17e dimanche C

Juillet 2016

 

Frères et sœurs, les années passant, nous avons vu mainte et mainte fois des personnes prier. Pourtant, peut-être qu’un jour vous avez été plus profondément touchés, interpellés, en voyant l’une d’elle : une personne et une prière apparemment comme les autres, mais qui vous ont fait approcher du mystère, entrer dans l’évidence que c’est ça la prière ! Sous vos yeux, derrière ce visage parfois si simple et si ridé, vous avez perçu qu’il y avait deux personnes qui s’entretenaient : un homme ou une femme et Dieu. Alors, nous serions tentés, comme le font les disciples avec Jésus, de lui dire : « Seigneur, (Monsieur, Madame), apprends-nous, (apprends-moi) à prier » ; partage-moi ton secret ; donne-moi à boire.

 

Dans sa réponse aux disciples, Jésus ne donne pas une méthode, une recette, mais il partage ce qu’il vit, son expérience, et nous fait ainsi entrer dans ce que nous désirions presque jalousement, c’est-à-dire cette relation, cette intimité. Jésus nous livre totalement sa prière pour que nous puissions en vivre. Et cette prière, ce ne sont pas d’abord des mots, des idées, des projets, mais bien la vie, une vie faite de relation ; faite de pain et donc de faim ; de péchés, de souffrances et de pardon ; de tentations, d’échecs et de succès. Une prière de chair et de sang pour notre monde à la rencontre, à l’accueil de son Dieu.

 

Au cœur de la prière de Jésus, et donc de la nôtre, il y a la manifestation, le don de Dieu comme Père. Ce Père qui est source et origine ; Créateur. Ce Père qui fait grandir, qui nourrit, qui protège. Ce Père qui nous veut du bien et qui nous aime plus que lui-même d’un amour que rien ne peut entraver. Alors le croyant, le disciple de Jésus, est celui qui reconnaît avoir un Père, c’est-à-dire qui confesse ne pas être autosuffisant, mais avoir besoin d’un autre, de l’autre, pour être lui-même aujourd’hui et demain. La prière est donc une porte qui s’ouvre vers le Père et, en conséquence, sur notre identité de fils et de filles de Dieu.

 

Là où notre bonne éducation ou tout simplement le principe de réalité nous inviteraient à la retenue, Jésus, lui, nous appelle à prier à tort et à travers. « Au milieu de la nuit », soyons importuns, sans gêne ; demandons, cherchons, frappons. Soyons comme Abraham qui se risque avec succès à ce marchandage avec Dieu et qui néanmoins a encore été trop prudent en s’arrêtant trop tôt puisque Sodome sera détruite. Alors comment comprendre cet appel à la prière qui insiste tant sur la demande ? Jésus ne craint pas que nous demandions tout et n’importe quoi, car il sait que dans la prière nos besoins, nos désirs seront purifiés, passés au feu, convertis. En effet, quelles que soient ces demandes, elles révèlent toujours un désir de vie et permettent ainsi, peu à peu, de le faire émerger, de faire sourdre cette source créatrice qui est cœur à cœur avec Dieu. Demander un poisson ou un œuf, comme nous le dit Jésus, c’est demander la vie, et le Père ne répondra pas en donnant un serpent ou un scorpion, c’est-à-dire la mort ; il donnera bien la vie, mais peut-être pas sous la forme du poisson ou de l’œuf attendus. Jésus nous invite donc à demander à tout rompre, mais une fois la demande posée et répétée, à ne pas nous attacher à ce que nous demandions, mais à être attentifs à ce que nous recevons, car c’est là que le Père nous engendre.

 

Finalement, comme nous le disions en préambule en parlant de cette personne en prière, le véritable don n’est pas dans la matérialité de ce qui est reçu, mais dans la relation qui est vécue. Oui, Jésus veut que nous demandions tout et n’importe quoi car il veut que nous obtenions l’unique nécessaire, ce « tout ce qu’il (nous) faut » comme dit le texte, c’est-à-dire            l’Esprit Saint qui nous donnera de reconnaître, de louer et d’aimer Dieu comme Père par toute notre vie.

 

Il est une autre raison pour laquelle le Christ nous lance un tel appel : la prière ne peut pas être une démarche égoïste parce que, comme nous l’avons dit, elle nous met en relation, en dialogue, et nous oblige donc à bouger, à changer, à nous convertir. Relation avec Dieu et, comme nous le montrent les textes, relation avec les autres : Abraham ne prie pas pour être sauvé, mais pour que les justes de Sodome le soient ; l’homme cherche du pain au milieu de la nuit, mais c’est pour son ami; nous demandons au Père de pardonner nos péchés, « car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. »

 

Frères et sœurs, nous évoquions la douce image de la prière comme intimité, comme repos en Dieu. Mais, dans nos quotidiens bousculés, nous savons que la prière est aussi un combat.  Alors sachons, croyons qu’elle est un combat mais contre nos égoïsmes et contre cette folle illusion de l’autosuffisance. C’est pourquoi, davantage qu’un combat, la prière est toujours, à chaque fois, une victoire.