14e dimanche ordinaire A

           

Frères et sœurs, en ce temps de vacances qui commence, l’évangile que nous venons d’entendre nous parle, lui aussi, de repos : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » Dans le contexte biblique, ce fardeau dont il faut se reposer est celui de la loi de Moïse. Une loi qui deviendrait un maître, qui régirait le moindre de nos actes, qu’il faudrait suivre scrupuleusement. Mais une loi impossible à mettre totalement en pratique, et qui ne cesserait donc de nous accuser, de nous culpabiliser, et qui ne nous donnerait de la vie que le goût, que le poids d’un fardeau.

Ne croyons pas que cela ne concernerait que les juifs du temps de Jésus. Aux XIXe et XXe siècles notamment, et aujourd’hui encore, n’a-t-on pas reproché à l’Eglise d’emprisonner les hommes sous un pesant fardeau moral ? Nous rencontrons même parfois des personnes tellement enfermées dans une morale culpabilisante, qu’il peut nous arriver de nous interroger et de nous demander s’il n’aurait pas été préférable pour elles qu’on ne leur parle pas de Dieu.

J’en reviens alors aux paroles de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » Nous le voyons, le maître que nous propose le Christ, celui dont il faut prendre le joug et devenir les disciples, ce n’est pas une loi théorique, sans cœur ni chair, mais c’est Quelqu’un, le Christ, Dieu fait homme, Dieu fait chair. Ces personnes enfermées dans leur morale culpabilisante que je viens d’évoquer, sont celles à qui on a parlé de Dieu, mais sans leur permettre de le rencontrer vivant et donnant la vie.

Ainsi, notre rapport à la loi, notre rapport à notre péché ou à celui des autres, révèlent notre rapport à Dieu. En quel Dieu croyons-nous ? En un Dieu qui console ou en un Dieu qui punit ? En un Dieu qui met debout, qui met en route, ou en un Dieu qui paralyse, qui écrase ? Et de quel Dieu témoignons-nous ? Est-ce bien de celui qui dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez… » ? Avons-nous le désir d’être pour les autres des havres de paix, de repos, des « tout petits », ou nous dressons-nous en juges, en « sages et (en) savants » qui n’ont besoin de personne, ni du Père, ni du Fils, pour connaître Dieu et la vérité ?

Où que nous en soyons dans notre vie, et sur notre chemin spirituel, il reste assurément en chacun de nous des représentations inexactes et erronées de Dieu, de la vie, des autres et de nous-mêmes. Et elles sont bien souvent un fardeau : par exemple ne pas s’accepter comme on est ; ne pas se pardonner ; ne pas avoir confiance en soi ; et, dans le même temps, croire que nous devons nous débrouiller tout seul, qu’aucune aide n’est à attendre. Tout cela, auquel s’ajoute bien sûr toutes les souffrances possibles, est fardeau que le Christ veut soulager et convertir. Alors, comme des « tout petits », nous devons nous tourner, confiants, vers lui et lui remettre en offrande, peut-être aujourd’hui au pied de cet autel, notre fardeau.

Vous aurez compris que je ne nous promets pas un miracle, mais simplement une vie de disciple, une vie où l’on apprend peu à peu, où s’ouvre un chemin d’intimité avec le Christ et avec nos frères, sous le même joug ; chemin qui mène au Père et à sa louange. Oui, nous sommes appelés à nous mettre en chemin avec le Christ pour qu’il nous fasse connaitre le Père, le repos du Père. Et nous pourrions lier ce passage d’évangile aux récits de vocation. Quand au 4e chapitre de Matthieu, Jésus appelle ses premiers disciples, il leur dit : « Venez à ma suite… ». Quand il appelle Matthieu, il lui dit : « Suis-moi ». Et aujourd’hui il nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez…» Nous sommes tous appelés puisque nous avons tous notre fardeau. Nous sommes appelés à suivre celui qui est « doux et humble de cœur ». Douceur et humilité, voici nos deux jambes pour marcher à sa suite. Douceur à notre égard et envers les autres ; humilité, qui reconnaît que nous ne pouvons y arriver seul, puisque dans ce cas, nous serions seuls à l’arrivée ! Nous sommes appelés à venir à lui,  pour qu’il nous procure le repos, c’est-à-dire pour que l’œuvre créatrice de Dieu, « Seigneur du ciel et de la terre », s’accomplisse en nous, et que de nous elle rejoigne les autres.

Alors, au terme de ces quelques mots, je nous repose la question : Croyons-nous vraiment que Dieu peut nous soulager, nous libérer de notre fardeau, être vainqueur de ce qui entrave la vie en nous ? Dans la première lecture, le prophète Zacharie le croit et il l’annonce ; et aujourd’hui encore, à travers lui, l’Eglise le redit au monde entier et à chacun d’entre nous : « Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux ». Ainsi soit-il.