11e dimanche Ordinaire B

Marc 4,26-34

Juin 2018

 

Frères et sœurs, nous connaissons les premières paroles de Jésus dans l’évangile de Marc : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » (Mc 1,15). Ce règne tout proche, à portée de main, Jésus nous le décrit, nous le fait toucher, à travers des paraboles qui ont pour point commun la semence. La plus connue est certainement celle du semeur où Jésus développe les différentes façons d’accueillir sa Parole : il y a le bord du chemin, le sol pierreux, les ronces et enfin la bonne terre qui « produit 30, 60, 100 pour un. » (4,8). Dans les deux paraboles que nous venons d’entendre, Jésus ne met pas l’accent sur la capacité d’accueil des auditeurs, mais sur la présence et la puissance du règne.

 

La première parabole nous montre « un homme qui jette en terre la semence… Qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit » jusqu’à la moisson. Si nous vivons dans le temps avec ses alternances, le règne de Dieu, lui, ne connait pas ce rythme : c’est sans cesse qu’il est à l’œuvre. Et donc ce règne, l’instauration du règne en nous et autour de nous, n’est pas d’abord le fruit de nos efforts, mais celui d’une parole jetée en terre, dite dans le monde, parole qui continue d’agir et de faire agir. Et puisque c’est Dieu qui donne la croissance, notre action doit d’abord être celle de la confiance, de l’abandon et de la foi. Foi et confiance parce que, comme le dit la parabole, les semailles aboutiront sur la moisson, le règne parviendra à maturité ! Bien souvent nous nous interrogeons sur l’état de notre monde, l’état de notre Eglise, voire l’état de notre vie, mais nous oublions peut-être un peu rapidement que nous n’en sommes encore qu’au temps des semailles, au temps de la lente croissance, et nous ne pouvons donc pas encore estimer la moisson. Par contre, ce que nous devons savoir, ce qui doit nous aider à vivre et à agir, c’est que la moisson est sûre et certaine. Ainsi, que nous dormions ou que nous nous levions, le règne de Dieu est là dans nos vies et s’y développe.

Ce règne, qui est tout proche, ne s’abat pas sur nous comme un jugement, comme une fin du monde, comme un Dieu tout puissant qui sifflerait la fin de la récréation ; cette présence du règne de Dieu n’est pas davantage plus éclatante que cette naissance dans une étable, que ce corps meurtri sur une croix, que ce tombeau retrouvé vide par une poignée de femmes. Dieu, redisons-le, ne vient pas dans nos vies avec une baguette magique pour transformer nos citrouilles en carrosse. Non, Dieu entre dans nos vies, dans notre temps, dans notre croissance, avec respect, avec patience, avec confiance. Et si, comme nous l’avons dit, cette parabole n’a pas pour but de nous dire comment nous devons faire pour accueillir le règne, mais plutôt comment lui agit, grandit, c’est peut-être justement parce que c’est en prenant le temps de nous mettre à l’écoute de l’œuvre de Dieu en nous et autour de nous, que nous nous imprégnerons davantage de cette croissance, de ce dynamisme qui nous conduira de « l’herbe (… à) l’épi (… et) du blé plein l’épi » (28).

 

Dans la seconde parabole, il n’y a là encore rien d’éclatant dans cette graine de moutarde qui pourrait nous laisser croire à un combat perdu d’avance, à un David contre Goliath. Mais une nouvelle fois, Jésus nous appelle à nous en remettre à cette force de croissance qui nous échappe, qui nous dépasse. Là où la semence poussait dans le temps, c’est cette fois l’espace qui est pris par cette dynamique du règne : cette plante née de « la plus petite de toutes les semences… étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre » (31.32). Cette image fait référence à la prophétie d’Ezéchiel que nous avons entendue en première lecture : l’arbre où les oiseaux font leur nid, c’est le roi qui guide et protège son peuple. Ainsi, à partir d’une simple graine de moutarde, Jésus annonce l’accomplissement de la promesse, la certitude que Dieu mène à son achèvement ce qu’il a commencé.

 

Frères et sœurs, cette semence, c’est évidemment la Parole de Dieu qui nous rejoint dans nos vies et qui frappe à notre porte pour transformer nos cœurs. Cette semence, vous le savez, c’est aussi tous ces petits gestes du quotidien qui font la réalité de la grande histoire de la vie. Cette semence, c’est également notre prière, ici, qui pourtant franchit les frontières que nous dormions ou que nous nous levions. Cette semence, c’est aussi le témoin, l’assurance d’un autre règne, plus fort, plus vrai, plus certain que celui de l’égoïsme qui nous habite ; oui, il y a un autre roi que notre moi tout puissant, un seul et unique arbre où tous ensemble nous pouvons faire notre nid. Et finalement, croyons-le, espérons-le, voulons-le, cette semence, c’est nous, chacun de nous et ceux qui nous entourent, habités, animés par cette puissance d’amour ; aimés de Dieu, aimés en Dieu.