4e dimanche de Pâques C 2019

(Jn 10,27-30)

 

Frères et sœurs, ce petit passage d’évangile commence par quelques mots qui sont tout un programme pour les chrétiens que nous sommes, un programme pour notre journée et pour notre vie : « Mes brebis écoutent ma voix ». Si nous sommes disciples du Christ, si nous voulons marcher à sa suite, si nous voulons vivre de son intimité, il nous faut, il nous suffit d’écouter sa voix. Nous nourrir de sa parole, nous laisser interroger par elle, mais aussi nous réchauffer, nous rassurer au son de sa voix.

Alors, ce matin, écoutons cette voix. D’abord, après cet appel à l’écouter, Jésus nous dit qu’il nous connaît, et nous pourrions préciser qu’il nous connaît mieux, bien mieux, que nous nous connaissons nous-mêmes. Ce qui veut dire, inévitablement, qu’il connaît toutes nos faiblesses, nos petitesses, celles que nous aurions tendance à vouloir lui cacher, celles qui parfois nous laissent croire que nous ne serions pas dignes de le suivre. Jésus nous connaît, il sait quels sont nos tourments, et pourtant il nous dit : « Viens… suis-moi ». Voilà ce que nous devons entendre, écouter au plus profond de nous-mêmes. Comme l’écrivait le pape François : « Nous ne devons pas attendre d’être parfaits pour répondre au Seigneur qui nous appelle, mais accueillir sa voix avec le cœur ouvert. »

Dans cette perspective, écouter sa voix, c’est recevoir, accueillir la vie éternelle : « Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront ». Là encore, nous connaissons nos faiblesses, nos tourments. S’il nous faut du temps pour bien prendre conscience qu’un jour nous mourrons, les années passant, les forces diminuant, nos proches s’en allant, nous comprenons qu’en effet nos grands-parents ont été enfants, et qu’à notre tour, nous partirons. Alors, écouter sa voix, c’est découvrir que dès maintenant la vie, qui est jonchée de morts, est dans sa réalité profonde, intérieure, une vie qui traverse la mort. Écouter sa voix, c’est tendre l’oreille, nous tendre tout entier, pour entendre ce souffle qui vivifie, qui nous anime, qui nous maintient à jamais dans l’éternité.

Ecouter sa voix, c’est aussi être sous sa protection : « personne ne les arrachera de ma main », nous dit Jésus. Ainsi, c’est découvrir un amour qui protège, un amour infaillible qui nous offre un espace de sécurité où toutes les audaces - toutes les audaces de vie, toutes les audaces d’amour - sont possibles. C’est ici que, dans la douleur, la souffrance, les larmes, la révolte, il nous faut croire que nous sommes toujours, que nous sommes quand même, dans sa main. C’est ici, qu’il nous faut encore écouter cette voix, croire en cette voix qui nous dit qu’il est toujours, qu’il est quand même avec nous.

Ecouter sa voix, c’est découvrir aussi comment Jésus nous mène et nous attire au Père, et comment il nous fait entrer dans leur unité, dans leur relation d’amour. Cette main dont nul ne pourrait nous arracher est à la fois celle du Fils et celle du Père, à la fois celle qui donne et celle qui reçoit, dans un même geste, un geste accompli, un geste de la vraie vie. Et c’est à cela que doit nous conduire notre écoute : à la fois accueillir le don qui nous est fait, et en même temps, devenir capable de poser le même geste, le même don. Ecouter sa voix, c’est l’écouter comme lui-même écoute le Père, et prendre ainsi notre part à l’œuvre du Père pour être fils dans le Fils.

Frères et sœurs, lorsque Jésus dit que ses brebis écoutent sa voix, il répond aux Juifs qui lui posent la question : « Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement ! » (10,24). Les Juifs veulent entendre, mais ils ne souhaitent pas écouter, c’est-à-dire se laisser toucher, transformer, par sa parole. Ils veulent aussi certainement davantage savoir que connaître ; et surtout ils ne veulent pas suivre. Ces Juifs ne sont pas de ses brebis.

Et nous ? Face à l’attitude de ces Juifs, quelles sont nos propres contradictions ? Comment nous positionnons-nous par rapport à Jésus et sa Parole ? Est-ce que nous l’entendons, et nous pourrions dire la connaissons par cœur comme étant sans surprise, ou est-ce que nous l’écoutons, nous laissant toucher par elle, comme cette main, celle du Fils, celle du Père, qui nous façonne, nous protège, nous fait vivre ?  

Jean nous dit que « les Juifs firent cercle autour de lui » (10,24), mais force est de constater qu’ils ne perçoivent pas que c’est le Christ qui est là au milieu d’eux. De la même façon, Jésus nous dit qu’il nous « donne la vie éternelle » (28), mais la percevons nous au milieu de nous, au cœur de notre vie ? C’est là qu’il nous faut écouter sa voix, car notre écoute doit changer notre vie, tout en sachant que de ne pas écouter, la changera aussi ! En cette journée de prière pour les vocations, nous pourrions dire que notre vocation à tous, c’est d’écouter, et que c’est à partir de cette écoute que nous trouverons tous, chacun, derrière le seul berger, notre chemin particulier.