Homélie du 33e dimanche C

 

En entendant cet évangile, peut-être avez-vous été frappés par son mouvement et sa violence qui semblent peu à peu se rapprocher de nous :

D’abord le Temple qui s’écroule, les bruits de guerre et de soulèvements, les nations qui se dressent, des catastrophes naturelles voire surnaturelles. 

Puis ces mains qui se portent sur les disciples de Jésus, qui les persécutent, les livrent, les jettent en prison.

Et enfin nous semblons pris au piège, lorsque ces mains sont celles de parents, de frères, d’amis et qu’elles livrent, détestent et mettent à mort.

 

Voilà ce qui arrivera avant la fin du monde, avant la parousie, le retour du Christ en gloire. Mais, vous l’aurez noté, voilà ce qui arrive depuis que le monde est monde : guerres, catastrophes naturelles, persécutions. Monde où il nous est demandé de persévérer en attendant le retour du Christ. Et c’est là où ce monde a besoin de salut, là où il crie sa souffrance, que le Christ le rejoint. Comme le disait saint Martin dans un texte que nous avons entendu pour sa fête lundi dernier : « le Seigneur Jésus n’a pas prédit qu’il viendrait vêtu de pourpre, ni avec un diadème éclatant ; pour ma part, je ne croirai à la venue du Christ que s’il se présente avec les habits et sous l’aspect qu’il avait lors de sa Passion et s’il porte clairement les marques de la Croix. »

 

Car cette violence que l’évangile décrit, cette violence qui nous fait peur, s’est aussi abattu sur le Christ. Nous pouvons même nous demander qui était ce Jésus pour que non seulement on le mette à mort sur une croix, après l’avoir humilié et flagellé, mais encore pour qu’on s’acharne sur ses disciples au point que leurs proches se tournent aussi contre eux ? Serions-nous donc les disciples d’un homme, d’un Dieu, dangereux ? Et devons-nous donc craindre son retour ?

 

Jésus est apparu en effet comme un danger et une menace pour les autorités religieuses juives, qui étaient établies, bien en place. Finalement elles étaient comme le Temple bâti pour durer des siècles. Et pourtant il n’en restera pas pierre sur pierre quelques dizaines d’années plus tard.

 

Ces autorités religieuses n’ont ni reconnu, ni accueilli Jésus, mais l’ont rejeté.

 

Et pour nous ? En quoi la venue du Seigneur Jésus pourrait représenter un danger ?

Précisons d’abord que cette venue ne se fait pas comme un éclair, mais plutôt comme le mouvement que notre texte décrit - comme nous l’avons précisé plus haut - c’est-à-dire une approche, une rencontre progressive, allant de l’extérieur au centre de notre vie. Plus nous nous ouvrons à cette venue, plus elle saisit le cœur de notre être ; moins nous lui faisons de place, plus nous la rejetterons en périphérie de nos vies. Ainsi, si nous excluons Dieu de notre quotidien, son retour apparaitra comme une menace, un cataclysme…Et, comme le dit le prophète Malachie dans la première lecture, vides de Dieu, vides de justice, « le jour qui vient nous consumera » comme de la paille.

 

Nous pourrions donc dire que la foi au Christ est un véritable danger, dans le sens où elle n’est pas faite d’habitudes, de petites certitudes, de quelques offrandes extérieures, ou encore d’un peu de son temps pour se satisfaire ou se tranquilliser. Nous ne sommes pas des disciples du Temple, de ce Temple certes grandiose, rassurant, mais immobile, silencieux, lointain.

Oui, nous pourrions dire que la foi au Christ est un danger, car elle est un ébranlement de nos habitudes et certitudes, une incessante fin de notre petit monde, puisque c’est accepter de faire une place à un autre en nous. Il s’agit d’un don intérieur, du don progressif de soi-même. Ainsi, accueillir Dieu quand il vient, c’est devenir le véritable Temple où il veut demeurer et se manifester, le premier lieu de sa rencontre ; devenir son témoin, personnellement et en Eglise.

 

Alors peut-être, cette rencontre entre le ciel et la terre nous conduira-t-elle jusqu’à la persécution « à cause de son nom ». Nous vivrons alors ce que lui-même a vécu, nous lui serons configurés dans sa Passion, sa mort et sa résurrection. Comme il a rendu témoignage au Père, il nous donnera son Esprit pour que nous soyons ses témoins fidèles. Et c’est bien cette vie en Dieu, pour Dieu, que le disciple souhaite dès ici-bas en attendant le retour du Christ qui nous prendra avec lui dans la paix pour vivre dans la communion trinitaire.


Luc n’a donc pas écrit cette page d’évangile pour nous effrayer en nous prédisant un avenir apocalyptique. Bien au contraire, il a voulu nous inviter à la confiance et à la persévérance puisque la promesse se réalisera, « le Soleil de justice se lèvera ».

Notre rassemblement d’aujourd’hui autour de la table de vie est source et signe de notre attente confiante.