CHAPITRE VII
VERS LA THEOLOGIE MONASTIQUE
JEAN MOSCHUS, SOPHRONE, MAXIME LE CONFESSEUR
Avec Jean Moschus, Sophrone et Maxime le Confesseur, je voudrais vous présenter une belle filiation monastique. Et qui dit filiation dit aussi paternité et donc fécondité spirituelle.
Ces trois grands moines vous montrent que la théologie dogmatique et la vie monastique ne sont pas déconnectées l’une de l’autre mais que la vie chrétienne, la vie monastique est vraiment unifiante et unifiée et que la théologie dogmatique est pleinement intégrée à la vie. C’est alors qu’elle est "Parole". Ainsi naquit la théologie monastique dont on a perdu le sens depuis le Moyen-âge lorsqu’est apparue la théologie scolastique.
I. JEAN MOSCHUS
Jean Moschus, appelé le tempérant, est surtout connu en raison de son ouvrage Le Pré Spirituel. Jean est né à Damas entre 540 et 550. Très jeune, il entre au monastère Saint-Théodose, près de Jérusalem, entre la Laure de Saint-Sabas et Bethléem. Sophrone l’y rejoindra et deviendra son inséparable ami.
Désirant mener une vie plus austère, Jean se retire à la Laure de Pharan, dans le désert de Juda où il va séjourner dix ans (de 568 à 578). Il entreprend ensuite une série de longs voyages pour s’informer lui-même de la vie monastique que l’on mène dans les monastères de diverses régions. Il désire vivre la xénithia, l’expatriation pour le Christ. Accompagné de Sophrone, il se rend d’abord en Egypte puis dans le désert du Sinaï. Au retour, les deux moines visitent les laures de Palestine, toujours en séjournant longuement dans chaque monastère.
En 602, en raison du meurtre de l’empereur Maurice et des menaces d’invasion persane, la Palestine est peu sûre. Jean et Sophrone quittent Jérusalem pour la Syrie puis, les invasions barbares menaçant également la Syrie, ils s’embarquent pour Alexandrie où ils séjournent une douzaine d’années, accueillis, soutenus par le patriarches successifs de cette illustre cité. Pendant cet exil, ils visiteront les monastères du delta du Nil, non en touristes certes, mais pour lutter contre l’hérésie monophysite (une seule nature dans le Christ) qui gagne du terrain.
En 614, tandis que les Perses envahissent la Syrie, conquièrent Jérusalem, et détruisent les sanctuaires chrétiens, Jean et Sophrone partent pour l’Occident. Ils se rendent à Rome, non sans visiter au passage les monastères chypriotes. Jean meurt à Rome, en confiant à Sophrone le soin de faire connaître la documentation qu’il a rassemblée sur la vie monastique pendant cinquante années de pérégrinations. Sophrone exécutera le testament de Jean. Cela nous vaut de profiter aujourd’hui du Pré Spirituel , perle de la littérature monastique.
Le Pré Spirituel
Ce recueil est constitué d’anecdotes édifiantes et de brèves biographies de moines et de moniales. Ce sont les fleurs cueillies par Jean au cours de ses séjours dans les monastères, d’où le titre de cet ouvrage : le Pré Spirituel parce que l’on cueille des fleurs dans les prés. Je vous propose de nous promener avec lui dans cette prairie.
Jean nous fait faire connaissance avec bon nombre de moines qui cherchent Dieu dans la solitude totale, en cellule isolée ou dans une grotte, ou parfois même dans des lieux très inattendus tels : cellule dans laquelle on s’emmure, colonne de stylite, tronc d’arbre... bref, des types de logements que nous avons rencontrés en Syrie-Mésopotamie (cf. Chapitre V).
Jean découvre des moines qui n’approchent jamais un être vivant. Ceux-la sont habituellement complètement nus.
L’ascèse est le moyen de parvenir à l’union totale à Dieu. Elle est un combat dont les armes sont la continence, le travail manuel, le jeûne sévère (un seul repas par jour ou par semaine, dont le menu est eau et pain, avec quelques variantes sauf pour les brouteurs qui, eux, comme leur nom l’indique, ne mangent que des herbes crues). Le détachement de tout ce qui n’est pas Dieu est donc un rigoureux renoncement au monde, tel ce Julien qui passe quarante ans dans une grotte sans rien posséder d’autre qu’un habit de crin, un godet de bois et la Bible.
Dans les lieux arides, dans le désert où ils se retirent, les moines rencontrent le diable. Il est l’adversaire dans le combat spirituel. Il suggère des désirs impurs (19), fait naître l’acédie, cette torpeur spirituelle qui pousse à sortir de sa solitude pour retourner parmi les hommes (62, 63, 135). Parfois, le démon se montre sous une forme visible, tel un dragon (40), ou un jeune homme (161). Il fait tout ce qu’il peut pour troubler et empêcher la prière (152). La tentation, personnifiée par le démon, est toujours aux aguets pour vaincre les hommes. Mais le moine est un lutteur : il résiste à l’attrait du péché. Ses armes varient selon les attaques : il combat l’orgueil par l’humilité, l’avarice par la pauvreté, les souffrances de la vie quotidienne par la sérénité, l’hésychia, la conversation avec Dieu et avec les anges. Une réelle communion s’établit entre les habitants du ciel et les saints de la terre. Il est fréquent qu’un ange apparaisse. Citons ce prêtre injustement incarcéré qu’un ange, sous le traits d’un beau jeune-homme, vient sortir de prison (108). Un autre ange apparaît à une prostituée sous les traits d’un homme qu’elle avait autrefois secouru et obtient qu’on lui administre le baptême (207).
La Vierge Marie (47-48), saint Jean-Baptiste et même l’Esprit-Saint apparaissent en diverses circonstances. Les moines ont confiance en Dieu quelles que soient les calomnies faites à leur sujet; la vérité triomphe toujours (114). Une étoile brille quand se lève la nuit, pour donner le signal de la prière chorale dans un cœnobium (104); une autre étoile brille sur le corps d’un moine que l’on porte au tombeau (6). Une lumière céleste vient éclairer les cellules des moines pour qu’ils puissent lire l’Ecriture Sainte. Cette lumière est parfois si intense que les habitants de la ville voisine se déplacent, croyant qu’il y a un incendie (69) :
L’Abbé Palladius, à qui nous demandions : fais-nous le plaisir, Père, de nous dire comment et pour quelles raisons tu es venu au monastère. Le moine (il était de Thessalonique) nous raconta ceci. Dans mon pays, à l’extérieur des murs de la ville, à environ trois stades, il y avait un reclus, né en Mésopotamie et nommé David, très vertueux, miséricordieux et ascète. Il vécut dans la réclusion quelque soixante-dix ans. Comme les soldats gardaient les murs de la ville la nuit à cause des barbares, ceux qui gardaient le mur du côté où se trouvait le lieu où le moine était reclus virent une nuit que des fenêtres de la cellule le feu sortait. Les soldats crurent donc que les barbares avaient mis le feu à la cellule du moine. Le matin venu, ils sortirent et trouvèrent le moine sain et sauf, la cellule sans dommage et ils furent stupéfaits. De nouveau la nuit suivante ils virent le même feu dans la cellule du moine. Il se montra même longtemps et toute la ville et le pays purent le voir, en sorte que beaucoup passèrent la nuit sur le mur en veillant pour voir le feu. Il en fut ainsi jusqu’à la mort du moine. Ayant vu ce prodige, non pas une ni deux fois, mais souvent, je me dis en moi-même : si en ce monde Dieu accorde une telle gloire à ses serviteurs, laquelle leur réserve-t-il dans le siècle à venir, quand leurs visages resplendiront comme le soleil? Telle fut, mes enfants, la cause pour laquelle je suis venu à la vie monastique.
II. SOPHRONE DE JERUSALEM
Sophrone naît à Damas vers 550 d’une famille très probablement melkite, et donc fidèle aux décisions du concile de Chalcédoine, ce qui explique la position théologique qu’il prendra : la défense des deux natures du Christ dans l’unique personne du Verbe. Sophrone fait ses études dans sa ville natale et devient sophiste (professeur de philosophie). Vous l’avez saisi, Sophrone est familier des deux cultures syriaque et grecque.
Il entre au monastère Saint-Théodose, près de Jérusalem où il rejoint Jean Moschus qui le considérait comme un maître et dont il devient le disciple puis le compagnon inséparable pendant quarante ans, c’est-à-dire jusqu’à la mort de Jean. Les deux hommes nouent une indéfectible amitié spirituelle. La vie de Sophrone se confond avec celle de Jean. A la mort de ce dernier, en 619, Sophrone regagne son monastère palestinien. Il y demeurera jusqu’en 629 environ. C’est pendant cette période qu’il se liera d’amitié avec Maxime, jeune moine de trente ans son cadet. A partir de ce moment là, la vie de Sophrone se confond avec celle de Maxime et avec la crise que va traverser l’Eglise pour la sauvegarde de la foi orthodoxe, crise dont je vais vous entretenir maintenant en vous invitant à découvrir le lien entre la vie monastique et la confession dogmatique. En effet, ce que Sophrone et Maxime confessent dogmatiquement, le monachisme le vit. C’est une véritable expérience dogmatique du monachisme. C’est la théologie monastique au sens fort.
III. MAXIME LE CONFESSEUR
La vie de saint Maxime le Confesseur est indissociable du milieu historique et ecclésial dans lequel il a été plongé. En effet, Maxime fut le héraut et le champion de la foi catholique, témoignant envers l’Eglise d’une fidélité sans faille. Sa pensée théologique fut si juste qu’elle prit pour lui la forme du Maître et s’incarna, le conduisant jusqu’au martyre, dans l’abandon de tous, sinon de son fidèle disciple Anastase qui subit le même sort. Le concile œcuménique de Constantinople III (681) réhabilitera Maxime, grand saint célébré le même jour (13 août) par les Eglises d’Orient et d’Occident.
Maxime vient au monde à l’époque à laquelle Grégoire le Grand arrive à Constantinople comme apocrisiaire, au seuil de ce terrible VIIe siècle qui verra la montée foudroyante de l’Islam, la dislocation définitive de la chrétienté orientale et le rétrécissement de l’Empire byzantin.
Les débuts de la vie de saint Maxime sont mal connus. Deux sources nous sont proposées. Nous avons retenu plus spécialement, parce que plus probable aux dires des spécialistes, la source syriaque, d’origine maronite, proche des événements.
Né en Transjordanie, dans le Golan, d’une mère persane et d’un père samaritain, Maxime est orphelin de bonne heure, à neuf ans, dit-on. Un prêtre de la région le recueille et le confie à l’higoumène Pantaléon du monastère Saint-Chariton, en Palestine, où il va être élevé. Ce monastère palestinien est un grand foyer origéniste et ceci n’est pas sans importance comme nous le verrons par la suite. Très vite Maxime fait la connaissance de Sophrone - le grand défenseur de l’orthodoxie - et, à cette même époque, il rencontre également Jean de Cyzique, qui était alors higoumène au Mont des Oliviers et qui, par la suite, devenu évêque de Cyzique, demandera à Maxime l’explication de passages difficiles de textes de Grégoire de Nazainze et du pseudo-Denys l’aréopagite; ce qui nous vaudra plus tard une partie d’un ouvrage appelé Ambigua .
Lorsqu’en 614 Jérusalem tombe aux mains des perses, Maxime fuit en Asie Mineure, à Constantinople, où il noue des relations avec la famille impériale et de hauts dignitaires de la cour, auprès desquels il vit un certain temps. Il se lie d’amitié avec Anastase, secrétaire de la femme de l’empereur Héraclius. Puis Maxime entre au monastère du mont Saint Elie, dédié à la Mère de Dieu, fondé en 594 par Philippique, beau-frère de l’empereur Maurice et situé à Chrysopolis aux abords de Constantinople, sur l’autre rive du Bosphore.
En 617, Anastase, devenu disciple de Maxime, entre à son tour à Chrysopolis. C’est vraisemblablement quelques années plus tard, en 625, dans ce monastère, que Maxime compose les quatre Centuries sur la charité. Technique inspirée d’Evagre qui, le premier, a mis par écrit ce moyen mnémotechnique utilisé par les moines du désert d’Egypte qui, pour la plupart, ne savaient ni lire ni écrire. Il s’agit de cent courtes sentences ayant trait à la vie monastique, faciles à retenir, porteuses d’un enseignement à mettre en pratique. Maxime écrit quatre centuries, soit quatre cents sentences, à la demande d’Elpidios, un moine de son monastère. Maxime ne cite jamais Evagre pour ne pas se faire une réputation d’Origéniste (car la condamnation d’Origène n’est pas loin...), mais sa pensée a cependant été modelée par la théologie d’Origène, d’Evagre, de Grégoire de Nazianze et du pseudo-Denys.
Il ne faut pas chercher un ordre logique, il n’y en a pas et ce recueil n’est pas fait pour cela; il s’agit de pensées à ruminer. Maxime donne, sous une forme accessible à tout moine, un exposé. Il ne s’agit pas d’une présentation systématique, mais plutôt de "pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu" pour reprendre une expression de Simoen Weil. Il donne à la charité la place centrale qui lui revient. En effet, il montre que l’amour n’est pas subordonné à la connaissance (à la gnose), mais qu’il embrasse tout, qu’il est plénitude, qu’il nous divinise, qu’il est la grande force d’union à Dieu : union du Verbe et de la nature humaine, union des énergies personnelles, union de tous les hommes dans le Christ.
Dans la ligne de Grégoire de Nysse, mais en franchissant une étape de plus, Maxime explique que les passions ne sont pas mauvaises en soi, que tout dépend de ce que l’on en fait. Il ne s’agit donc pas de les refouler, de les retrancher, comme on le fait dire à Evagre, mais il s’agit de s’en libérer, de s’en affranchir, de se laisser purifier et même de se convertir. L’impassibilité (l’apathéia) n’est pas une conquête de la volonté après l’écrasement des instincts, mais c’est une grâce dont Dieu nous juge dignes et par laquelle notre puissance de passions se tourne tout entière vers lui, pour l’aimer lui et nos frères par dessus tout.
Beaucoup ont d’abondance parlé de l’amour. Mais si tu cherches l’amour lui-même, tu ne le trouveras que dans les disciples du Christ. Car eux seuls ont eu pour maître en amour l’Amour vrai, cet amour dont il est dit : Quand j’aurais le don de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères et toute la science, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. Donc celui qui a l’amour a Dieu lui-même puisque Dieu est amour. A lui la gloire et la puissance dans les siècles. Amen. (IV Cent., 100).
Lors d’un séjour dans le monastère Saint-Georges de Cyzique, Maxime a de nombreux entretiens avec l’évêque Jean qui lui demande de formuler par écrit la teneur de ces entretiens. De quoi s’agit-il? De textes difficiles de Grégoire de Nazianze et du pseudo-Denys soumis par Jean à l’éclairage théologique de Maxime. D’où le nom d’Ambigua. Cette collation de textes reflète les difficultés réellement rencontrées par la communauté de Cyzique pour interpréter de manière orthodoxe ces textes auxquels on prêtait parfois des erreurs origénistes telle la préexistence des âmes, l’apocatastase, etc... Mais il ne faut pas pour autant en conclure que les Ambigua sont un traité anti-origéniste, tant s’en faut! Dans cet ouvrage, Maxime exprime sa propre pensée théologique.
De cette période date aussi la rédaction de la Mystagogie, commentaire fait par Maxime, de la divine liturgie. Le moine de Chrysospolis montre à quel point tout l’être du chrétien est impliqué dans la célébration liturgique, rien n’est exclus des Saints Mystères. La liturgie est ascension spirituelle vers Dieu. Là se réalise notre déification.
La pensée théologique de Maxime se forge dans ce cadre monastique tandis que les Perses et les Avars continuent leurs campagnes et assiègent Constantinople en 626. L’empereur Héraclius, tenté de fuir mais vigoureusement soutenu par le patriarche Serge, reste et réussira à refouler les perses au-delà de la Mésopotamie en 628 et à reconquérir Jérusalem en 630.
Constantinople étant assiégée, Maxime est contraint de partir une nouvelle fois en exil. Il fuit en Afrique du Nord, pays natal de son fidèle Anastase. Arrivé à Carthage en 630, Maxime rejoint le monastère grec des encrates (les abstinents) dont l’higoumène est Sophrone. Sophrone sera le supérieur monastique et le Père spirituel de Maxime pendant toute cette période. L’influence de Sophrone semble avoir été décisive dans l’élaboration de la doctrine spirituelle de Maxime. La prise de position de Sophrone engage Maxime à sa suite dans la lutte contre le monothélisme (une seule volonté dans le Christ, conséquence directe du monoénergisme). Ce combat va désormais dominer toute l’existence de Maxime, mobiliser toutes ses énergies et provoquer, par voie de conséquence, des précisions nouvelles sur la place et la fonction de la volonté du Chrétien dans la vie spirituelle.
Dans ce monastère carthaginois Maxime rédige une seconde série d’Ambigua, destinée cette fois-ci au Saint Serviteur de Dieu, Père spirituel et Maître, le Sieur Thomas qui était probablement un moine du monastère de Philippique à Chrysopolis et qui était lié à Maxime par une inconditionnelle amitié. Dans ces Ambigua, Maxime explique cinq passages "obscurs" de Grégoire de Nazianze et un extrait du pseudo-Denys. Il y aborde surtout des questions christologiques sur l’incarnation du Verbe pour bien montrer que la nature humaine du Christ est complète et est assumée par le Verbe.
C’est également au cours de ce séjour africain que Maxime répond aux questions que lui avait posées un moine, Thalassios, higoumène d’un monastère lybien, questions demandant des éclaicissements sur des passages difficiles de l’Ecriture-Sainte et sur des thèmes monastiques touchant l’ascèse, le péché, les vertus, la prière, etc...
Cependant, la spiritualité monastique de Maxime se trouve condensée dans le Liber Asceticus, le Livre ascétique, qui est un dialogue avec un jeune moine, dialogue au cours duquel Maxime présente une grande synthèse théologique de tout le plan de salut offert par le Christ. Au cours de cet exposé, prescriptions et conseils trouvent leur justification et leur explication. Dans la tradition monastique "habituelle", le disciple demande à son Ancien comment être sauvé, tandis que le jeune moine demande à Maxime "Quel est l’objet de l’Incarnation du Seigneur?", question dominant en fait toute l’œuvre de Maxime et à laquelle il répond dans ce traité avec une grande envergure. Cet ouvrage, rédigé dans les dernières années de la vie de Maxime, est un chef d’œuvre de théologie monastique.
En 653, Maxime profite d’une expédition militaire de l’empereur en Arménie pour se rendre à Constantinople afin d’y apporter les décrets du concile du Latran, décrets qui condamnent un document impérial, le Typos demandant le silence à propos de la volonté du Christ. Ce texte promulgué par l’empereur Constant II menace également de sanctions (flagellation, mutilation, déportation...) tous ceux qui n’y obéiraient pas. Il ne s’agit pas pour Maxime de politique, ni de diplomatie, mais de foi au Christ. Il sait qu’il va au-devant du martyre. Il est accueilli au palais impérial, très bien traité; on essaie de le faire adhérer au monothélisme (l’empire a besoin de son adhésion pour que le peuple suive, Maxime étant devenu le grand théologien de l’Eglise d’Orient). Voyant que rien ne le fait fléchir, on commence à le maltraiter, puis on l’envoie hors de Constantinople, en exil dans un monastère de moniales. Il les convertit à la vraie doctrine catholique dithéliste, si bien qu’elles refuseront par la suite de recevoir les sacrements d’un prêtre monothéliste. Pour leur fidélité à la foi, elles périront toutes martyres, brûlées vives.
En juin 654, a lieu le premier procès de Maxime, sous le patriarcat de Pierre. Maxime est envoyé en exil à Byzia tandis qu’Anastase est envoyé dans un exil plus lointain, en Thrace également, dans la prison de Perbéris. Deux ans plus tard, août-septembre 656, a lieu la Dispute à Byzia : deux émissaires de l’empereur, un noble et un évêque, le visitent, ayant pour mission d’essayer de l’amener au monothélisme. En fait, c’est Maxime qui les convertit et ils rentrent à Constantinople pour inviter l’empereur au dithélisme. Maxime est encore plus persécuté et, après un court séjour près Constantinople, à Rhégium précisément, il est envoyé dans un exil plus rude, à Salembrie, puis à la prison de Perbéris où il rejoint son disciple dont il ne sera plus séparé sinon quelques mois avant sa mort.
Le 18 avril 658, Maxime et ses deux disciples, prénommés Anastase, sont convoqués à Constantinople pour une ultime tentative de conciliation avec le patriarche Pierre. Maxime fait lui-même le récit de son procès, procès à l’issue duquel il est envoyé dans un exil plus rigoureux. Enfin, en 662, un synode de Constantinople juge à nouveau Maxime et ses deux disciples. Au terme de ce procès ignoble, ils sont tous trois condamnés à la flagellation, puis à la mutilation de la main droite et de la langue. Après avoir été ainsi promenés dans Constantinople, on les emmène au pays des Lazes (Caucase) où ils arrivent le 8 juin 662. Maxime réussit à se fixer deux baguettes à l’extrémité de son poignet droit et à écrire encore... Le 18 juin, il est séparé de ses deux compagnons et est conduit dans la forteresse de Schémaris, proche du pays des Alains. Il y meurt le 13 août 662.
On raconte qu’après sa mort, trois lampes allumées illuminèrent chaque nuit le tombeau du saint martyre. Ce miracle a continué de se produire lorsque le corps du confesseur fut transporté au monastère de saint Arsène. Ce prodige dura très longtemps. Le concile œcuménique de Constantinople III, en 681, réhabilitera saint Maxime.
Peut-être vous demandez-vous pourquoi cette page tourmentée d’Histoire de l’Eglise et ces discussions théologiques au milieu d’un cours de spiritualité monastique. Tout simplement parce que c’est un moine qui, parce qu’il était moine et vivait la théologie dans toute sa vie, a pris la défense de la foi de l’Eglise jusqu’à donner sa vie.