Homélie du 27ème dimanche ordinaire « C »

 

 « Augmente en nous la foi ! » Cette demande des apôtres répond aux 2 versets qui précédent notre évangile d’aujourd’hui, des paroles de Jésus sur le pardon. Comme si les apôtres disaient à Jésus : ‘tu as raison, il faut pardonner. Mais franchement, moi, je ne peux pas…’

Dire « je ne peux pas » ou plutôt « je ne peux pas seul… j’ai besoin de ton aide…j’ai besoin de toi », voilà certainement des paroles de foi. Nous pouvons en effet affirmer que nous avons la foi, et trop souvent nous débattre dans la vie comme si Dieu ou les autres n’existaient pas, comme si nous pouvions et devions y arriver tout seul, comme si nous étions seuls, et comme si, finalement, nous n’avions rien à attendre de Dieu.

En se tournant vers Jésus et en lui faisant part tout simplement de ce qu’ils ressentent, les apôtres nous montrent le chemin. Notre foi se vit dans cette confiance au Christ, confiance qui nous autorise à tout lui dire, même le pire, et à ainsi briser notre enfermement. Tout dire au Christ parce que convaincus qu’il pourra nous aider à changer ; tout lui dire parce que finalement, malgré nos capacités et nos qualités, nous reconnaissons aussi nos faiblesses. Nous pouvons ici reprendre l’image de la graine, qui est au départ une boule fermée sur elle-même et qui soudain, sous l’action de l’eau, se brise, s’ouvre à la terre et à la lumière, pour laisser la vie faire son œuvre.

 

Cette image nous montre aussi que la foi n’est pas une adhésion à des vérités qu’il faudrait croire une fois pour toutes, mais une marche quotidienne, une confiance active en quelqu’un. C’est lui qui, par cette graine du Royaume semée en nos cœurs, pourra peu à peu les transformer. C’est lui qui nous donnera de percevoir les semences du Royaume dans les autres, et qui nous donnera parfois de voir ces arbres se déraciner pour aller se planter dans la mer. Telle la lumière de l’aurore qui nous dévoile peu à peu le paysage qui nous entoure, la foi nous ouvre les yeux pour voir Dieu agir dans les cœurs.

 

Si Dieu est ainsi à l’œuvre dans nos vies, il ne faut donc pas s’étonner que la seconde partie de notre évangile nous présente comme des « serviteurs quelconques », ‘inutiles’, ‘bons à rien’. Car c’est d’abord Dieu, le maître, qui nous appelle, qui nous choisit, qui est venu jusqu’à nous et qui nous a aimés et séduits. Les théologiens disent que la foi est la réponse de l’homme à l’initiative de Dieu. Notre serviteur quelconque nous montre que cette réponse, que cette foi débouche sur le service. La foi ne peut pas ne pas agir parce qu’elle est relation à Dieu et que cette relation ouvre à toutes les relations.

Alors bien sûr notre égoïsme grince et rechigne, mais là encore, comme une graine, Dieu le brise peu à peu pour laisser la vie surgir. Oui, n’ayons pas peur de demander et de demander encore au Seigneur d’augmenter en nous la foi, l’espérance et la charité ; tendons nos mains ouvertes vers lui comme nous le ferons tout à l’heure pour accueillir le pain de vie. Nous serons ainsi, nous aussi, des serviteurs quelconques qui « n’avons fait que notre devoir. »

 

Puisque nous désirons nous disposer à être serviteur, Jésus nous avertit de ne pas nous enorgueillir de ce que nous faisons et de ce que le Seigneur fait en nous. Les apôtres demandaient au Christ d’augmenter leur foi pour qu’ils soient capables de pardonner ; pourquoi par la suite se glorifieraient-ils du pardon qu’ils donneront ? Au contraire, ils rendront grâce à Dieu pour son œuvre en eux et s’attacheront davantage à leur maître.

 


Aujourd’hui, faisons donc mémoire de ce que le Seigneur a fait en nous et pour nous. Ces moments dans notre vie où, peut-être, des arbres se sont déracinés pour aller se planter dans la mer. Essayons d’imaginer, si cela est possible, ce que serait notre vie, qui nous serions, si ces moments n’avaient pas eu lieu, si le Seigneur ne s’était pas manifesté. Alors oui, nous reconnaitrons combien nous sommes des serviteurs quelconques qui n’ont pas à réclamer un dû mais à accueillir un don ; nous reconnaitrons combien nous sommes aimés et combien il vaut la peine de demander de s’enraciner dans cet amour.

Car vous le savez, si dans cet évangile nous sommes les serviteurs du maître, Jésus, avant sa Passion, s’est manifesté comme le maitre qui se fait serviteur des serviteurs en leur lavant les pieds pour qu’à leur tour, à notre tour, nous entrions dans le service des autres. C’est ce dont nous allons faire mémoire en nous approchant ensemble de l’autel du salut.