Noël 2014

Messe du jour

 

Chers frères et sœurs, lorsque l’on est enfant ou lorsque vous étiez enfants, on vous a certainement demandé de faire un dessin pour Noël ou d’inventer une petite histoire. En regardant ou en écoutant votre réalisation, l’instituteur ou l’institutrice pouvait rapidement découvrir quelle idée vous vous faisiez de Noël : ce n’est en effet pas tout à fait la même chose de dessiner une crèche ou un Père Noël.

Aujourd’hui, c’est à moi que reviens la joie de vous partager ce qu’est Noël, ce que je crois ; de réfléchir avec vous sur ce que nous fêtons aujourd’hui avec des centaines de millions d’hommes, de femmes et bien sûr d’enfants.

 

Peut-être,  vous attendiez-vous à entendre l’évangile de saint Luc, avec Joseph et Marie à Bethléem, leur « nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire », les anges, les bergers ou encore les moutons. Cet évangile nous l’avons entendu cette nuit, et ce matin c’est le prologue de l’évangile de saint Jean qu’il nous est donné d’écouter.

J’en reprends la dernière phrase : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » Si je devais donner deux raisons à notre joie de ce jour, deux raisons à l’incarnation, voici donc la première : avec la naissance de Jésus, cet enfant qui est à la fois vrai homme et vrai Dieu, Dieu se révèle à nous d’une façon toute nouvelle. Il se laisse voir et toucher, et se montre ainsi totalement proche de nous : l’ « Emmanuel » ; « Dieu avec nous ». Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine, en reprenant les mots de saint Jean, disait : « Et le Verbe s’est fait frère ». Oui, derrière cette image un peu mythique de la crèche, Dieu vient justement nous dire que notre foi n’est pas fruit de l’imagination, illusion désespérée ou vieille croyance pour vieilles personnes. Non, mais il nous dit : « Tu crois, et je vais t’aider à croire davantage, à croire plus véritablement. Je vais me dévoiler à toi et ainsi te montrer la route à suivre pour incarner ta foi, pour la rendre agissante, pour l’enraciner dans ta vie quotidienne. Viens ! Viens à la crèche ! Suis-moi.»

 

Et voici la deuxième raison de l’incarnation, la deuxième raison de notre joie d’aujourd’hui. Le Verbe fait chair, le Christ, n’est pas venu seulement pour nous révéler Dieu, mais aussi, et c’est peut-être la même chose, pour nous sauver. « Jésus », c’est-à-dire « le Seigneur sauve ». Je reprends ici une autre phrase de notre évangile : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Cette victoire de la lumière, de la vie, sur les ténèbres, sur la mort, c’est déjà Pâques, et l’intensité de la joie de Noël vient de cette victoire. Nous pourrions dire qu’à Noël, nous sommes invités à accueillir dans notre vie quotidienne la victoire pascale du Christ. Comment ? En découvrant que Dieu naît dans les ténèbres de notre monde, de chacune de nos vies, parce que Dieu naît là où nous avons besoin d’un salut, d’un sauveur.

Alors certes, Dieu vient naître là où il y a la joie de Noël, celle d’être ensemble en famille ou en communauté ; celle de l’émerveillement des enfants devant la crèche, les illuminations ou les cadeaux. Mais réécoutons saint Jean nous dire : « le monde ne l’a pas reconnu… les siens ne l’ont pas reçu » ; et saint Luc disant que Marie enfanta dans ce que nous appelons une crèche parce qu’ « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. »

Oui, frères et sœurs, en cette douce fête de Noël, les évangélistes nous disent que Dieu vient naître aussi, et peut-être d’abord, là où il y a pleurs, angoisse, solitude, rejet, parce que c’est évidemment là que nous avons besoin de lui. Dieu, vous le savez, n’est ni dans la dinde, ni dans un paquet cadeau. Et si notre joie de Noël se limite à ces réjouissances, je me permets, comme un rabat-joie, de nous rappeler qu’il faudra bientôt ranger sapin, crèche et autre guirlande ; qu’il faudra reprendre le travail, la vie quotidienne, et qu’il fera certainement froid, noir, triste.

A l’inverse, si nous découvrons que Dieu vient dans notre nuit, alors nous accèderons au sens de Noël, à son espérance, à sa véritable joie, à cette fameuse paix de Noël. Si nous acceptons enfin de lui ouvrir la porte de notre vie quotidienne, de notre chair, de notre crèche, pour oser lui dire lorsque nous traversons une difficulté : « J’ai mal ou j’ai peur... Je suis seul, triste ou perdu », nous permettrons à Dieu de venir naître et grandir dans notre vie et alors Noël sera vraiment Noël.

Certes Dieu ne fera pas disparaître ici-bas toutes ces ténèbres qui nous enserrent, mais il y fera naître, en leur centre, une lumière qu’elles ne pourront arrêter ; une lumière qui, depuis 2000 ans, n’a cessé de se propager de cœur en cœur, d’épreuve en épreuve, de naissance en résurrection, jusqu’à notre joie d’aujourd’hui.