Le Sacré-Cœur de Jésus C

Juin 2016

 

Frères et sœurs, fêter le Sacré-Cœur de Jésus, c’est célébrer la tendresse et la sollicitude de l’amour de Dieu, incarnées, manifestée, pour nous, en Jésus. Alors pour contempler ce mystère en cette année de la miséricorde, nous avons entendu cet évangile de Luc de La brebis perdue. Vous connaissez le contexte de ce chapitre 15 : les pharisiens et les scribes récriminent contre Jésus parce qu’il « fait bon accueil aux pécheurs et qu’ils mangent avec eux ! », et Jésus leur répond par trois paraboles : la brebis perdue, la drachme perdue et le fils prodigue.

 

Une brebis est perdue, mais rien n’est dit sur le comment ni le pourquoi. Rien, parce que nous n’avons pas besoin qu’on nous le dise ; nous le savons. Nous savons bien souvent pourquoi et comment ceux qui nous entourent se perdent, s’égarent. Nous le reconnaissons plus difficilement, mais nous le savons davantage, quand il s’agit de nous, quand nous nous éloignons du chemin jusqu’à être perdus. Inutile d’en dire davantage…

Par contre, si c’est une chose que de se perdre - sciemment ou non, assumant tant que faire se peut ses propres contradictions, puisqu’après tout, comme on l’entend trop souvent, c’est sa vie, c’est ta vie… -  c’est une autre chose que d’être perdu, d’être perdu pour quelqu’un, d’être perdu pour Dieu. Ce n’est plus simplement ma vie, mais aussi la sienne, la tienne.

En racontant cette parabole aux scribes et aux pharisiens, Jésus tente de les ouvrir au mystère de la relation que Dieu noue avec chacun. L’homme peut s’éloigner, abandonner cette relation, mais Dieu ne le peut pas, Dieu ne le veut pas. Il nous cherchera toujours jusqu’à ce qu’il nous retrouve. Dieu fidèle à son Alliance, et c’est d’abord et avant tout sa fidélité qui est le socle, la garant, l’assurance de notre chemin de vie.

Dieu est ce berger aux cent brebis et non pas un berger aux nonante-neuf brebis, puis nonante-huit, et ainsi de suite. Dans l’économie du salut, c’est son identité et, en quelque sorte, il ne serait plus Dieu, il ne serait plus le Dieu amour, le Dieu de Jésus-Christ, s’il renonçait définitivement à rechercher l’une de ses brebis. Ce qui fait dire à certains qu’il ne s’agit pas ici de la parabole de la brebis perdue, mais du berger aux cent brebis. Nous comprenons alors aisément le débordement de joie - qui est le cœur de cette parabole – joie qui naît d’une vie en cohérence avec son identité, avec son dessein ; d’une vie qui ne s’égare pas ; d’une vie qui donne et partage sa stabilité, sa fidélité.

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les scribes et les pharisiens n’éprouvent pas le même enthousiasme, et nous connaissons, nous aussi, parfois ou souvent, cette dureté de cœur envers ceux que nous considérons comme pécheurs, surtout lorsque la faute ou le manquement que nous leur imputons nous touche personnellement. Dans ce cas, nous préfèrerions bien souvent les voir punis, quelle qu’en soit la manière, et même brièvement s’il le faut, plutôt que de les voir de suite rentrer en grâce, et pire, en joie. Pourtant, quand le bon berger part à la recherche de la brebis, c’est bien à notre propre recherche qu’il se met. Soit parce que nous sommes l’égarée ; ou soit parce qu’en affirmant en acte qu’il est le berger aux cent brebis, il nous déclare que jamais il ne nous abandonnera puisque nous avons tous, chacun, la plus grande importance pour lui. Ainsi quand mon frère est pardonné, quand je pardonne à mon frère, je peux me réjouir, ne serait-ce tout simplement parce que cela signifie combien moi aussi je suis aimé et sauvé. Oui, je ne peux véritablement entrer dans l’amour, la joie, le salut de Dieu que si je consens à être l’une de ces cent brebis, que si je consens à faire une place à chacune des nonante-neuf autres,  à cheminer ensemble même si c’est souvent clopin-clopant. Et comble de la miséricorde, c’est alors même que je m’éloigne des autres, que Dieu vient me chercher pour me redire, pour nous redire, combien ce vivre ensemble est notre seul chemin.

Voici donc la miséricorde de Dieu, le Sacré-Cœur de Jésus ; voilà ce dont nous devons être témoins et acteurs. Oui, à notre tour, à défaut d’être pasteurs, nous devons être passeurs du salut de Dieu pour les hommes. Il nous faut pour cela réduire tous ces obstacles que nous mettons sur notre route ou sur la leur, sur notre unique et commun chemin. Cela passe par bien des égarements mais qui, si nous y consentons, sont suivis par cette quête et ce retour sur les épaules du Christ, épaules où, peu à peu, nous apprenons à aimer. Alors, que la grâce de cette eucharistie en cette solennité du Sacré-Cœur de Jésus, que cette communion, rassemble nos cœurs dispersés, peut-être égarés, pour y incarner davantage le désir de cheminer ensemble.