2e dimanche ordinaire C

(Jean 2,1-11)

Janvier 2019

 

Frères et Sœurs, Cana fut donc « le commencement des signes que Jésus accomplit » (11). Là où Marc et Luc nous racontent que Jésus libère un possédé, là encore où Matthieu nous dit qu’il guérit « toute maladie et toute infirmité », et enfin là où ces trois évangélistes nous montrent un Jésus qui proclame et enseigne, saint Jean nous le dévoile discrètement assis à une noce, et où le premier signe de son identité pourrait paraître bien futile : changer de l’eau en vin. Nous sommes ici au début du chapitre 2, et il faudra attendre la fin du chapitre 4, après avoir lu la péricope des vendeurs chassés du Temple, la rencontre avec Nicodème puis celle avec la Samaritaine, en passant par une discussion de Jean-Baptiste avec ses disciples, pour que l’évangéliste nous relate enfin une guérison, qu’il qualifiera lui-même de second signe qui aura lieu justement à Cana.

Les miracles rapportés dans les évangiles sont essentiellement des libérations du démon, de la maladie, de la mort. Mais toutes ces guérisons, nous le savons, ont pour but de manifester que le Royaume messianique annoncé par les prophètes est désormais présent, à l’œuvre, en la personne de Jésus. Alors, regardons de plus près ce texte pour y reconnaître les symboles qui nous parlent de cette présence de Dieu.

Il y a bien sûr l’image de la noce qui dit l’Alliance, la relation si particulière, si intime entre Dieu et son peuple, entre Dieu et chacun d’entre nous ; et cette image est renforcée par la mention de l’époux, cet époux qui nous est destiné. Il y a aussi le banquet, cette invitation à partager ensemble la table du Seigneur comme nous le ferons pour l’éternité, et il y a le vin qui dit la joie, la fête, le bonheur qui nous est promis. Mais il y a aussi - et nous aurions tendance à la négliger - il y a aussi l’eau. Certes elle sera changée en vin, mais Jésus choisit de ne rien faire sans elle. C’est l’eau du premier jour de la Création – « le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » (Gn 1,2) ; c’est l’eau du Déluge et de l’Alliance ; c’est l’eau de la mer des Roseaux et de la sortie d’Egypte, comme l’eau du Jourdain et de l’entrée en Terre promise ; et nous pourrions continuer. Par cette eau, Jésus ressaisit toute l’histoire de l’Alliance pour une nouvelle création. Et cette Alliance nouvelle, à l’image des jarres qui servaient pour la purification, ne focalise plus sur nos impuretés et nos défauts, mais sur l’élan de vie et de joie qui nous anime, qui nous attire vers l’époux.

Comme dans la Genèse, la Parole est au centre de ses miracles. Ici, elle est extrêmement pragmatique : « Remplissez d’eau les jarres… Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas »(7-8).
Ces serviteurs qui, préalablement ont entendu Marie leur dire « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (5), vont poser ces gestes simples et quotidiens. C’est en accomplissant ce qu’on leur demande qu’ils acquièrent une connaissance que n’ont ni le maître du repas, ni le marié. Ils accomplissent des gestes simples, mais qui soudain résonnent à l’image de ce verbe « puiser » : puiser de l’abondance, de la plénitude et de la gratuité que nous sommes invités à partager ; puisez et portez, puisez et donnez. D’un côté, donc, des serviteurs obéissants, à l’écoute, qui font ce qu’on leur demande, et de l’autre, ce maître du repas, qui goûte et qui sait accueillir, qui sait reconnaître. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes sans cesse invités à puiser et goûter : puiser et goûter la Parole, la prière, la rencontre, la nature, la vie. Puiser et goûter, et au préalable, comme les serviteurs, remplir jusqu’au bord. Nous pourrons ainsi découvrir le bon vin de Dieu. Ce vin qui a été gardé jusqu’à maintenant, ce vin que nous n’avons pas encore bu et que seuls nous, chacun de nous pourra boire.

A la fin du texte, Jean nous dit que Jésus « manifesta sa gloire, et (que) ses disciples crurent en lui » (11). Croire en Jésus, c’est en ce sens voir, entendre, goûter ce qui se passe, ce qui se vit, ce qui nous est donné, quand tout se passe en lui ; voir la vie à travers lui, la recevoir de lui. Croire en Jésus, c’est donner tout son poids de gloire à la vie, à nos joies, à nos relations humaines quand elles sont vécues avec lui et en lui. Croire, finalement, c’est une fête, une noce où nous nous désaltérons, enivrons même, de la gloire de Dieu. Cette gloire, aujourd’hui, est une réalité secrète, cachée comme elle l’était à la croix, et seuls les yeux de la foi peuvent la révéler. Cette gloire s’est manifestée dans cette ville de Galilée, aussi inconnue que sa voisine Nazareth. Décidemment, Dieu est bien moins orgueilleux que nous, bien plus discret. Ceci ne peut que nous inviter à le chercher davantage dans notre quotidien, à croire qu’il est présent dans la simplicité de nos vies. Mais un jour, comme nous en avons parfois l’intuition, tout s’éclairera : l’eau, l’ordinaire, se changera en vin pour manifester sa gloire, son œuvre de salut dans nos vies.