13e dimanche C

                                                                                                                      Juin 2016

 

Dans l’évangile de dimanche dernier, il y avait des phrases dures à entendre : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour », et encore : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ». Eh bien l’évangile d’aujourd’hui ne nous épargne pas davantage : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête…Laisse les morts enterrer leurs morts…Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. » Des sentences qui vous passeraient l’envie d’être chrétien et qui pourraient presque expliquer pourquoi nos églises et nos communautés se vident. Avouons qu’il n’y a là rien de très réjouissant, ni d’enthousiasmant. Et pourtant, nous croyons que ces paroles sont, pour nous et pour nos contemporains, Bonne Nouvelle. Alors essayons de dire pourquoi.

 

La Bonne Nouvelle c’est d’abord Jésus qui prend avec courage la route de Jérusalem, nous montrant ainsi jusqu’où il peut aller pour le Père et pour nous, à quoi il est prêt avec chacun. Il consent à souffrir pour nous, par sa Passion à Jérusalem, mais aussi par ce chemin de tous les jours où, par exemple, il est rejeté et même nié par ces Samaritains qui refusent de le recevoir. La tentation – celle que lui suggèrent Jacques et Jean – serait de montrer sa force, de montrer qu’on existe, mais Jésus choisit de se retirer, de s’effacer. Il accepte de laisser ces Samaritains là où ils en sont sur leur chemin, non pas pour les abandonner ou, à son tour, les ignorer, mais pour laisser sa proposition, son appel, faire son chemin. Et,  un autre jour, l’un de ses envoyés - littéralement l’un de ses anges - reviendra, et même est revenu, pour reproposer, pour réinviter à l’écoute du Verbe de Dieu. Oui frères et sœurs, cette attitude de Jésus qui consent à souffrir plutôt qu’à faire souffrir est évidemment pour nous Bonne Nouvelle puisque chemin de libération dans toutes nos relations.

 

Cette Bonne Nouvelle nous la retrouvons dans les dialogues entre Jésus et trois hommes, face à la question de la vocation, de l’orientation que nous choisissons de donner à notre vie.

Un homme enthousiaste, plein de bonne volonté, veut suivre Jésus. Jésus ne le repousse pas, mais le met en garde : si tu me suis, tu ne pourras plus t’arrêter. Alors là encore nous pourrions imaginer un chemin harassant, dans des conditions dantesques, mais ces mots doivent pourtant résonner pour nous comme Bonne Nouvelle. Oui, si tu me suis tu vas marcher et parcourir énormément de route sans pouvoir t’arrêter, parce que cette route c’est celle que tu vas faire en toi, pour te connaître et pour t’aimer ; c’est celle que tu vas faire avec la vie, avec les autres, avec chacun ; c’est celle que tu vas faire avec moi, ton Dieu. Cette route est Bonne Nouvelle parce qu’elle n’est pas un simple accès, un passage obligé, une perte de temps inévitable, mais parce qu’elle est le but, parce qu’elle est la vie, parce qu’elle est le Royaume vécu dès maintenant.

Et puis il y a la rencontre avec ces deux hommes, prêts eux aussi à le suivre, mais qui veulent d’abord, pour l’un, enterrer son père, et pour l’autre, faire ses adieux aux gens de sa maison. Là encore, nous l’avons entendu, Jésus leur répond sans ménagement. Cependant, il ne nie pas les liens familiaux ; il veut au contraire leur donner tout leur sens. L’homme est fait pour sortir du nid ; pour, comme le dit la Genèse, quitter son père et sa mère ; pour partir comme Abraham. Mais le verbe partir, s’il indique un point de départ, ne dit rien de la destination ou la laisse dans le vague ; ce partir serait presque une errance. Or l’homme - et c’est là où nous sommes dans la Bonne Nouvelle – part suite à un appel ; il est envoyé, et cela suppose un chemin, un ailleurs qui l’attend, le Royaume. C’est à l’image du laboureur qui regarde devant lui, certes pour tracer droit, mais aussi « devant lui » c’est-à-dire vers l’avenir, préparant, espérant, connaissant la moisson. Le laboureur n’amasse pas ce qu’il a, mais il le développe, il le déploie, il le fait grandir. Voilà notre route à la suite du Christ, la Bonne Nouvelle d’une vie qui se dirige vers la lumière parce qu’elle est attirée par elle.

 

Ces deux hommes ont tous deux employé un petit mot : « d’abord ». « Permets-moi d’aller d’abord…Laisse-moi d’abord… ». D’abord, c’est-à-dire en premier, avant et finalement avant tout. Voilà la tentation sur notre chemin, ce qui pourrait nous empêcher de nous mettre en route, nous arrêter, voire même nous faire faire demi-tour : croire que nous aurions quelque chose de plus vivifiant à vivre, désirer autre chose, et finalement être partagé, divisé. Alors, en cette eucharistie, tournons-nous vers cet homme unifié qui, « le visage déterminé, prit la route de Jérusalem », et demandons-lui le désir et la force de le suivre pour vivre au quotidien la joie de la Bonne Nouvelle.