19e dimanche ordinaire A

 

Dimanche dernier, l’évangile nous relatait la multiplication des pains où les disciples voyaient leur maître nourrir une foule nombreuse avec 5 pains et 2 poissons. L’heure était à l’enthousiasme et saint Jean dit même qu’on voulait faire roi Jésus. Un roi, c’est-à-dire celui qui réglerait nos problèmes, qui répondrait à nos demandes de sécurité et de bien-être.

Jésus répond à cette attente en « obligea(nt) ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. » Conséquence : au lieu du triomphe escompté, les disciples se retrouvent dans une barque « battue par les vagues », seuls, dans le tourment d’une tempête.

Jésus ne nous promet pas des lendemains qui chantent, un avenir facile où nous n’aurions plus qu’à nous laisser bercer par les flots. Non, mais il nous donne une barque, c’est-à-dire une Eglise, des frères et des sœurs, pour vivre la vie de disciple avec d’autres, pour témoigner ensemble dans une mission commune.

Il peut être bon de parfois se rappeler ces simples choses. Vous le savez, nous ne sommes pas croyants à notre compte, en indépendant, mais au sein de cette barque, de cette Eglise qui nous est donnée, et même nécessaire, « obligatoire », pour reprendre le mot de l’évangile. Nous ne sommes pas non plus croyants pour mettre Dieu à notre service, mais pour être à son service et à celui de nos frères,

et c’est seulement ainsi que nous trouverons la vie. Entre la quête égoïste et le don de soi, nous sommes perpétuellement entre 2 rives, « battue par les vagues, car  – c’est vrai -  le vent était contraire. »

Cet évangile est donc une image de notre vie de disciple du Christ et du chemin de conversion que nous sommes appelés à vivre. Nous aurions pu, en tous les cas voulu, demeurer sur la rive de la multiplication des pains puisque finalement il restait « 12 paniers pleins ». Mais Jésus veut davantage pour nous. Sans cesse, il nous invite à aller plus loin, plus profond ; il nous oblige à quitter les satisfactions sans lendemain, à laisser un confort qui endort, et c’est sa façon de prendre soin de nous, soin qui va bien au-delà d’un ventre rassasié.

Peut-être avons-nous conscience aujourd’hui d’un attachement, d’une habitude, d’une servitude même, que nous devrions quitter pour être davantage disciple, pour être davantage vivant. Nous pourrions alors entendre ce matin Jésus nous obliger à monter dans la barque pour gagner l’autre rive. Entrer dans un telle démarche sera évidemment nous faire violence et nous jeter dans une tempête où « le vent (est) contraire ».

Peut-être vivons-nous une période difficile de notre foi, où nous serions ébranlés, pris par le doute, ou tout simplement endormis, glissant peu à peu sur une pente. Nous pouvons penser qu’il en était de même pour les disciples. Comment ont-ils  accepté ce brusque changement entre un Jésus tout puissant multipliant les pains, et ce briseur de rêve qui les oblige à monter dans une barque pour gagner une autre rive où, apparemment, il n’y a rien à vivre ? Ils avaient là des raisons de s’interroger sur leur choix de suivre ce Jésus de Nazareth.

Peut-être, enfin, vivons-nous une épreuve dans notre vie, dans notre famille, dans notre chair : un présent dans la tempête et un avenir inconnu.

En tout cela, nous sommes invités à croire que nous ne sommes pas seuls. Dans la tempête, alors que « la barque était déjà à une bonne distance de la terre », probablement à un endroit où on ne perçoit plus les rives, où l’on perd ses repères, les disciples ont quitté confort et sécurité pour être face à l’inconnu. Ils ont peur ! Mais ils découvrent qu’au cœur de cet inconnu, s’avance vers eux Jésus. Oui, quoique nous vivions, nous sommes invités à croire que le Christ nous rejoint et qu’il veut transformer cet inconnu en chemin de vie. Il nous appelle à venir à lui dans sa marche triomphale sur la mer, sur la mort, et il étend la main pour nous sauver. Ne laissons pas passer ces occasions qui nous sont offertes de faire naître la vie au cœur de nos épreuves. Saisissons cette main tendue pour vaincre nos peurs et découvrir que là où nous pensions mourir, nous sommes toujours vivants et peut-être même davantage.

Si, dans ce que nous vivons, nous pouvions entendre ces paroles de Jésus : « Confiance ! C’est moi, n’ayez pas peur ! », les hommes et les femmes « de peu de foi » que nous sommes verraient le vent tomber et la barque atteindre l’autre rive, là où se discerne « le murmure d’une brise légère ». Alors, comme le prophète Elie et comme les disciples, nous découvririons que Dieu se révèle bien souvent là où nous ne l’attendions pas, et donc qu’il y a des lieux et des pans entiers de notre vie, où nous sommes désormais invités à être davantage à son écoute.