22e dimanche ordinaire C

(Lc 14, 1a. 7-14)

Septembre 2019

 

Frères et sœurs, dans l’évangile d’aujourd’hui, nous sommes invités à nous mettre à table. Nous mettre à table certes parce qu’il est question par trois fois de repas, mais aussi parce que, comme nous l’entendons parfois dans les interrogatoires des films policiers, il nous faut dire, il nous faut faire la vérité, et la vérité en nous, avec nous.

Jésus accepte l’invitation d’un pharisien, montrant une nouvelle fois qu’il n’exclue personne, et cela non par principe, ni par morale, mais parce que pour lui toute rencontre est occasion de toucher les cœurs, de transformer les hommes. Et donc, ce matin, par cet évangile, Dieu cherche à toucher notre cœur. Et c’est ainsi que par la première parabole, Jésus interpelle directement chacun et chacune d’entre nous en s’adressant à nous en nous tutoyant, et cela afin que, comme nous le disions, nous nous mettions à table, c’est-à-dire que nous fassions la vérité pour prendre notre place, notre juste place, à la table des hommes, de la vie, au festin de Dieu.

Durant le repas auquel participe Jésus, comme dans la parabole qu’il raconte, les convives choisissent « les premières places » (7). Et dans un mouvement digne du Magnificat, mouvement que seul Dieu peut initier, Jésus nous invite à choisir la dernière place. Il dit même « va te mettre à la dernière place » indiquant le mouvement, le déplacement avec le verbe aller, nous montrant ainsi que cette démarche réclame tout un chemin, tout un effort peut-être, et qu’elle n’est pas si naturelle. Nous sommes dans une société où la compétition reste très présente, et dès l’école, que ce soit en classe ou sur le terrain de foot, on nous a incités à être les premiers.

Jésus s’adresse donc à nous, et nous interroge sur l’image que nous avons de nous-mêmes et des autres, sur la place que nous croyons devoir occuper, et sur celle que nous donnons, ou plus exactement celle que nous laissons aux autres. Le positionnement que je crois devoir occuper dans la société, la place que je choisis dans mes relations sociales, va nécessairement déterminer la place des autres. Et c’est en cela qu’il est particulièrement intéressant de faire la vérité en nous, de voir comment nous nous situons. Le pasteur protestant François Bovon dit que « Notre ‘honneur’ ou notre ‘gloire’ ne dépend pas de la pureté de notre âme, mais du lieu que nous aurons occupé, de la place que nous aurons choisie. » Où est-ce que je me situe ? Où est-ce que je choisis librement de me situer dans le monde et dans ma relation aux autres ? Pour nous, chrétiens, cette question est essentielle, parce qu’elle est assurément lieu et chemin de conversion. Disciples du Christ, nous nous sommes mis à la suite de celui qui, par excellence, a choisi la dernière place. C’est la dernière place sur la croix - bafoué, ridiculisé, abandonné -, mais c’est aussi et c’est déjà la dernière place dès la belle et douce nuit de Noël : Marie, nous dit saint Luc, « l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2,7). Il n’y avait pas de place, il n’y avait pas de lieu pour lui, mais aussi, comme le dit l’évangéliste, pour eux : le choix que fait Jésus de la dernière place doit aussi être le nôtre.

Mais ce n’est pas pour nous humilier, pour nous faire mal, que Jésus, ce matin, nous réappelle à le suivre jusque-là, mais pour nous ouvrir à la vie et au bonheur ! Car paradoxalement, c’est là que se trouve le bonheur, un bonheur qui ne se fait pas au détriment des autres, mais qui passe par le service.

Frères et sœurs, ce matin nous sommes donc invités à contempler le Christ, le Christ de la dernière place. Un Christ présent au cœur du monde où l’actualité, où nos rencontres, ne cessent de nous montrer tant et tant de personnes à cette dernière place, une place qu’ils n’ont pas choisie, et que les grands de ce monde continuent d’ignorer, continuent d’abandonner. Mais lui, le Christ, comme il le dit dans la seconde parabole, « invite… pauvres… estropiés… boiteux… (et) aveugles » (14), et les met au même niveau, à la même place, à la place-même, des « amis… frères… parents… (et) riches voisins. » (12). Et c’est ce à quoi il nous appelle, bouleversant totalement nos représentations sociales.

Se mettre à la dernière place, nous l’avons dit, est un long chemin de conversion, un long temps de cheminement avec le Christ, une longue adoration eucharistique qui peu à peu nous façonne à son image et fait de nous, enfin, peut-être, ses disciples, ses amis, son visage.

Au terme de cette Eucharistie, nous irons probablement nous mettre à table. Alors n’oublions pas, n’oublions pas trop vite, que chaque jour nous avons besoin de nourrir en nous celui que le Christ appelle à transformer, à bouleverser, à déplacer le monde ; celui que le Christ appelle à la gloire en lui apprenant à découvrir et à choisir la dernière place. Alors, sous le regard aimant de Dieu, accueillons, honorés, notre juste place.