17 janvier, 1999 -- 2ème dimanche "A"
Jean I,29-34

H O M É L I E

 

L'évangéliste Jean ne mentionne pas du tout le baptême de Jésus par Jean-Baptiste. Cependant, au début de son Évangile, après son Prologue, il rappelle le témoignage de Jean-Baptiste au sujet de Jésus. Ce bref témoignage, que nous venons tout juste d'entendre, reflète la théologie de l'Évangéliste Jean et de sa communauté, à peu près cinquante ans après l'événement. En quelques lignes, ce texte nous donne tous les éléments fondamentaux de l'Évangile de Jean concernant Jésus. Tout d'abord, il est l'Agneau de Dieu ; ensuite, il est pré-existant ; troisièmement, l'Esprit est descendu et s'est posé sur lui ; et quatrièmement, il est le bien-aimé de Dieu. Nous avons là les grandes lignes de toute la christologie de Jean, et donc les grandes lignes de son Évangile.

Réfléchissons un peu sur le titre "Agneau de Dieu". Même si nous entendons ces mots tous les jours à la messe, lorsque le célébrant, avant la communion, élève l'hostie et répète les mots du Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde," et même si nous chantons trois fois ces mêmes paroles à chaque messe, cela ne me semble pas être un titre qui a beaucoup d'attrait pour les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Tout d'abord parce que le symbole de l'agneau n'est pas très parlant pour nous... et ensuite sans doute aussi parce qu'en général nous n'aimons pas trop entendre parler du péché.

L'Ancien Testament utilisait plusieurs noms ou titres pour parler du Messie. Dans l'Évangile, Jésus lui-même n'en utilisa qu'un : "Le Fils de l'Homme". Plus tard les communautés chrétiennes utilisèrent divers autres titres, correspondant à la situation dans laquelle ils se trouvaient. Jésus a donc été appelé : le "Sauveur du monde", le "Serviteur souffrant", "Jésus Christ", le "Seigneur", etc. Le titre "Messie" signifiait évidemment beaucoup pour les Chrétiens qui venaient du Judaïsme mais non pour les Grecs, qui préféraient parler de "Seigneur" (Kurios). De même, dans notre façon à nous de parler de Jésus, nous ne devons pas simplement répéter de vieilles formules sans trop porter attention à leur contenu précis, mais nous devons nous demander qui Jésus est vraiment pour nous.

Avec tout cela présent à l'esprit, quel sens devons-nous donner à l'exclamation de Jean Baptiste : "Voici l'Agneau de Dieu ?" Pour les Juifs, le symbole de l'agneau était un symbole fortement chargé de sens. C'était en effet en immolant un agneau qu'ils avaient célébré leur dernier repas avant de quitter la captivité de l'Égypte. C'était le sang d'un agneau qui avait marqué le linteau de la porte de leurs maisons et avait sauvé leurs premiers-nés ; des agneaux étaient offerts chaque jour au Temple ; et, par-dessus tout, c'était un agneau qu'on chassait au désert chaque année, symboliquement chargé par le prêtre de tous les péchés du peuple.

Et le prophète Isaïe, ou plutôt le poète juif anonyme qui écrivit sous le nom d'Isaïe après la destruction du Temple, ajoute un important développement. Lorsqu'il mentionne l'agneau mené au sacrifice, il n'a en vue aucune personne spécifique, mais il parle du peuple lui-même, réduit à un petit reste. Et ceci est d'une très grande importance.

Premièrement: parce que lorsque Jésus est appelé "Agneau de Dieu" dans l'Évangile de Jean, il est présenté comme incarnant dans sa personne le reste des Juifs fidèles qui avaient sacrifié leur vie à Dieu pour réaliser le salut et la libération de leurs frères et de leurs soeurs.

Deuxièmement: parce que si Jésus est présenté comme l'Agneau de Dieu qui a donné sa vie pour la libération de tout le peuple, et s'il est la tête du Peuple qui est son Corps, la conclusion est claire : La communauté chrétienne tout entière n'a plus à offrir des sacrifices d'agneaux et de pains azymes dans le Temple. Son offrande doit être totale et sincère : elle doit consister à s'offrir soi-même comme serviteur -- le serviteur qui travaille à rétablir l'unité de toute la famille humaine.

Nous pouvons considérer le symbole de l'"agneau" comme démodé et anachronique. Mais nous devons être attentifs à ne pas rejeter la signification profonde qu'il véhicule : qui est notre vocation et notre responsabilité de prendre sur nous la douleur et la souffrance, le travail et les efforts de tous nos frères et soeurs qui n'ont pas encore la liberté et les droits auxquels ils ont droit en tant que fils et filles de Dieu. Et ne pensons pas simplement aux peuples des autres pays qui sont privés des libertés humaines essentielles. Pensons aussi à tous ceux et celles autour de nous qui ont peut-être toutes ces libertés en principe, mais qui ne peuvent aucunement en utiliser à cause de l'oppression de la pauvreté et de toutes autres sortes d'oppression.

Engageons-nous encore une fois, chacun de nous, à continuer l'oeuvre de l'Agneau de Dieu en arrachant le péché de nos vies.