardon et l’amour – contredisent la logique humaine axée sur la puissance, la réussite et la sagesse rationnelle. Ce qui semble faible ou absurde au monde est, pour Dieu, la véritable sagesse qui sauve.  C’est dans cette sagesse de Dieu que nous trouvons la vraie vie. L’Esprit Saint fait de nous des adultes dans la foi. Il nous aide à aller à contre-courant de la mentalité du monde et à vraiment entrer dans le projet de Dieu. Le projet de Dieu pour l’humanité dépasse toutes les espérances.

Dans l’Évangile, Jésus revient sur la loi qui a été transmise par Dieu aux anciens. C’était un minimum indispensable à la vie en société : « ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper… » Pour Jésus, il est hors de question de supprimer ces acquis ; bien au contraire, il invite ses disciples et chacun de nous à aller encore plus loin. C’est comme dans une famille, la pratique scrupuleuse d’un règlement interne – comme enlever ses chaussures sales à la porte avant de circuler dans la maison – ne suffit pas à la rendre la famille heureuse : il lui faut de la solidarité, de l’accueil, du partage et surtout de l’amour.

Ce qui fait la valeur d’une vie, c’est précisément notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent ; nous pensons à tous les professionnels et bénévoles qui se dévouent auprès des plus fragiles dans les hôpitaux, les centres de désintoxication, les maisons de retraite et à domicile. Tous ces gestes de service prennent valeur d’éternité ; un jour, Jésus nous dira : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

L’Évangile de ce jour nous montre un chemin de conversion ; il ne suffit plus de respecter des lois. Le plus important c’est d’aimer, c’est d’accueillir celui ou celle qui souffre : « Soyez parfaits comme votre Père est parfait… » (Mt 5,48). C’est ce que Jésus a vécu jusqu’au bout : il a accueilli les malades, les lépreux et les exclus de toutes sortes ; de nombreuses paraboles nous disent ce qu’est le véritable amour : nous connaissons celle de la brebis perdue, celle du fils prodigue, celle de la femme adultère. C’est cet amour qui doit transparaître dans nos vies.

Aujourd’hui la question nous est posée : Qui peut aimer de cet amour dont nous parle l’Évangile d’aujourd’hui ? Après l’avoir lu, un prêtre avait posé cette question à l’assemblée ; un enfant a levé la main en disant : « Y-a que Jésus qui peut nous aimer comme cela ! » Il avait raison. Et en célébrant l’Eucharistie, c’est bien cela que nous allons demander au Seigneur : qu’il nous aide chaque jour à vivre de cet amour dont il est la Source.

Ce chemin que Jésus nous montre est difficile. Mais il ne nous laisse pas seuls : il nous donne la force nécessaire pour nous engager dans cette direction. Il ne se contente pas de nous donner des commandements : il nous offre sa grâce ; son Esprit Saint se déploie dans notre faiblesse. Il nous rend capables d’avancer sur le chemin de son Amour.

Jésus n’est pas là pour plaire. Il se tient au sommet de la montagne non pour être vu, mais pour que sa voix porte loin, au plus lointain, jusqu’à nous aujourd’hui. Sa voix s’élève forte et claire, exigeante aussi, pour nous parler de la Loi. Il ne le fait pas pour l’imposer comme un fardeau impossible à porter, ni pour nous mettre à l’épreuve ou pour en rajouter ! Non, son exigence vise un accomplissement.

Accomplir la Loi, c’est accomplir notre vie telle que Dieu la désire pour nous. Ainsi la Loi s’offre comme une lumière dans les méandres et les choix de nos vies. La Loi est cette sagesse dont parle Paul, pas celle du monde, mais celle qui vient de plus loin habiter le plus concret de notre quotidien, de nos relations, de nos engagements, pesant nos paroles autant que nos regards. Elle vient éclairer nos discernements pour que nos « oui » soient « oui », pour que nos alliances s’inscrivent dans celle de Dieu qui est sans retour. Accomplir la Loi c’est, avec le Christ, aller de l’avant, plus loin, jusqu’au bout, sur le chemin vers l’autre et le Tout Autre. C’est habiter pleinement notre humanité pour la conduire à cet accomplissement : que nous ressemblions à Dieu, comme il le veut. Nous sommes invités à prendre une décision, à faire des choix qui ne relèvent pas de la logique de ce monde.

Cette radicalité a été choisie par les saints et nous pourrions nous dire que ceci est réservé à des surhommes. Or ils ne l’étaient pas. Non, c’est bien à chacun de nous que Jésus propose ce chemin. Dieu nous sait capable de vivre cette radicalité, grâce à lui.