2e dimanche de l’Avent B

            Décembre 2017

 

« Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Voici donc les premiers mots de l’évangile selon saint Marc. « L’Évangile » n’est pas ici le livre tel que nous l’entendons, le contenant, mais bien le contenu, l’Annonce, la Bonne Nouvelle du Salut. Et donc, ce commencement, n’est pas celui d’un livre à la première page, mais le commencement du Salut qui vient à nous en Jésus Christ, commencement qui se renouvelle chaque fois que nous lisons, que nous entendons ces mots, chaque fois que nous reprenons cet Évangile de Marc. En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous sommes donc invités, embarqués, dans quelque chose de nouveau, dans un nouvel accueil du Salut : viens, nous dit Jésus, et suis-moi.

Marc donne d’emblée deux titres à Jésus : « Christ » et « Fils de Dieu ». Mais ces titres, il ne les explique pas. C’est à nous de les découvrir, de les comprendre, de les expérimenter même, tout au long de son Évangile, tout au long de cette année liturgique qui commence. C’est à nous de leur donner leur véritable sens dans notre vie. Car la grande question de l’évangile de Marc est : « Qui donc est-il ? », et c’est à nous de répondre puisque c’est à nous que cette question est posée.

D’ores et déjà, nous pouvons dire que le Christ, le Messie, c’est celui qui a été choisi par Dieu, celui en qui il a mis tout son amour, et qui est son lieutenant sur la terre. Mais nous savons aussi que ce titre est source de confusion et d’attente de la part du peuple, des disciples et de nous-mêmes, et que Jésus se révèle un Messie, un Christ, bien différent de nos rêves de puissance et de facilité.

En ce qui concerne le titre de Fils de Dieu, nous ne devons pas l’interpréter à la lumière des conciles qui auront lieu 300 ans plus tard et qui définiront le Fils comme deuxième personne de la Trinité. Pour rejoindre Marc, je retiendrai plutôt une expression de saint Bernard : le Fils de Dieu comme « puissance du Très-Haut ».

Ainsi, en ce temps de l’Avent, ce que nous enseignent ces deux titres, c’est que d’une part, par son Messie, Dieu vient réaliser sa promesse, renouveler son Alliance avec son peuple, et donc avec nous. Cette idée est renforcée par les repères géographiques, par les lieux de mémoire, qui nous sont donnés dans la suite de l’évangile d’aujourd’hui : le désert où Jean-Baptiste se trouve, qui rappelle l’errance d’Israël, mais aussi l’Alliance ; et le Jourdain, qui dit l’entrée en Terre promise et donc la réalisation de la promesse. D’autre part, le titre de Fils de Dieu nous indique donc que Dieu vient avec puissance, qu’il vient avec toute sa force pour réaliser son dessein. Mais, comme nous venons de le dire, il vient de façon surprenante, inattendue ; il vient avec une force que nous avons du mal à reconnaître, à percevoir, à accueillir. Et c’est pourquoi, pour nous aider à découvrir celui qui vient, cet Évangile commence avec Jean-Baptiste, lui aussi surprenant, voix qui crie dans le désert, voix qui devrait s’y perdre, et qui pourtant attire à elle « toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem » (1,5). Jean-Baptiste « vêtu de poil de chameau…se nourrissa(nt) de sauterelles » (1,6), choisissant de se contenter du minimum, mais finalement de l’essentiel. Jean-Baptiste dans un désert, mais où coule le Jourdain, et donc où jaillit la vie.

Alors si tous viennent auprès de lui, c’est que sa mission est réussie et accomplie, et qu’il peut se retirer, s’effacer derrière le « plus fort que » lui. Et là encore, nous revenons sur cette notion de force : ce n’est pas une force qui dirait la domination voire même la violence, celle qui ferait le plus de vacarme à l’instar du proverbe ‘un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse’, mais la force par excellence qui est au service de la vie, de notre vie, pour nous faire entreprendre le vrai chemin, pour nous faire traverser la véritable frontière. Jean-Baptiste n’est pas digne de s’abaisser pour défaire la courroie des sandales de celui qui vient à nous, pas digne ou plus exactement pas apte, pas capable. Mais lui, le Christ et Fils de Dieu, le plus fort, sera apte, capable de s’abaisser pour laver les pieds de ses disciples ; il sera apte, capable - le seul à l’être - de mourir pour nous donner, pour nous ouvrir la vie éternelle. Seul le Christ, finalement, est capable, dans nos vies, de « prépare(r) le chemin du Seigneur, (de) rend(re) droit ses sentiers. » Ainsi ce baptême dans l’Esprit Saint que Jean-Baptiste nous annonce n’est autre que ce consentement à l’œuvre de Dieu en nous, que cette contemplation de sa manière d’agir pour nous guider en Terre promise menant ainsi notre chemin, notre vie, à son accomplissement. Un Dieu fort comme la sève, comme l’ondée, voilà le Messie que nous attendons en cet Avent, le Messie que nous devons accueillir à Noël.