25 décembre 2007 - Homélie pour la Messe de Minuit
Is 9, 1-6; Tt 2, 11-14; Lc 2, 1-14


H O M É L I E

 

Chers frères et soeurs,

Tout au long de l'Avent, à chaque dimanche -- et même pratiquement à chaque jour pour ceux d'entre nous qui avons pu participer à une messe quotidienne -- la première lecture de la messe était tirée du prophète Isaïe. Nous avons ainsi, en quelque sorte, parcouru tout ce livre d'une grande profondeur spirituelle et d'une grande beauté littéraire. Nous avons lu tout particulièrement, bien sûr, les nombreuses prophéties annonçant le Messie.

Cette nuit encore, notre célébration a commencé avec une lecture d'Isaïe débordante de joie et de lumière, annonçant la paix à ceux qui étaient opprimés, la joie à ceux qui était dans la tristesse. Et ce texte culminait dans une sorte de cri d'allégresse : " un enfant nous est né ", puis dans une autre exclamation : " voilà ce que fait l'amour invincible du Seigneur de l'univers ".

C'est donc à la lumière de ce message de joie, de libération et de paix que nous devons lire l'évangile de Luc que nous venons d'entendre. Dans ce texte, le thème central est celui de la gloire de Dieu - une gloire qui ne se manifeste plus comme dans l'Ancien Testament dans de grandes théophanies, mais dans la petitesse, la fragilité, la pauvreté et l'humilité.

Depuis le moment où les êtres humains ont atteint un degré de développement leur permettant de percevoir, au-delà de toutes les réalités visibles et tangibles, un être suprême avec qui ils peuvent entrer en communion dans une relation personnelle, ils ont été à la fois fascinés et émerveillés par cette présence divine qu'ils ont appelée la " gloire de Dieu ", et qu'ils se sont imaginée comme une sorte de nuée les couvrant et les protégeant. Ainsi, selon leur façon imagée de parler, lorsque Moïse osa s'approcher de la gloire de Dieu sur le Sinaï cette gloire se refléta a tel point sur la peau de son visage, qu'il devait se couvrir la face, car les gens du peuple ne pouvaient plus le regarder. Durant tout l'Exode à travers le désert, la gloire de Dieu reposait sur la tente de réunion, et puis, plus tard, sur le Saint des Saints dans le Temple.

Or, tout à coup, avec la naissance de Jésus tout est changé. C'est avec ce qui semble une pointe d'ironie que saint Luc mentionne l'empereur Auguste, à qui il prend tout à coup le caprice de faire recenser les royaumes qu'il domine. Et Joseph, qui est de la prestigieuse lignée de David, n'habite pas la ville de son illustre ancêtre, mais une petite bourgade sans aucune importance de Galilée et il doit se mettre en route avec sa jeune femme enceinte pour aller s'enregistrer à Bethlehem. Jésus naît à la belle étoile et est déposé par Marie dans une mangeoire (il n'est en effet aucunement mention d'étable, mais simplement d'une mangeoire, sans doute au milieu d'un champ). Près de là se trouvent d'humbles bergers qui paissent leur troupeau. C'est à eux que le messager de Dieu vient annoncer la bonne nouvelle de cette naissance et ce sont eux qui, maintenant, sont enveloppés de la gloire lumineuse de Dieu. Sans hésiter, ils vont voir cet enfant, ce sauveur, qui est né " pour eux ", leur a dit l'ange (Un sauveur vous est né).

Ce n'est plus dans le foudre et le tonnerre, dans de grandes manifestations de puissance que se manifeste la gloire de Dieu, mais dans la faiblesse et la pauvreté d'un petit enfant. C'est en lui que, comme nous disait Paul dans la seconde lecture, " s'est manifestée la grâce de Dieu, c'est-à-dire la beauté de Dieu, pour le salut de tous les hommes ".

Ce petit enfant était annoncé par Isaïe comme le Prince de la Paix, celui qui ferait disparaître la guerre. Comment se fait-il qu'il y ait encore tellement de guerres de nos jours - au niveau mondial comme dans chacune de nos vies. C'est sans doute parce que nous avons oublié ce message de fragilité et de faiblesse et que nous cherchons notre salut et notre " achèvement " dans la puissance et la grandeur.

Ce royaume de paix apporté par l'Enfant de Bethlehem, il nous appartient de le réaliser sur terre, Comment ? Saint Paul, dans le texte de sa lettre à Tite, que nous venons de lire, nous donne la recette, toute simple. Il ne s'agit pas de faire ou de rechercher des choses extraordinaires et brillantes mais tout simplement, dit-il, de " vivre dans le monde présent en hommes (et femmes) raisonnables, justes et pieux ". C'est simple, mais tout est là. Et c'est ainsi que se manifestera en nous et sur nous " la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur ".

Il y a là un message fort dérangeant pour chacun de nous, mais aussi pour notre monde et notre Église : plus nous cherchons la grandeur et la puissance plus nous nous éloignons de Dieu ; plus nous respectons la grâce et la beauté de la fragilité et de la petitesse, plus nous nous approchons de Dieu, qui s'est fait l'un de nous, et plus nous nous laissons transformer par gloire.

Armand Veilleux





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