25 avril 1999 -- Quatrième dimanche de Pâques "A"
Actes 2,14...41; 1Pierre 2,20-25; Jean 10,1-10

 

H O M É L I E

 

Dans cet Évangile, Jésus mélange les images d'une façon qui est pour nous un peu déconcertante. Il se compare à la "porte" aussi bien qu'au "pasteur" -- deux images qui sont en réalité complémentaires. On n'a pas ici un enseignement bien structuré, selon notre logique latine, en premier point, deuxième point, troisième point, mais une série d'images comportant chacune un message. Il est donc important de porter une grande attention à chaque élément de ce récit sans trop essayer de voir son lien logique avec les autres éléments.

Il ne faut surtout pas faire une lecture moralisante de ce texte, y cherchant en quoi consiste l'attitude d'une bonne brebis. Ce qui intéresse Jésus ici, c'est de décrire ce qu'est un vrai pasteur, et cet enseignement s'adresse à quiconque a une responsabilité sur le peuple, que cette responsabilité soit d'ordre religieux ou d'ordre politique.

Jésus se présente très clairement comme la porte par où doit passer quiconque veut être pasteur et il compare les pharisiens aux voleurs et aux bandits qui, au lieu de passer par la porte escaladent le mur de l'enceinte. Le bandit vient pour voler, égorger et détruire; les brebis s'enfuient donc devant lui. Jésus décrit, au contraire, sa propre mission comme une mission de vie : Je suis venu pour que les humains aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance. Tout ce qui n'est pas dans la ligne de la vie, et de la vie en plénitude, n'est pas dans la ligne du Christ. On comprend donc pourquoi, ces dernières semaines, Jean-Paul II, Vicaire du Pasteur suprême, a si souvent imploré pour que cessent, dans les Balkans, toutes les missions de mort et de destruction . Celui qui entre dans la bergerie par la voie des airs, pour détruire, ne vient certes pas du Christ. Les brebis ne reconnaissent pas sa voix, sinon pour fuir.

Le pasteur, tel qu'il est décrit par Jésus, ne vient pas pour agir comme maître au sein de la bergerie. Au contraire, il ne semble même pas entrer dans la bergerie. S'il se fait ouvrir la porte par le portier (qui est sans doute le Père), c'est pour appeler les brebis à sortir. Le bercail dont parle Jésus, c'est le Peuple d'Israël, si porté tout au long de l'Ancien Testament, à se replier sur lui-même. Jésus vient appeler ses brebis, chacune par son nom, à quitter cet enfermement pour le suivre sur les routes de son ministère. Il a d'autres brebis, qui ne sont pas de ce bercail, c'est-à-dire qui proviennent des nations païennes. Elles aussi, il les appelle; et toutes formeront un seul troupeau. Ce troupeau n'est pas appelé à rentrer au bercail, mais à suivre Jésus dans sa mission universelle, à travers le désert de l'humanité.

Au cours de cette expédition apostolique à la suite de Jésus, il est inévitable que de temps à autre l'une ou l'autre brebis s'égare. Si l'une, plus courageuse ou plus aventureuse, s'égare (par exemple, dans ses recherches théologiques ou dans ses initiatives pastorales) que fait le Bon Pasteur dont parle Jésus? Il ne la condamne pas, il ne l'excommunie pas, il ne l'enferme pas dans le bercail (qui est maintenant chose du passé). Il la ramène affectueusement sur ses épaules vers le troupeau toujours en marche dans le désert.

Il est assez facile de comprendre comment Jésus est Pasteur. Comment est-il aussi la porte? Car Jésus dit bel et bien: "Je suis la porte". Il est la porte, parce que, dans le mur de la misère humaine, il a introduit des ouvertures. Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reconnu; ils lui ont opposé un mur. Dans ce mur ses plaies ont ouvert des voies de passage. Lorsque Thomas a introduit sa main dans les plaies des pieds et du côté de Jésus Ressuscité, il a reconnu la voix du Maître et s'est écrié: "Mon Seigneur et mon Dieu". Comme dit Pierre, dans la seconde lecture. "Le Christ a souffert pour vous... afin que vous suiviez ses traces... C'est par ses blessures que vous avez été guéris. Vous étiez errants comme des brebis; mais à présents vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous." C'est par les trous béants de ses plaies qu'il est la Porte.

Le Christ souffre toujours, encore aujourd'hui, dans ses soeurs et ses frères. Pour le reconnaître, ces jours-ci, il faut introduire nos mains dans les plaies béantes de nos frères et soeurs du Kosovo et de la Serbie, dans les plaies de leurs corps, comme dans les trous béants laissés par les bombes et les obus. Reconnaissons le Christ souffrant dans toutes les victimes de la guerre et ouvrons bien grands nos coeurs et nos bras pour les accueillir. En même temps, prions le vrai Pasteur d'ouvrir les yeux des "pasteurs" de toutes les nations impliquées afin qu'ils cessent d'envoyer leurs messages destructeurs par la voie des airs et apprennent à se présenter à la porte du dialogue, comme le Bon Pasteur de l'Évangile.