2e dimanche Carême C 2016

 

Il y a quelques semaines, nous célébrions la fête du baptême du Seigneur, et vous savez que ce texte et celui de la Transfiguration ont quelques points en commun, notamment la mention que Jésus est en prière et, dans un deuxième temps, la voix du Père qui se fait entendre. Lors du baptême, c’est quand Jésus prie que le ciel s’ouvre et que la voix « venant du ciel » lui dit : « Toi, tu es mon Fils bien aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Ce n’est donc pas d’abord par le baptême de Jean que le Christ nous est révélé, mais par cette prière dans laquelle il se plonge, par ce moment d’intimité avec le Père.

Mais cette voix ne s’adresse pas au peuple présent, mais à lui, Jésus, comme une confirmation de sa mission de Messie ou plutôt comme une confirmation qu’il agit bien comme doit le faire le Messie, c’est-à-dire en vivant tourné vers le Père,  totalement à son service, tout en étant pleinement et humblement lié au peuple. Car lui qui n’a pas péché, se fait solidaire des hommes en acceptant ce baptême de conversion. Il manifeste ainsi que le Messie ne vient pas avec puissance, ou plutôt que sa puissance se révèle dans sa proximité et sa miséricorde envers chacun d’entre nous.

Mais, comme on l’a dit, si le peuple n’entend pas la voix et si celle-ci est adressée à Jésus, elle l’est aussi aux auditeurs de l’évangile que nous sommes. C’est à nous que Dieu parle et c’est donc nous qu’il invite à attendre et à reconnaître dans notre monde et dans nos vies, cet agir humble et miséricordieux du salut.

Lors de la Transfiguration, c’est de nouveau dans la prière que Jésus se révèle  dans tout l’éclat de sa gloire divine. Cette fois, ils sont trois, trois privilégiés dirions-nous, à découvrir plus véritablement celui qu’ils ont choisi de suivre. Mais, une fois encore, nous sommes les véritables privilégiés, puisque comme auditeurs de l’évangile, nous assistons, nous aussi, à la scène : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques », et toi, et vous, et moi.  Par la voix au sein de la nuée,

nous réentendons que c’est bien lui que Dieu a choisi et que c’est donc lui que nous devons écouter et suivre dans la confiance, aussi déroutant que puisse parfois nous paraître le chemin qu’il nous fait parcourir.

Car celui que nous devons écouter, est aussi celui qui dans les versets précédents comme dans ceux qui suivront, annonce sa Passion. Ainsi les souffrances et la mort du Christ forment comme un écrin autour de cette manifestation en gloire, cette Transfiguration de Jésus. Comme si la voix du Père, mais aussi celle de l’évangéliste, nous invitaient à aller chercher, au cœur de l’Exode de Jésus, au cœur de sa mort, le diamant qui s’y trouve. Et c’est certainement là pour nous, les privilégiés, un chemin, et pour ce Carême, et pour notre vie : reconnaître dans nos épreuves, nos échecs, nos morts, et peut-être tout simplement dans nos petites contrariétés, la pépite de vie qui ne demande qu’à resplendir. C’est cela qui nous permettra de poursuivre le chemin et de gravir la montagne pour être avec Jésus transfiguré.

Et justement, si la Transfiguration a des points communs avec le baptême de Jésus, elle en a d’autres avec sa Résurrection, au chapitre 24 de Luc, que nous entendrons à la nuit de Pâques. Qu’il me suffise de citer quelques mots : « deux hommes (Moïse et Elie) s’entretenaient avec » Jésus lors de la Transfiguration ; « deux hommes se tinrent devant les femmes en habit éblouissant » lors de la Résurrection. Les femmes, comme ici les trois apôtres, « sont saisies de crainte » ; elles entrent dans le tombeau et eux dans la nuée ; mais surtout, « ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu », mais elles, « elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres ». Ajoutons enfin que les femmes, après avoir entendu les deux hommes, « se rappelèrent les paroles que (Jésus) avait dites » lorsqu’il annonçait sa Passion.

C’est donc bien, dans cette scène de la Transfiguration, la Résurrection qui nous est promise comme pour faire vivre en nous l’espérance. Et pour y accéder, il nous faut être à l’écoute de Jésus comme le disait la voix dans la nuée. Et que nous dit-il ? Eh bien cette confiance inconditionnelle dans le Père, quoiqu’il lui en coûte, et cette profonde solidarité avec les hommes, et particulièrement envers les plus petits.

Mais à l’image de Pierre qui se pense arrivé et veut dresser trois tentes, ou encore au matin de Pâques quand il ne croit pas les femmes et revient tout étonné du tombeau, il nous est parfois difficile de suivre un tel Messie, qui se fait si humble jusque dans sa manière de nous sauver. Alors, si la Transfiguration fut un moment exceptionnel, unique, dans la vie des apôtres, croyons que chaque fois que nous prions, chaque fois que nous aimons, elle se réalise encore au plus profond de nous-mêmes pour libérer celui que nous sommes véritablement dans le regard de Dieu.