3e dimanche Avent C

(Luc 3, 10-18)

Décembre 2018

 

Frères et sœurs, le temps passe vite ; nous entrons déjà dans la troisième semaine de l’Avent, l’Avent où nous nous préparons à accueillir plus profondément le Seigneur dans nos vies. Alors, pour cela, comme le demandent les foules, « Que devons-nous… faire ? » (10). Jean-Baptiste, qui annonce et prépare cette venue, nous renvoie au précepte bien connu de la Loi : le partage. Un partage concret qui concerne la nourriture et le vêtement ; partage qui nous renvoie à notre contexte actuel, la pauvreté de nos rues, où là aussi nourriture et vêtement font défaut à trop de nos contemporains. Dans cette perspective, rappelons aussi que le vêtement dans la Bible peut, par interpolation, évoquer le toit, le logement. Se préparer à accueillir le Seigneur, c’est donc se décentrer de soi-même pour se faire solidaire avec les autres ; l’accueillir déjà dans les plus petits, voire même les méprisés, comme le sont d’ailleurs publicains et soldats, bergers et pécheurs. Jean-Baptiste nous invite donc tout simplement au commandement concret de l’amour du prochain. Le Père Maurice Zundel disait que la propriété est « un espace de sécurité qui permet à chacun, libéré des nécessités externes, (des nécessités quotidiennes, matérielles), de se libérer de ses servitudes internes et de faire de lui-même un espace de générosité ». Jean-Baptiste aujourd’hui nous invite à devenir cet espace de générosité. En cette période d’effervescence commerciale, se préparer à Noël, ce n’est donc pas multiplier pour soi ou pour les autres les cadeaux, les vêtements, la nourriture, mais c’est renoncer, comme le dit le prophète, à son deuxième vêtement parce que nous avons appris, parce que nous apprenons à nous satisfaire du premier. Offrir à Noël non le superflu, l’inutile, l’éphémère, mais nos victoires, nos simplicités, notre liberté et notre vérité. En ce troisième dimanche de l’Avent, un peu comme au temps du Carême, nous sommes appelés à la conversion, une conversion qui touche notre quotidien.  Et cette conversion semble ici être la découverte, l’accueil d’une réalité qui est, qui naît déjà en nous. C’est un peu à l’image de ce que nous avons entendu dans la première lecture avec le prophète Sophonie : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui apporte le salut… Il te renouvellera par son amour. » (3,17). Il s’agit donc pour nous de nous laisser renouveler par l’amour de Dieu, le laisser agir en nous en consentant tout simplement à être nous-mêmes : être nous-mêmes, sans fioriture, comme peut le laisser penser l’idée d’un seul vêtement ; on ne se maquille pas, on ne se déguise pas. Et quand les publicains et les soldats posent eux aussi la question du « Que devons-nous faire ? », la réponse de Jean-Baptiste nous renvoie là encore à l’attitude de Dieu qui est juste, qui n’exige rien de nous par la force ou la violence ; Dieu qui nous invite à nous libérer de la convoitise et qui nous appelle à nous retenir pour laisser toute sa place à l’autre. Bref, si nous écoutons tous ces appels, à Noël Marie ne donnera pas naissance au Fils de Dieu dans une mangeoire, car il y aura de la place pour eux dans la salle commune, cette salle que nous lui aurons préparée dans notre cœur et dans nos communautés (cf. Lc 2,7).

Et donc, si nous nous inscrivons dans ce chemin que nous propose Jean-Baptiste, alors nous ne serons plus une foule, des publicains ou des soldats, mais comme le dit saint Luc, un peuple, un peuple en attente. Attendre, espérer, être tendu vers Dieu dans nos vies, dans notre monde. Une attente qui est finalement une manière d’être qui dit que Quelqu’un, quelque chose arrive, vient ; une attente qui dit notre désir tout en le nourrissant ; une attente qui ne sera pas déçue. Et si Dieu vient dans nos vies et notre monde, il ne vient pas par en haut, par le ciel, mais par en bas, par nos racines. C’est dans la profondeur de notre être, c’est, comme nous le disions tantôt, dans notre vérité et non dans notre superficialité, que Dieu peut s’incarner, prendre vie et puissance, naître pour nous et pour les autres. Dieu vient dans le réel et seul le réel peut l’accueillir. Ainsi, attendre fait aussi partie de ce que nous devons faire, parce qu’attendre, c’est en quelque sorte creuser, faire apparaître, mettre au monde ce que nous sommes réellement, sans faux semblants. Une attente active et attentive, une attente confiante qui laisse Dieu agir et nous transformer ; qui laisse son Esprit descendre en nous comme l’eau du baptême ; qui laisse le temps à sa main de manier « la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé » et amasser « le grain dans son grenier » (17).

Cette attente, la liturgie de ce jour nous dit qu’elle doit être joyeuse « parce que le Seigneur est proche » (Ph 4,5), parce que « le Seigneur est en toi » (So 3,15). Cette attente, elle est déjà présence.