Homélie du 19ème dimanche ordinaire « C »

 

« Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées ». Voici ce que Jésus demande à chacun d’entre nous.

Mais il ajoute pour ceux qui exercent une responsabilité : « le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. »

Or, comme chrétiens, parce que chrétiens, nous avons tous une part de responsabilité envers nos frères en humanité. Cette parole est donc aussi adressée à chacun d’entre nous.

 

En conséquence, nous pourrions nous poser la question : suis-je ou non un veilleur ? Un serviteur fidèle ? Un véritable disciple du Christ ?

Et franchement, qui parmi nous peut affirmer qu’il est un véritable disciple du Christ ? Un veilleur qui ne sera jamais pris à défaut ?

On le voit, nous interroger ainsi c’est prendre le risque de nous condamner. Or, si la Parole de Dieu interpelle, si nous devons nous laisser interpeler par elle, elle ne doit pas nous culpabiliser. Le Christ, et particulièrement le Christ miséricordieux de Luc - avec notamment la parabole du Fils prodigue ou encore avec l’épisode de Zachée - ne condamne pas. Lui, qui est la Parole de Dieu qui vient à notre rencontre, il appelle, il met en route.

A l’écoute de cet évangile, nous ne devons donc pas nous demander si oui ou non nous sommes veilleurs, mais comment, où, quand, être davantage veilleur ? Bref, pour nous aujourd’hui, c’est un itinéraire que Jésus nous propose, c’est un chemin qu’il nous ouvre.

 

Jésus nous montre ce qu’il ne faut pas faire en nous parlant de cet intendant qui s’impatiente et qui « se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer ». Ces comportements révèlent un homme qui perd confiance en son maître, qui s’en éloigne et qui met au premier plan son petit plaisir à lui ; un homme qui laisse libre cours à sa volonté égocentrique, volonté qui devient alors son maître.

Or notre maître, le Christ, nous demande d’accomplir sa volonté, ou plus exactement de faire nôtre sa volonté : c’est-à-dire être ses serviteurs en servant nos frères ; nous décentrer de nous-mêmes pour pouvoir être davantage accueillants pour les autres.

 

Mais voilà que le maître tarde ; voilà qu’il nous est bien difficile d’être serviteur ; ou voilà encore que les autres ne nous aident pas beaucoup à être leur serviteur…C’est alors que malgré les chutes, les reniements, les trahisons – les nôtres ou celles des autres – il nous faut avancer dans la foi…comme Abraham.

 

Car le propre du veilleur, c’est la foi. Croire que le maître va venir ; croire même, puisqu’il nous l’a promis, qu’alors « il prendra la tenue de service, (nous) fera passer à table et (nous) servira chacun (notre) tour. »

Si cette merveille de la rencontre avec Dieu nous est promise à la fin de notre vie, croyons aussi que c’est aujourd’hui, pas à pas, qu’il nous est donné de la vivre. Comment ? Peut-être en étant capables de percevoir toutes les parcelles d’amour qui nous sont données : ce sourire ou ces quelques mots, qui ne sont pas seulement un trait de tempérament ou une formule de politesse, mais la marque d’une véritable attention à l’autre, d’un décentrement de soi pour l’autre. Oui, c’est peut-être cela Dieu qui frappe à l’improviste à notre porte. Car, soyons-en bien sûr, quand nous reconnaissons l’amour là où il se trouve, nous lui ouvrons notre porte et il nous transforme. Ce sont ces exemples d’amour gratuit qui nous apprennent à aimer. Seul l’amour peut nous convertir à l’amour.

 

Et là est peut-être le drame de l’intendant infidèle : il n’a pas compris qui est son maître ou, pire, il n’en a pas tenu compte. Le maître lui a montré comment aimer. D’abord, en le nommant intendant, il lui a donné toute sa confiance. Ensuite, il lui a confié sa maison, non pas pour la garder précieusement, mais pour « donner, en temps voulu, leur part de blé » à ses domestiques. Il ne charge pas l’intendant de surveiller son blé - blé qu’il aurait entassé dans des greniers comme l’homme riche de l’évangile de dimanche dernier - mais au contraire il lui demande de le donner.

 

Demandons donc à Dieu d’ouvrir la porte de notre cœur pour que nous puissions le reconnaître tel qu’il est et pour être les témoins fidèles de son amour pour notre monde. Et approchons-nous de l’autel du Seigneur, sûrs que cette nourriture nous ouvre davantage à la vie.

 

« Que ton amour, Seigneur, soit sur nous comme notre espoir est en toi ! »