Homélie pour le dimanche de la Sainte Famille 2014

 

Comme il y a 8 jours, lors du 4e dimanche de l’Avent, Joseph est le personnage principal de l’évangile. Comme il y a 8 jours, Joseph, obéissant, se met totalement au service de Dieu et de son projet. Il est assurément pour nous un modèle de disponibilité et d’effacement ; un vrai serviteur.

 

Cet homme ne cesse d’agir, de se lever dans des moments capitaux : il prend Marie chez lui ; il sauve Jésus de la main d’Hérode ; il ramène Jésus dans sa terre et s’installe à Nazareth.

 

Si Noël est la naissance du Messie dans notre monde et dans chacune de nos vies, alors Joseph est celui qui veille à ce que cette naissance soit possible et à ce que cet enfant grandisse.

Et donc Joseph, c’est chacun d’entre nous : chacun veillant à accueillir Dieu dans sa vie, à le faire naître et grandir dans nos vies.

 

Si Joseph est le père adoptif du Messie, c’est parce qu’il donne ce qu’il est pour que la vie divine soit possible en lui et autour de lui. C’est pourquoi nous pouvons dire que nous sommes tous père, tous mère : sans cesse, éclairés par la Parole de Dieu, nous avons a posé les actes, comme Joseph, qui font naître et grandir notre vie, notre monde, notre foi. Mais si Joseph est le personnage principal, il n’est pas le personnage central. Celui qui attire toute l’attention et de l’ange, et de Joseph, et même d’Hérode, c’est « l’enfant ».

 

Matthieu met particulièrement en lumière sa place par l’accomplissement de deux citations.

 

D’abord, « D’Egypte, j’ai appelé mon fils. » Comme Israël a trouvé refuge en Egypte au temps de Jacob et de ses fils, et comme Israël a été délivré de l’oppression de pharaon au temps de Moïse, Jésus revit dans sa propre chair cette histoire d’Israël. Matthieu nous dit ainsi qu’avec lui, c’est un nouveau Moïse qui apparaît, une nouvelle Loi, un nouvel Israël ; et surtout que par lui s’accomplit la promesse, le salut. Au début du livre de l’Exode, Dieu disait : « J’ai vu la misère de mon peuple ». C’est donc au fond de cette misère que l’Emmanuel est venu nous rejoindre, et c’est du fond de cette misère que Dieu appelle son fils ; c’est là qu’il veut nous délivrer ; là qu’il peut faire jaillir la vie. Le Dieu fait homme est donc venu épouser notre vie, notre histoire ; ‘faire famille’ avec nous.

 

Et puis il y a cette seconde citation : « Il sera appelé Nazaréen. » Or il n’est pas écrit textuellement dans la Bible que le Messie habiterait à Nazareth, cette ville n’étant tout simplement jamais citée dans l’Ancien Testament. Peut-être alors faut-il y voir l’annonce du rejet du Messie par la Jérusalem politique et religieuse. Oui, le Messie, certes née en Judée, à Bethléem, sera un homme de Nazareth, de la Galilée des nations, des périphéries comme dirait le pape François.

 

Alors s’il nous faut faire un lien avec la fête de la Sainte Famille, reconnaissons que dans cet évangile tous se placent comme en périphérie pour mettre l’autre au centre : l’ange qui stimule l’initiative de Joseph ; Joseph qui protège l’enfant et sa mère ; Marie qui n’apparaît ici qu’en lien avec l’enfant ; Jésus qui ne naît pas dans le faste, qui subit l’exil des opprimés, et qui rejoint ceux qui sont mis de côté. Se déplacer pour donner sa place à l’autre ; donner la vie, jour après jour, pour qu’elle grandisse chez l’autre, voilà ce que nous sommes appelés à vivre dans une famille, dans toute communauté humaine.

 

Par contre, il en est un qui a voulu garder jalousement sa place, sa petite vie, c’est Hérode. C’est finalement lui l’enfant, celui qui n’a pas voulu grandir, qui n’a pas fait les bons choix pour grandir. Et non seulement cela ne le rend pas heureux, mais en plus il fait souffrir les autres en massacrant les enfants de Bethléem, épisode douloureux qui est au centre du passage d’évangile d’aujourd’hui, mais que la liturgie n’a pas retenu puisque nous avons célébré la mémoire de ces enfants hier.

 

Désolé donc de finir cette homélie sur le rappel du massacre des saints innocents ; sur, comme le dit Matthieu en citant le prophète Jérémie,   « des pleurs, une longue plainte : Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, parce qu’ils ne sont plus. » Mais vous savez que l’actualité internationale comme les nouvelles au plus près de nous, sont aussi faites de cela. En ce temps de Noël, en cette eucharistie, demandons au Seigneur de faire de nous, comme Joseph, des serviteurs de la famille humaine capables de faire naitre et grandir Celui qui « vient sécher toutes larmes de nos yeux. »