21e dimanche ordinaire B

(Jn 6, 60-69)

Août 2018

 

Frères et sœurs, pour le cinquième dimanche consécutif, nous entendrons le chapitre 6 de l’évangile de Jean. Depuis un mois, ce discours sur le pain de vie, nous l’écoutons et le méditons, en quelque sorte nous le goûtons et le mangeons, et aujourd’hui, l’entendant pour la dernière fois, un peu comme un livre que nous terminerions, nous en attendons la conclusion qui va rassembler tout ce que nous avons entendu et qui va nous en livrer tout le sens, toute la force. Or saint Jean nous dit que cet enseignement de Jésus est rejeté. C’est un échec, un coup pour rien, un apparent retour à la case départ, comme un dossier administratif refusé et qu’il faudrait reprendre à zéro. Et cet enseignement de Jésus est rejeté non seulement par la foule, les juifs et les pharisiens – ce qui ne serait pas nouveau - mais encore, mais surtout, par « beaucoup de ses disciples » … : ‘Cette parole est rude ! – disent-ils - Qui peut l’entendre ?’ ».

Si nous devions synthétiser cette parole, nous dirions : « Je suis le pain de la vie » (35) …, « chair donnée pour la vie du monde » (51) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang à la vie éternelle » (54). Cette parole, reconnaissons-le nous aussi, est difficile à comprendre voire à entendre, mais elle est évidemment capitale. Nous nous souvenons du début du discours où Jésus dit à la foule qu’elle le suit non parce qu’elle a vu dans la multiplication des pains un signe de quelque chose, de quelqu’un de plus grand, mais parce qu’elle a été rassasiée. Alors, à ceux qui se disent prêts à se mettre en route, prêts à le suivre en travaillant aux œuvres de Dieu, Jésus précise que « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (29). Or, au terme de ce discours, le départ de beaucoup de disciples montre bien que la foi n’est pas au rendez-vous : on ne croit pas en lui. Cet enseignement de Jésus nous pose donc, à nous aussi, la question de notre foi : est-ce que Jésus est le pain de ma vie ? Celui qui nourrit ma vie ? Et plus précisément, puisque Jésus parle de chair et de sang, de vie éternelle et de résurrection, est-ce que le mystère pascal est au cœur de ma vie ? C’est-à-dire le don, le don sans compter, et la foi, la confiance, l’abandon dans les mains du Père, dans les pas du Christ : foi, espérance, charité. Trouver sa vie en Dieu, en Dieu tel qu’il se révèle et non pas tel que nous le voudrions. Vivre selon l’Esprit, selon l’appel que Dieu ne cesse de nous lancer, et non pas selon nos envies, nos humeurs, notre volonté propre dirait saint Benoît ; livrer notre chair à l’Esprit car, nous dit Jésus, « c’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien » (63). Est-ce bien cela que nous voulons, que nous cherchons à vivre, lorsque nous nous réunissons tous ensemble pour l’Eucharistie ?

Au-delà de ce que nous pouvons comprendre du mystère de Dieu, au-delà de ce que nous pouvons saisir du mystère de son Eucharistie, ce que Jésus nous demande, c’est de le suivre, de nous attacher à lui réellement, profondément, d’adhérer à lui comme l’indique l’étymologie du mot amen. Et c’est dans cette foi, dans cette vie de foi, qu’il nous sera alors possible de comprendre, d’entendre sa Parole de vie.

Et c’est pourquoi Jésus pose la question aux Douze, et travers eux, à nous-mêmes : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (67). Cessez-vous, cesseriez-vous, vous aussi, nous aussi, de me faire confiance, de vous livrer à moi comme je me suis livré au Père et aux hommes ? Plus Jésus nous révèle son mystère, plus il nous dit qui il est et ce qu’il fait, plus nous comprenons ce à quoi il nous appelle parce que notre chemin, si nous le suivons, c’est le sien. Et là encore nous en connaissons le terme : non pas la croix, la mort, le tombeau, mais le tombeau vide, la vie, la vie auprès du Père. Comme cette foule, nous voudrions être rassasiés de pains et de signes, nous voudrions être comblés de tombeau vide, de vie, de vie auprès du Père, mais tout cela n’est possible que si, à l’image de Pierre, nous brûlons en quelque sorte tous nos bateaux, pour nous amarrer, nous accrocher, au seul bien, au Seul qui puisse toucher et nourrir notre vie, au Seul qui aime vraiment : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (68). Nous ne sommes pas liés à une idée, mais à Quelqu’un, quelqu’un que nous pouvons abandonner et même trahir. Nous sommes loin ici de l’Eglise triomphante qui rassemble les foules, et c’est plutôt le petit reste dont nous parle l’Ancien Testament après la destruction du Temple et l’Exil. Un écrémage en quelque sorte, sans pour autant présumer que ceux qui restent - nous en l’occurrence - serions la crème. Non, Jésus nous montre le chemin, mais il nous enseigne aussi combien il nous est difficile, combien nous sommes faibles et finalement bien peu croyants. Il nous invite alors à nous tourner vers le Père car « personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père » (65). Un don à accueillir, à désirer, à demander.