A 05 MATTHIEU 05,13-16 (17)

Chimay : 08.02.2025

LumireFrères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui nous guide vers la vraie Lumière. Le prophète Isaïe (Is 58,7-10) s’adresse à un peuple qui revient d’une longue captivité. Il reste encore de douloureuses séquelles de cette terrible période. Malgré tout, la pratique religieuse s’est remise en place. Pleins de bonne foi, ces gens veulent plaire à Dieu. Mais il y a un problème ; et c’est là qu’Isaïe intervient. Beaucoup pensent que Dieu attend les plus somptueuses cérémonies et les meilleurs fruits de la terre. C’est normal qu’on veuille se prosterner devant le créateur du ciel et de la terre en y mettant le paquet.

Mais le vrai Dieu n’est pas comme cela ; il n’exige rien pour lui ni pour sa gloire personnelle. Son bonheur c’est de voir que le droit et la justice animent les relations entre nous. Sa grande joie, c’est que nous vivions ensemble comme des frères et sœurs. Notre attention doit se porter vers les plus faibles et les plus pauvres : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui qui tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable » (Is 58,7). Nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer le prochain. Nous sommes faits pour être à l’image de Dieu. Si tu sais partager, nous dit le prophète Isaïe, alors « ta nuit sera comme la lumière de midi » (Is 58,10).

L’apôtre Paul (1 Co 2,1-5) a lui aussi le souci de nous montrer celui qui est la vraie lumière. Son message n’a rien à voir avec la sagesse des hommes. Lui-même n’est pas un accrocheur à la parole convaincante. Contrairement aux gens de Corinthe, il n’a rien d’un tribun éloquent. II n’a aucun don pour manier les foules. Mais il croit en l’amour fou d’un Dieu qui se laisse crucifier. Pour les Corinthiens, c’était inimaginable. Et pourtant, c’est de cela qu’il veut témoigner de toutes ses forces. Il ne cherche pas à convaincre les foules avec des arguments humains. Mais il croit en l’Esprit Saint qui agit en lui et par lui. Il a compris que la foi ne repose pas sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu.

Ce dimanche, le Christ nous appelle lumière et sel de la terre. Que pouvons-nous retenir de ces textes ? On parle souvent de nouvelle évangélisation. Le pape François nous recommandait souvent de rejoindre les “périphéries”. Mais aujourd’hui comme aux premiers temps, il y a une chose que nous ne devons jamais oublier : ce n’est pas nous qui agissons dans le cœur des gens ; c’est le Christ qui agit en nous et par nous. Il nous envoie son Esprit Saint pour que notre témoignage porte du fruit. Ce qui nous est demandé comme à Paul, c’est de nous effacer devant celui que nous montrons. Si nous recherchons l’admiration, la considération et la popularité, nous faisons fausse route.  C’est la foi qu’il s’agit de susciter en témoignant du Christ mort et ressuscité.

Dans l’Évangile, nous voyons des disciples rassemblés autour de Jésus sur la montagne. Il leur dit : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). C’est aussi cela qu’il redit à chacun de nous qui sommes rassemblés autour de lui. C’est à nous, disciples du Christ, d’être des reflets authentiques de la vie et de l’enseignement de Jésus. Il nous confie d’être ce qu’il est lui-même « lumière du monde ». « Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). C’est toute la communauté chrétienne qui est appelée à devenir “lumière des peuples”. Il s’agit pour nous de nous engager activement dans des actions de salut, de libération et de défense des pauvres.

En écoutant ce message, nous pensons bien-sûr à ceux qui exercent un ministère dans l’Église. Ils sont amenés à proclamer explicitement le message de l’Évangile. Mais il y a une autre forme de témoignage qui peut se passer des mots de la foi : c’est celle du rayonnement de la vie. Avant d’écouter les chrétiens, on les regarde vivre. S’ils ont le sens de l’accueil, du partage et de la solidarité, leur vie parlera plus que leurs paroles. Dans son Évangile, Matthieu insiste très fortement sur ce point : que la vie des chrétiens, leurs actes et leurs “belles actions” aient une force d’attraction, de rayonnement et d’attirance.

Nous vivons dans un monde de laïcité, de sécularisation et d’indifférence. Dans beaucoup de pays, les chrétiens sont persécutés bien plus qu’aux premiers siècles de l’Église. Dans ces conditions, il est difficile de parler explicitement du Christ et de l’Évangile. Mais nous pouvons témoigner par “la beauté et la bonté de nos actions”. Cet appel nous rejoint dans notre vie de tous les jours : appel à refuser la colère et la haine dans nos relations humaines, appel à nous réconcilier avec nos frères, volonté d’aimer ses ennemis et de prier pour eux. Le Seigneur n’attend pas de nous de belles paroles mais une “belle conduite, un comportement bon et beau”.

C’est notre façon de vivre et de “bien agir” qui doit poser question à tous ceux et celles que nous rencontrons. En venant à l’Eucharistie, nous sommes accueillis par Celui qui est la Lumière du monde. C’est parce que nous sommes rassemblés autour de lui “sur la montagne” que nous pouvons devenir à notre tour Lumière du monde. C’est lui qui nous envoie pour être ses témoins dans ce monde.

Nos cinq sens sont comme des fenêtres ouvertes sur le monde, ils nous permettent de découvrir ce qui nous entoure de manière sensible grâce à notre corps. Dans ce texte d’évangile, Jésus fait appel à deux de nos sens pour nous convoquer à l’authenticité de notre vie chrétienne, le goût et la vue : « Vous êtes le sel de la terre », « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13-14). Nous sommes appelés à donner du goût à la vie comme le sel en donne aux aliments. Ne soyons pas fades, sans joie, sans élan missionnaire. Par notre baptême, nous sommes appelés à rayonner de la lumière de Dieu sur le monde, à donner la saveur de Dieu au monde et aussi à donner la paix de Dieu au monde. Ainsi appelés et envoyés, nous permettrons à tous et toutes de reconnaître et de louer l’auteur de la vie : notre Père qui est aux cieux.