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Vie religieuse en général
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La malédiction de la pauvreté et la béatitude du pauvre [1] Armand
Veilleux,
o.c.s.o. Les
chrétiens,
vivant
pour
la
plupart
dans
des
pays
économiquement
développés,
n'hésitent
souvent
pas
à
parler
de
la
pauvreté
comme
d'une
bénédiction,
d'une
«béatitude».
Un
tel
langage
devient
tout
simplement
indécent
et
scandaleux
lorsqu'il
s'adresse
aux
centaines
de
millions
de
pauvres
du
Tiers-Monde
-
et
aussi
aux
vrais
pauvres
de
chez
nous
-
qui
vivent
souvent
non
seulement
au-dessous
du
niveau
de
pauvreté,
mais
à
un
niveau
pratiquement
sous-humain. En
fait,
la
pauvreté
n'est
pas
une
bénédiction
mais
bien
une
malédiction.
Elle
est
une
des
conséquences
du
péché
et
une
forme
de
la
malédiction
que
celui-ci
a
provoquée.
Si
Jésus
a
librement
assumé
cette
malédiction,
c'est
afin
d'en
libérer
l'humanité.
Et
s'il
a
déclaré
les
pauvres
-
non
la
pauvreté
-
bienheureux,
c'est
précisément
parce
qu'il
est
venu
leur
apporter
cette
libération.
Lorsque
le
chrétien
assume
librement
la
pauvreté,
à
la
suite
du
Christ,
son
geste
n'a
de
sens
que
dans
la
mesure
où
il
le
pose
pour
les
mêmes
motifs
que
Jésus.
I.
La
pauvreté
comme
conséquence
du
péché
L'abondance dans le plan de DieuDieu est riche en bonté et il a comblé
l'homme
de
ses
largesses.
Des
oiseaux
du
ciel,
des
poissons
de
la
mer,
des
fruits
de
la
terre
et
des
bêtes
des
champs,
créés
en
quantité
innombrable,
il
a
dressé
la
table
pour
l'homme.
Tout
au
long
de
l'Ancien
Testament, ses promesses à Abraham et à
Israël
sont
des
promesses
d'abondance:
une
progéniture
comparable
aux
étoiles
du
ciel
et
au
sable
de
la
mer,
une
terre
ruisselante
de
lait
et
de
miel,
des
troupeaux
de
petit
et
de
gros
bétail
à
perte
de
vue,
etc.
Le
bonheur
éternel
est
même
décrit
par
les
prophètes
sous
l'image
d'un
banquet
de
viandes
grasses
et
de
vins
capiteux.
Tel
était
le
plan
de
Dieu
sur
l'homme,
et
tel
il
demeure
en
définitive.
Mais,
entre-temps,
le
péché
est
intervenu,
transformant
en
malédiction
la
bénédiction
primitive. L'harmonie brisée L'harmonie
initiale
de
l'homme
avec
Dieu,
avec
son
frère
et
avec
la
nature
a
été
brisée
par
le
péché.
La
malédiction
fulminée
contre
Satan
a
atteint
l'homme
et
sa
terre.
Au
lieu
de
l'abondance
paradisiaque
au
milieu
de
laquelle
il
vivait,
il
doit
désormais
arracher
sa
subsistance
à
la
terre
par
un
dur
labeur.
Ses
préoccupations
terrestres
accaparent
facilement
son
coeur
et
lui
font
oublier
son
Dieu.
Inquiet
du
lendemain,
il
accumule
des
richesses
qu'il
doit
défendre
de
la
convoitise
d'autrui
en
élevant
des
murs
qui
deviennent
autant
de
barrières
entre
lui
et
ses
frères.
Toute
richesse
accaparée
l'est
aux
dépens
de
quelqu'un
d'autre
et
devient
une
semence
de
guerre.
Si
les
plus
malins
arrivent
à
se
reconstruire
un
ersatz
de
bénédiction
temporelle,
la
foule
innombrable
des
autres
porte
péniblement
le
poids
de
la
malédiction
du
paradis
perdu. Jésus a assumé la malédiction de la pauvreté Lorsque
le
Verbe
de
Dieu
s'est
fait
homme
il
a
assumé
toutes
les
conséquences
du
péché.
C'est
ainsi
qu'il
s'est
fait
solidaire
des
petits
et
des
pauvres,
assumant
leur
pauvreté
au
point
de
n'avoir pas où reposer' la tête, et même jusqu'au dépouillement radical
de
la
mort
solitaire
sur
une
croix.
Aux
pauvres
il
est
venu
apporter
la
bonne
nouvelle
qu'en
lui
et
par
lui
l'harmonie
primitive
serait
rétablie.
Le
royaume
eschatologique
qu'il
annonce
et
que
ses
disciples
ont
la
responsabilité
de
réaliser
peu
à
peu
sur
terre
est
un
royaume
où
il
n'y
aura
plus
de
tristesse,
de
pauvreté,
d'ignorance,
de
maladie,
mais
la
joie,
l'abondance
et
l'harmonie
des
origines. S'il
proclame
les
pauvres
bienheureux,
ce
n'est
certes
pas
que
leur
pauvreté
est
en
elle-même
un
bonheur,
mais
précisément
parce
qu'il
est
venu
les
en
délivrer.
II
proclame
de
même
bienheureux
ceux
qui
pleurent,
non
parce
que
le
bonheur
réside
dans
les
larmes,
mais
parce
qu'il
est
venu
leur
apporter
consolation. Dès
lors
la
seule
façon
chrétienne
de
proclamer
aux
pauvres
qu'ils
sont
bienheureux
est,
d'une
part
de
se
faire
solidaire
d'eux
en
partageant
leur
pauvreté
et,
d'autre
part,
de
travailler
activement
à
enrayer
de
l'humanité
cette
conséquence
de
la
malédiction
engendrée
par
le
péché,
en
rétablissant
l'équilibre
brisé.
II.
La
pauvreté
assumée
librement
à
la
suite
du
Christ
Essayons
maintenant
de
discerner
quelques-unes
des
dimensions
de
la
pauvreté
librement
assumée
à
l'exemple
et
à
la
suite
du
Christ.
J'utilise
à
dessein
le
mot
«assumée»
plutôt
que
le
mot
«choisie»,
car
plusieurs
n'ont
pas
le
«choix»
de
choisir
ou
non
la
pauvreté,
et
il
est
possible
à
quelqu'un
d'assumer
très
librement
une
situation
qui
lui
a
été
imposée
par
les
circonstances
ou
par
les
hommes
sans
qu'il
l'ait
voulue. Dimension
ascétique
et
mystique
de
la
pauvreté
Comme
toute
autre
créature,
l'être
humain
est
un
véritable
tissu
de
besoins:
besoins
matériels,
physiques,
affectifs,
psychologiques,
spirituels,
etc.
Mais
au-delà
de
tous
ces
besoins,
la
personne
humaine
est
aussi
un
être
de
désir.
Elle
possède
en
elle-même
l'aspiration
à
une
croissance
illimitée,
l'ouverture
à
une
vie
toujours
plus
pleine,
le
désir
d'une
participation
toujours
plus
grande
à
la
nature
même
de
Dieu
et
d'une
communion
toujours
plus
profonde
à
sa
Vie.
Ce
désir
n'est
autre
que
ce
gémissement
de
l'Esprit
qui
en
nous
se
fait
prière,
et
dont
parle
Paul
au
chapitre
huitième
de
son
épître
aux
Romains.
L'objet
de
ce
désir,
l'homme
ne
peut
se
le
procurer
lui-même,
ou
l'accaparer.
Il
ne
peut
que
le
recevoir
comme
un
don
gratuit,
à
l'égard
duquel
il
doit
se
faire
toute réceptivité. II ne peut s'ouvrir à ce désir
qu'il
porte
en
lui
que
s'il
sait
faire
taire
la
véhémence
de
ses
besoins. La
pauvreté
chrétienne
est
donc
tout
d'abord
une
attitude
du
coeur,
un
détachement
affectif
non
seulement
à
l'égard
des
biens
matériels,
mais
aussi
à
l'égard
de
tout
ce
qui
n'est
pas
Dieu,
l'objet
ultime
du
désir
qui
constitue
le
noyau
de
l'être
même
de
l'homme.
Elle
est
donc
détachement
à
l'égard
du
statut
social,
des
honneurs,
de
l'appréciation
qu'on
reçoit
des
autres,
de
l'image
qu'on
s'est
faite
de
soi-même,
etc. II
serait
toutefois
illusoire
de
prétendre
arriver
à
la
pauvreté
du
cœur,
à
ce
détachement
affectif
dont
on
vient
de
parler,
sans
une
pauvreté
effective,
c'est-à-dire
sans
un
détachement
matériel
concret.
Là
où
est
ton
trésor
dit
Jésus,
là
est
ton
cœur.
Il
est
concrètement
impossible
à
un
être
humain
dans
la
condition
présente
d'être
profondément
attentif
à
Dieu
et
à
son
propre
être
profond,
s'il
est
constamment
tiraillé
par
la
préoccupation
d'amasser
et
de
protéger
des
richesses
matérielles
ou
par
le
souci
de
s'assurer
les
jouissances
des
biens
du
cœur
et
de
l'esprit.
Avant
de
retrouver
tous
ses
biens
dans
une
totale
liberté,
Job
a
dû
faire
l'expérience
douloureuse
de
les
perdre
tous,
et
découvrir
à
travers
cette
expérience
que
la
seule
richesse
qui
lui
fût
vraiment
essentielle
était
son
existence
toute
nue,
le
fait
d'ÊTRE
devant
Celui
qui
EST. Une autre conséquence de la rupture de l'harmonie primitive
est
le
fait
que
la
lutte
pour
la
subsistance,
et
surtout
la
lutte
pour
l'accumulation
des
richesses,
devient
presque
fatalement
une
lutte
entre
les
hommes
-
lutte
où
les
plus
faibles
sont
impitoyablement
écrasés.
Le
chrétien
sait
qu'il
ne
peut
accumuler
inconsidérément
des
richesses
sans
fermer
ses
entrailles
à
son
frère. Un
détachement
affectif
et
un
certain
dépouillement
matériel
concret
à
l'égard
des
biens
matériels,
ainsi
qu'une
sobriété
dans
la
satisfaction
de
tous
ses
besoins
sont
donc
nécessaires
au
chrétien
s'il
veut
travailler
activement
à
l'avènement
du
royaume
eschatologique
en
rétablissant
dans
sa
vie
personnelle
l'harmonie
avec
Dieu,
avec
son
prochain,
et
avec
la
zone
la
plus
profonde
de
son être
personnel
-
harmonie
rompue
par
le
péché.
C'est
ce
que
l'on
pourrait
appeler
la
dimension
ascétique
et
mystique
de
la
pauvreté
chrétienne. Dimension
sociologique
de
la
pauvreté Le
créateur
avait
confié
à
l'humanité
la
gérance
d'une
terre
où
abondait
tout
ce
dont
chacun
pouvait
avoir
besoin.
Dans
le
royaume
eschatologique
tous
seront
également
comblés.
Mais
notre
expérience
de
l'entre-deux
est
celle
d'un
monde
de
disparités
où
la
grande
majorité
des
hommes
souffrent
de
la faim pendant qu'une
minorité
est
repue
à
en
être
malade.
Comme
au
temps
de
Moïse
et
de
l'esclavage
d'Israël
en
Égypte,
la
douleur
et
la
révolte
des
opprimés
montent
comme
une
clameur
vers
Dieu. Tout
au
long
de
sa
vie
comme
à
travers
tout
son
message,
Jésus
de
Nazareth
s'est
mis
résolument
du
côté
des
pauvres,
des
petits
et
des
rejetés.
Le
chrétien
ne
peut
être
fidèle
à
son
Maître
sans
faire
de
même.
L'appel
de
Puebla
à
une
«option
préférentielle»
pour
les
pauvres
n'est
pas
une
concession
à
des
tendances
idéologiques
gauchistes,
mais
bien
la
réaffirmation
d'une
des
exigences
les
plus
élémentaires
et
les
plus
fondamentales
à
la
fois
du
christianisme. Si
la
pauvreté
était
une
valeur
positive
en
elle-même,
plus
on
serait
concrètement
pauvre
plus
parfait
l'on
serait,
et
tout
serait
relativement
simple,
sinon
toujours
facile.
Mais
si
l'on
reconnaît
que
la
pauvreté
est
en
elle-même
non
pas
une
valeur
positive,
mais
une
conséquence
négative
du
péché,
que
l'on
doit
assumer
librement
à
la
suite
du
Christ,
par
solidarité
avec
tous
les
démunis
et
les
opprimés
de
ce
monde,
on
devra
reconnaître
que
cette
solidarité
peut
prendre
des
formes
très
diverses,
tout
aussi
légitimes
les
unes
que
les
autres,
selon
les
charismes
propres
à
chacun,
et
la
mission
que
chacun
sent
jaillir
du
fond
de
son
coeur. Des
chrétiens
se
sentiront
appelés
à
travailler
pour
les
pauvres.
La
simple
décence
leur
demandera
évidemment
d'adopter
un
mode
de
vie
personnelle
sobre,
mais
ils
seront
peut-être
appelés à
mettre
en
oeuvre
des
moyens
d'action
et
à
utiliser
des
instruments
de
travail
que
des
«
pauvres
»
ne
possèdent
évidemment
pas.
Ils
pourront
par
exemple
travailler
activement
au
soulagement
de
la
misère
du
Tiers-Monde
au
sein
d'organismes
des
Nations
Unies
ou
d'autres
grands
organismes
internationaux
comme
Oxfam.
Ils
auront
peut-être
alors
à
administrer
des
millions
de
dollars!
Quels
que
soient
les
jugements
portés
sur
les
résultats
concrets
de
tels
organismes,
leur
action
est
en
elle-même
nécessaire,
et
il
est
donc
important
que
des
hommes
consciencieux
et
motivés
s'y
consacrent. Une action semblable pourra se faire à un niveau beaucoup
plus
limité
et
humble,
par
des
gens
qui
se
sentent
appelés
à
travailler
et
à
vivre
non
seulement
pour
les
pauvres,
mais
aussi
avec les pauvres, dans des projets concrets de conscientisation, par
exemple.
Ces
personnes
devront
alors
partager
avec
les
pauvres
la
richesse
de
leur
savoir,
de
leur
expérience
et
peut-être
aussi
leurs
biens
matériels. Mais
il
y
aura
aussi
des
chrétiens
qui,
comme
Charles
de
Foucault,
se
sentiront
appelés
à
une
pauvreté
encore
plus
radicale:
non
seulement
à
vivre
avec
les
pauvres,
mais
totalement
comme les pauvres, allant jusqu'à partager leur
misère
et
leur
destitution.
Aucune
règle
religieuse,
aucun
supérieur
ne
peut
imposer
un
tel
radicalisme;
mais
l'Esprit
peut
y
appeler.
En
plus
des
privations
physiques,
ces
personnes
acceptent
implicitement
un
appauvrissement
culturel
et
intellectuel;
et
souvent
elles
réduisent
considérablement
la
durée
de
leur
vie.
Faut-il
jeter
les
hauts
cris?
Après
tout
Jésus
aurait
probablement
vécu
plus
de
trente-trois
ans
s'il
avait
enseigné
et
vécu
une
autre
conception
de
Dieu
et
de
l'homme ! En termes de rentabilité tangible et mesurable, cette troisième
attitude
semble
parfaitement
inutile.
Mais,
de
toute
façon,
même
les
deux
attitudes
précédentes
ne
représentent
que
des
gouttes
d'eau
versées
au
fond
d'un
immense
gouffre
à
combler.
En
réalité,
la
valeur
principale
de
chacune
de
ces
trois
attitudes
est
leur
valeur
sacramentelle
ou
symbolique.
Sous
ses
diverses
formes
-
pour,
avec
ou
comme
-
la
solidarité
avec
les
pauvres
est
une
façon
symbolique
d'exprimer
le
refus
du
déséquilibre
introduit
par
le
péché
et
qui
se
concrétise
dans
la
disparité
entre
les
hommes
et
entre
les
peuples.
Elle
est
une
façon
de
proclamer
son
désir
de
faire
du
moins
sa
petite
part
pour
rétablir
l'équilibre
perdu
et
de
déclarer
en
quelque
sorte
au
pauvre:
«Je
ne
puis
rien,
ou
presque;
mais
je
suis
avec
toi.
S'il
n'est
pas
en
mon
pouvoir
de
t'apporter
les
biens
matériels,
je
t'apporte
mon
amour.»
C'est
la
dimension
sociologique
de
la
pauvreté. Dimension politique de la pauvreté J'ai lu quelque part une réflexion de Gandhi que je cite
de
mémoire:
«Quand
j'ai
faim,
c'est
un
problème
physique;
quand
mon
voisin
a
faim,
c'est
un
problème
social;
et
quand
un
peuple
a
faim,
c'est
un
problème
politique.
»
II
est
possible
que
telle
ou
telle
personne
soit
dans
la
misère
parce
qu'elle
a
été
ruinée
par
l'injustice
d'un
autre
individu.
Mais
si
les
trois
quarts
de
l'humanité
vivent
dans
le
sous-développement
et
la
faim,
la
raison
n'est
pas
à
chercher
uniquement
dans
des
injustices
individuelles
précises,
mais
bien
dans
des
structures
économiques
et
politiques
internationales
injustes.
Cette
injustice
institutionnalisée
constitue
un
péché
social
collectif
dont
aucun
citoyen
des
pays
développés
ne
peut
refuser
une
part
de
responsabilité
personnelle.
La
misère
du
Tiers-Monde
est
le
prix
payé
pour
nous
permettre
d'avoir
nos
trois
repas
par
jour,
nos
maisons
bien
chauffées,
nos
autos
confortables,
nos
télés
couleurs,
etc. La libération totale du péché et de ses conséquences apportée
par
le
Christ
et
que
les
chrétiens
ont
la
responsabilité
de
réaliser
dans
le
temps
de
l'Église
comporte
l'abolition
de
ces
systèmes
d'oppression.
Une
conversion
des
structures
sociales
injustes
est
tout
aussi
importante
que
la
conversion
des
coeurs,
et
tout
chrétien
a
le
devoir
d'y
travailler
activement
d'une
façon
ou
de
l'autre.
Parallèlement
à
cette
action
concrète
qu'il
ne
faut
pas
négliger,
et
au-delà
d'elle,
la
pauvreté
librement
assumée
est
une
façon
symbolique
de
se
dissocier
quelque
peu
du
système
ambiant,
responsable
de
la
misère
de
tant
d'hommes,
de
se
solidariser
avec
tous
les
pauvres
qui
luttent
pour
se
libérer
des
mâchoires
de
l'oppression
des
riches,
et
de
témoigner
par
un
style
de
vie
simple
qu'il
existe
une
«alternative»
qui,
si
elle
était
adoptée
universellement,
ferait
d'elle-même
disparaître
les
inégalités.
Elle
est
aussi
une
façon
de
protester
contre
le
gaspillage
éhonté
des
ressources
limitées
de
la
planète
qui
caractérise
toutes
les
sociétés
d'abondance.
C'est
là
la
dimension
politique
de
la
pauvreté. Et le « voeu » de
pauvreté..., J'ai délibérément
évité,
tout
au
long
de
cet
article
de
parler
de
«pauvreté
religieuse»
ou
du
«voeu»
de
pauvreté.
Je
ne
crois
pas
qu'il
existe
une
«pauvreté
religieuse»
distincte
de
la
«pauvreté
chrétienne»
ordinaire,
à
moins
que
l'on
ne
veuille
réserver
le
nom
de
«pauvreté
religieuse»
à
une
sorte
d'artifice
juridique
par
lequel
on
troquerait
l'insécurité
de
la
possession
privée
pour
la
sécurité
de
la
propriété
collective,
et
les
exigences
de
la
responsabilité
personnelle
pour
le
confort
d'un
système
de
permissions.
Ce
que
j'ai
dit
jusqu'ici
vaut,
je
crois,
pour
tout
chrétien,
quel
qu'il
soit. Se dire « pauvre » du simple fait qu'on a fait voeu de l'être
serait
pour
le
moins
de
la
prétention.
Sauf
de
rares
individus
engagés
dans
des
situations
radicales,
les
religieux
et
religieuses
ainsi
que
le
clergé
de
nos
pays
industrialisés
ne
peuvent
guère
se
dire
pauvres
qu'en
donnant
à
cet
adjectif
un
sens
allégorique
qu'ignore
le
commun
des
mortels.
Mieux
vaudrait,
pour
éviter
les
ambiguïtés
et
les
illogismes,
parler
de
simplicité
de
vie,
de
sobriété,
ou
encore
-
lorsque
tel
est
le
cas
-
d'engagement
ou
de
solidarité
avec
les
pauvres. Celui qui, par son engagement dans un ordre religieux ou
dans
le
clergé,
a
voulu
se
consacrer
d'une
façon
spéciale
à
servir
Dieu
et
ses
frères,
à
la
suite
de
Jésus
de
Nazareth,
devrait
normalement
puiser
dans
cet
engagement
un
stimulant
additionnel
à
adopter
une
vie
sobre
et
frugale,
et
devrait
aussi
y
trouver
le
support
institutionnel
lui
permettant
d'aller
très
loin
dans
l'engagement
pour
les
pauvres
et
dans
le
partage
radical
de
leurs
conditions
de
vie.
La
solitude
du
célibat,
par
exemple,
rend
possible
des
formes
d'engagement
que
ne
peut
ordinairement
se
permettre
quelqu'un
ayant
conjoint
et
enfants.
L'appartenance
à
une
communauté
fraternelle
devrait
aussi
permettre
des
situations
d'engagement
social
et
politique,
surtout
en
pays
du
Tiers-Monde,
qu'un
individu
isolé
ne
saurait
souvent
se
permettre.
Mais,
fondamentalement,
les
exigences
de
la
pauvreté
demeurent
les
mêmes
pour
tout
chrétien. La pauvreté chrétienne étant en premier lieu une attitude
du
cœur,
elle
nous
échappe
dès
qu'on
prétend
la
posséder.
Elle
commence
déjà
à
devenir
nôtre
dès
qu'on
la
perçoit
comme
un
appel
personnel
aux
exigences
illimitées
et
imprévisibles.
[1]
Article
publié
en
1981
dans
L'Eglise
canadienne,
pp
659‑662,
et
dans
La
Vie
des
Communautés
Religieuses, 116‑124. Engl.
trans.:
"The
Curse
of
Poverty and the
Blessedness
of
the
Poor", in Tjurunga,
no.
76
(1984),
17‑22.
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