13 mai 1999 -- Fête de l'Ascension, année "A"

H O M É L I E

Le ministère de Jésus a débuté par son baptême dans le Jourdain; et, dans sa dernière apparition à ses disciples après sa résurrection au moment de l'Ascension, il donne à ses disciples le commandement d'aller faire des disciples de toutes les nations par le baptême.

Le baptême de Jésus avait été l'occasion de la première claire manifestation du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, dans toute l'histoire de la Révélation. En effet, lorsque Jésus descendit dans l'eau du Jourdain, l'Esprit se posa sur lui sous la forme d'une colombe, et la voix du Père se fit entendre: "Tu es mon fils bien-aimé". Dans l'Évangile d'aujourd'hui, au moment de sa dernière apparition, Jésus invite ses disciples à baptiser toutes les nations "au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit." L'Évangile s'ouvre et se clôt par la mention du baptême et de la Trinité.

À travers tout son enseignement, Jésus avait témoigné que Dieu était son Père, que tout son être se résumait et s'exprimait dans cette relation au Père, et que le Père et lui étaient un, unis par l'Esprit. Et il nous avait révélé que nous sommes tous appelés à entrer dans cette même relation, et que c'est là un appel qui nous est transmis dans le baptême.

Il y a donc une relation profonde entre le baptême et le mystère de la Trinité. De par le baptême nous devenons fils et filles du Père, dans le Fils, par l'Esprit. Cet Esprit descend alors sur nous aussi et la voix du Père s'adresse aussi à chacun de nous: "Tu es mon fils bien-aimé -- ma fille bien-aimée".

L'usage du baptême était un élément important dans la culture religieuse au Moyen Orient au temps de Jésus. Dans la droite ligne de l'Incarnation, Jésus assuma cette coutume et la transforma dans le sacrement du baptême, tout comme il assuma le rite juif du repas pascal et le transforma en Eucharistie.

Le baptême n'est donc pas un rituel isolé. Du temps de Jésus, la personne qui baptisait -- comme Jean-Baptiste, par exemple -- avait toujours un message à transmettre, et la personne qui se faisait baptiser s'engageait à vivre selon ce message. Cette personne acceptait donc de se soumettre à une conversion. Ainsi, Jésus dit à ses disciples non seulement de baptiser toutes les nations, mais de "leur enseigner à observer tout ce que je vous ai commandé".

De plus, au temps de Jésus, le baptême, comme celui de Jean, était lié à une tradition de vie ascétique. Celui qui baptisait avait normalement des disciples qui vivaient avec lui et formaient avec lui une communauté qui pratiquait le même régime de vie que lui. Et c'est ainsi que beaucoup des premiers Chrétiens, lorsqu'ils recevaient le baptême, adoptaient un tel genre de vie, voyant en cela une façon de réaliser l'appel de Jésus à diverses formes de renoncement radical. Et, comme nous le savons, c'est dans cette tradition ascétique que s'enracine l'appel à la vie monastique.

La vie monastique étant essentiellement liée au baptême, est aussi liée à la Trinité. Par notre existence monastique nous voulons descendre constamment dans les eaux du renoncement, écouter sans cesse l'enseignement de Jésus et son appel à la conversion, de sorte que son Esprit puisse descendre sur nous et que nous puissions entendre nous aussi la voix du Père: "Tu es mon fils bien-aimé".

Si nous gardons le commandement de l'amour, qu'il nous a donné, se réalisera alors la promesse faite à la dernière Cène : "Si vous gardez ma Parole mon Père vous aimera, nous viendrons à vous et nous ferons chez vous notre demeure" -- promesse répétée dans l'Évangile d'aujourd'hui : "Je suis avec vous jusqu'à la fin des âges".

Enfonçons-nous donc toujours plus profondément dans le baptême de notre vie monastique, afin de faire toujours plus intensément et plus continuellement l'expérience de la présence du Père, du Fils et de l'Esprit Nous vies deviendront alors une prière continuelle, parce que l'Esprit du Fils s'unira à notre esprit pour dire "Abba", ce mot qui exprime toute nature du Fils. C'est la prière dont parle Paul aux Romains: "Nous ne savons pas comment prier, mais l'Esprit prie en nous par des gémissements ineffables. Alors, plutôt que de prier nous serons prière.